COMBIEN, 0 DOUCE LYRE
Combien, 6 douce lyre, hier obeissante,
Je reste sans pouvoir m’exprimer aujourd’hui ! La Muse, semble-t-il, est de mon seuil absente, Et je sens que de moi l’enthousiasme fuit.
Mon cceur est allangui par une vague crainte : Un voile de tristesse enveloppe les bois ;
Tout ruisseau familier exhale une autre plainte ; Le vent ne cliante plus les chansons d’autrefois.
Eien ne s’est transforme, cependant, du parterre Ou ses arbres amis se penchent en areeaux ;
Et tes branches, toujours, 6 foret solitaire,
Couvent encor mon reve ancien dans lenrs berceaux.
La colline est la meme ou des gerbes tassees Pointaient vers le ciel bleu leurs epis blonds et lourds ; Les fruits sont abondants comme aux saisons passees, Parfumes sont les soirs et langoureux les jours.
Pourquoi ton chant plaintif qui lentement soupire Est, a cette heure, un bruit sans echo qui s’eteint ? . . . C’est toi que l’on entend s’exhaler, 6 ma lyre,
Comme un oiseau blesse qui s’enfuit et se plaint.
Est-ce l’age qui fait trembler d’inauietude Tes cordes sur la fin de ce fuyant ete ?
Ou, peut-etre, 6 ma lyre, est-ce l’incertitude De n’en rendre, ce soir, dignement la beaute
Qui t’a faite timide et pleine d’amertume, Comme si, refusant d’obeir a mes doigts, Toute inspiration fuyait dans line brume, Impuissante a tirer les accents de ta voix
LA RANQON
Puisqu’il te faut souffrir, n’en laisse rien paraitre. Rentre, car tu te sens le besoin d’etre seul.
Ta douleur t’appartient, nul ne la doit connaitre : Que personne n’approche et ne trouble ton seuil.
Si tu blessas ton front au hasard de la route,
C’est que, plus familier et moins indifferent Au reve qui murmure, aux choses qu’en ecoute,
Ton coeur pour contenir leur plainte etait plus grand
Et plus sensible aux coups mortels de la souffrance. Tes yeux ont contemple le decor automnal Que d’ordinaire en voit avec indifference :
Parmi tous les passants, qui comprendra ton mal ?
Rentre. Laisse ta porte et ta fenetre closes.
Et remuant la cendre en ton triste foyer,
Si tu verses des pleurs sans en savoir les causes, C’est ta ran§on, poete, et tu la dois payer !