L’HEURE
L’Heure mesure les annees Qui nous separent de la Mort . . .
Clepsydre de nos destinees Et Parque guidant notre sort,
Minute a minute, elle sonne Les jours longuement attristes, Pleure dans le vent de l’automne, Et sourit aux soirs des etes.
Toutes les voix interieures Qui viennent troubler nos instants, Sont encor les echos des heures Que divise pour nous le Temps.
L'Heure dirige nos pensees, Regie chacun de nos plaisirs, Est lourde a nos ames blessees, Ou clemente a nos souvenirs.
Elle nous peint avec tristesse Les saisons qui doivent changer, S’emeut devant notre detresse, Et nous avertit du danger.
Attentive et tou jours presente Au moindre geste des humains, Elle leur indique la sente ;
Et les tenant par les deux mains,
Ainsi que de faciles proies,
Elle rappelle a ces vaincus Les bonheurs et les courtes joies Qu’en ce monde ils auront vecus.
LES JOUES VECUS
Les jours que nous vivons, dans leur monotonie, Ne presentent que peu d’attrait,
Trainant comme un fardeau leur tristesse infinie, Et comme le poids d’un regret.
Leur 6cho decevant en nous-memes detonne :
Nous l’ecoutons avec effort ;
II nous fait souvenir de ces temps de l’automne Od gemissent les vents du nord,
E’OMBRE da^s le miroir
Ou s’entendent des voix sinistres dans l’espace, Ou se dispersent sans retour Les feuilles mortes ; ou l’on retrouve la trace D’une derniere fleur d’amour.
II ramene l’esprit aux pensives allees Ou trop tot s’effacent nos pas ; Od notre ame revit les heures ecoulees Et qui ne nous reviennent pas.
Et c’est en ivoquant leur souvenir fragile, Que les hommes comprennent mieux Combien le temps passe, cependant si mobile, Lemeure uniforme a leurs yeux.
Les memes actions remplissent l’existence, Et nous conduisent par la main ; D’identiques desirs determines d’avance, Nous sont dictes par le Destin.
Une soif qui devore et l’espoir qui demeure Le plus incertain des appuis,
Tourmentent nos cerveaux trop lourds, et, d’heure en Suscitent les memes ennuis. [heure,
Telle est la vie a tous les ages, obsedee
' Par des projets longtemps congus, Et qui, sur une terre obscure et denudee, Recommence les jours vecus.