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LA MER PLEURE

La mer pleure ; et, ce soir, ses longs sanglots parviennent Jusqu’aux bords d’ou mes yeux contemplent l’horizon. Seraient-ce les echos du passe qui reviennent Et qui glacent mon cceur transi comme un frisson ?

La mer pleure ; une harpe au fil de l’eau module. Est-ce un amour defunt qui rode dans la nuit ? Est-ce le Souvenir qui lentement ondule,

Et comme un chant lointain se reveille et bruit ?

La mer pleure ; et pourtant, comme d’une caresse Elle a frole la rive ou la lune descend.

Serait-ce une subite et secrete tendresse

Qui tout a coup frissonne en son sein tout-puissant ?

La mer pleure ; et pourtant, je redoute sa plainte. Peut-etre eprouve-t-elle une heure de remord.

Qui sait si sa souffrance horrible n’est point feinte, Ou si sa voix plutot n’evoque pas la mort !

La mer pleure ; et qui sait ce qui se cache en elle ? Le calme est apparent qui voile des regrets. Devrai-je compatir a sa peine eternelle,

Ou craindre de descendre au fond de ses secrets ?

La mer pleure ; et son charme entraine a son vertige... Et lorsque satisfaite enfin d’avoir chante,

D’avoir gemi, d’avoir etendu son prestige Jusqu’aux derniers confins de son immensite ;

Quand de lumiere, d’or et de parfums comblee, Lorsqu’un chaud crepuscule empourprant son miroir, Elle aspire au repos, de fatigue accablee,

Et s'endort en songeant dans le calme du soir,

Quelle enigme effrayante en ses replis se mure,

Et qui me dira si, fidele a son Destin,

D’un souffle qu’elle apaise ou d’un simple murmure, Un cataclisme ne surgira pas demain !

Comme l’lllusion qui nous tient dans la crainte De ne pouvoir jamais l’atteindre et la saisir,

La Mer nous fait songer a l’impossible etreinte Qui plonge notre cceur au gouffre du Desir.

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