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LE VENT OUI PASSE

Le vent se leve. II marche en notre solitude, Au hasard de la route ou l’on s’arrete, las.

Et pour nous faire croire en sa sollicitude,

II ouvre le calice embaume des lilas.

Le vent rode. Attentif a la beaute des roses,

Son souffle a prepare de mystiques ferments,

Afin que, dans un jour, des corolles ecloses, Naisse un parfum propice aux reves des amants.

Le vent passe. Les bois vibrent sur son passage ; La source a son contact leger va defaillir ;

Et le printemps infiltre aux fibres du feuillage La seve qui, tantot, le fera tressaillir.

Le vent rit. Entends-le exalter les vendanges Dont le'sang genereux coule aux veines des forts ; Entends-le se froler aux branches dont les franges S’empourprent du soleil et revetent ses ors.

Le vent chante. 0 rumeur qui monte des abimes ! II semble que s’ebranle un orchestre infini.

Tout s’emeut jusqu’au front mysterieux des cimes, Jusqu’en les profondeurs d’ou le monde est banni.

Le vent parle. Ecoutez ses paroles connues.

II exprime la gamme innombrable des mots ;

Les allegresses dans nos ames contenues,

Et le sens douloureux de nos liumains sanglots.

Le vent pleure. II resonne aux beffrois des pensees Pour rappeler, le soir, sur le bord de la mer,

Les doutes, les amours et les douleurs passees Dont s’endormait en nous le souvenir amer.

Le vent mugit. Sa voix, comme d’anciennes plaintes, Reveille les paves endormis de nos seuils.

Elle enserre les cceurs comme dans des etreintes,

Et, pareille a la Mort, elle repand des deuils.

Le vent meurt. II s’engouffre aux confins des espaces. Et dans une clameur, il emporte avec lui Les chants desesperes et les appels des races Dont les derniers echos se perdent dans la nuit.

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