‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 61 sur 73 · LE SENTIER · texte numérisé non relu

LE SENTIER

A cet age oil la vie etait Comme une marche triomphale, Sans souci des jours, on chantait, Libres ainsi que la cigale.

Nous nous penchions sur le ruisseau Suivant sa route coutumiere ;

Nous nous bercions au fil de l’eau, Et nous nous grisions de lumiere.

Et croyant trouver au hasard L’inspiration du genie,

Nous evoquions des formes d’art, Et nous nous gavions d’harmonie.

Nos reves naissaient sans effort ; Nous les cueillions a l’aventure.

Nos coeurs vibraient comme un accord Aux beaux rythmes de la Nature.

Nous ignorions le fiel des mots Dont souffrent les ames blessees ; Jamais d’inutiles sanglots Ne venaient attrister nos pensees.

Seuls, nous parcourions, dans le soir, le chemin qui mene au rivage ;

Et sur les vagues, pleins d’espoir, Nous inclinions notre visage.

C’est qu’alors, la cendre du Temps, Comme un tourbillon entrainee, N’avait pas temi nos vingt ans Au seuil de notre Destinee.

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