‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 41 sur 73 · LA CHIMERE · texte numérisé non relu

LA CHIMERE

Sur la route ou tou jours les hommes passeront, Gardienne du present et maitresse de l’heure, Portant un signe enigmatique sur son front, Attachee a tes pas la Chimere demeure

La compagne fidele a qui tu tends la main.

Elle vole emportee au vent de tes folies,

Enguirlande tes jours des bouquets du jasmin,

Et donne une ame aux fleurs qu’au hasard tu cueillies.

L’OUBRE DANS LK MIKOIK

Son fruit t’offre une exquise et magique douceur ; Et si sa main est rude a ta main qui la touche, Qu’importe : tu la suis et l'appelles ma sceur,

Et ta levre se pame au baiser de sa bouche.

Au sein de ta retraite ou t’arrivent souvent Les echos d’un passe que tu pleures encore ; Sur le seuil de ta porte ou s’engouffre le vent, Dans le calme jardin qu’un soleil d’ete dore ;

Par les sentiers connus ou tu songes des jours A demeler les fils d'une existence amere,

Comme une ombre acharnee a te suivre, toujours Se dresse aupres de toi l’attrayante Chimere.

Elle preside enfin aux songes de tes nuits,

Y realise meme un ideal possible,

Donne forme au bonheur lointain que tu poursuis, Et t’emporte en ses bras au but inaccessible.

L'OMBKE DANS LE MIKOIK

Mais pour la posseder au prix de taut d’effort, La Chimere a tes yeux ne s’offrit que voilee ; Et ce n’est qu’au moment supreme de la mort, A cette heure ou ton ame ici-bas exilee,

Prendra son libre essor vers des reves sans fin, Lorsqu’ayant accompli ton terrestre voyage, Mais cependant trop tard, que tu verras enfin Dans leur realite les traits de son visage.

LES PROMETHEES

Promethee, 6 forgat d’un eternel Caucase,

Qui crois que tout limon a ton souffle s’embrase Si tu fus l’etre genial Dont l’effort illustra ton oeuvre poursuivie,

Que sais-tu de la Mort, que sais-tu de la Vie, Divin assoiffe d’Ideal ?

Que sais-tu de ce monde obscur ou tu chemines, Sans pouvoir remonter jusqu’a tes origines,

Et de ce brin d’herbe emergeant Du sol, de cet epi mysterieux qui pousse,

De cette fleur 6close en un jour sous la mousse, Du grain de sable, qu’en songeant,

Tu foulas sur le bord de la mer decliainee ? Pourquoi ton ame est-elle aujourd’hui consternee Devant les astres dont tes yeux Cherchent a penetrer le sens inextricable ?

Et pourquoi done devant l’Enigme qui t’accable, Penches-tu ton front soucieux ?

Emporte par un vent sinistre de rafale,

On entend dans la nuit ta plainte qui s’exhale.

Esclave de ton dur labeur,

Aupres de toi se dresse une Parque obstinee ; Et tu traines toujours, selon ta destinee,

Le poids d’une antique douleur.

due t’a fait, apres tout, d’escalader les astres, Si tu fus l’ouvrier conscient des desastres Dont le monde a porte le sceau ?

Le Temps qui t’accompagne avec indifference, Te laisse sur le seuil vieilli de l’Esperance, Plus fragile que l’arbrisseau,

Avec, pour seul soutien, ta detresse infinie. Et, bientot, accable par ta longue agonie,

0 Toi qui te disais issu

D’un sang divin, tu comprendras en ta pensee Que, malgre ta science apre et desabusee,

Tu n’as pourtant jamais rien su.

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