‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 69 sur 73 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

Le solr. La-lias, la mer online. Tin clalr de lone. Sur un promontoire, un vleux chateau que le temps a ruine et qu’environnent d’lmmenses jardlns incultes et des forets delaissees.

Le pelerin revenu de son lointain voyage, s’arrete au seuil de la porte principale dont les vantaux vermoulus et gris courbent sous la polisslere des annees.

Voici mon vieux chateau perdu dans la foret. . . La cendre du passe voile ses portes closes.

II chancelle, accable sous le poids d’un regret ; Et subissant le sort qui transforme les choses, Cbacune de ses tours peu a peu disparait.

Ses couloirs se sont tus, et nuls pas sur leurs dalles Ne les ont reveilles dans leur isolement.

Seules, comme jadis, les nocturnes rafales Se plaignent quelquefois ainsi qu’un long tourment, Et font trembler encor les voutes sepulcrales.

0 chateau, triste ami, l'unique parmi ceux Qui me reconnaitront d’entre tous les decombres ! Vieil atre pres de qui, comme tous mes aieux,

J’ai grandi, voudrez-vous ressusciter leurs ombres Qui me reprocheront d’avoir quitte ces lieux,

Pour entreprendre, helas ! un si lointain voyage ? Trouveras-tu des mots de blame a mon orgueil,

0 nuit, quand la souffrance a change mon visage, Alors que je flechis sous le fardeau de l’age,

Et me couvriras-tu du voile de ton deuil ?

Et quand je viens vers toi vivre ma derniere heure, Voudras-tu me fermer tes portes, 6 Demeure !

II tourne ses yens vers les jardins et mMlte.

0 pare ou se reveille encore le Passe !

Enclos fletri, jardins touffus, banc solitaire,

0 pales nenuphars, roses au cceur blesse,

Vasques dont les rebords se brisent pierre a pierre ! II semble que pour vous quelque divinite Perverse a fait surgir de nefastes tempetes,

Et qu’un mauvais esprit par le vent apporte,

Eeste l’hote des murs, des creneaux et des faites. Mais pourtant le chateau resiste sans faiblir,

Ii'OMBRE DANS EE MIROIR

Et provoque la mort a le perdre obstinee, Car il etait ecrit qu’il devait accomplir Irrevocablement sa haute destinee.

II refiecUit longuement.

C’est que des etres chers, leurs longs jours accomplis, Moururent sous ton toit ou sont morts les ancetres. Combien de souvenirs restes ensevelis Eveillent maintenant les chenes et les hetres !

Sur les bords de l’allee ou je passais, le soir,

Se dressent de vieux troncs et des ronces jaunies ;

Et de ces lieux connus ou je venais m’asseoir Pour apaiser un peu mes longues insomnies,

Tout s’est perdu dans l’ombre et tout s’est efface ; Mais malgre les rigueurs du Temps qui nous devore, Quoique desert, quoique vieilli, quoique blesse,

0 magique chateau, tu subsistes encore !

La solitude reste encor ton seul enclos,

Et dans l’abandon meme ou ton ame s’exile, Insensible a la voix emouvante des flots,

Et sans jamais repondre a leur plainte sterile, Que t’importent les pleurs, les cris et les sanglots, 0 toi qui, t’entourant d’une nuit eternelle,

Vis avec ta pensee et te complais en elle !

Accueille-moi. Je suis le pelerin lasse Qui traine sous ses pas la cendre du Passe.

Accueille-moi. Ce soir, je reviens sans escorte. . .

0 chateau, fais grincer les vieux gonds de ta porte !

II entre. Dans la penombre, on apercoit des murs noircis, des boiserles fanees, des portraits & denii effaces, et l’on ressent la grave emotion eprouvee devant les choses mysterieuses du passe.

Me reconnaissez-vous, murs vetustes, lambris, Plafonds hospitaliers qui furent mes abris !

0 foyer dont ma main a remue la cendre, Daignerez-vous encor m'accueillir et m’entendre ? Et vous, salles, et vous, mysterieux couloirs,

Alcoves ou souvent s’ecoulerent mes soirs ;

Et vous, fiers chevaliers, que d’illustres batailles Ont immortalises aux panneaux des murailles,

Et dont les traits vieillis se sont presque effaces ;

Et vous, les disparus, et vous, les trepasses,

Me reconnaissez-vous, vous dont les grandes ombres, Hotes trois fois sacres, regnent sur les decombres !

II ecoute. TJn long silence.

Personne ne repond. TJn silence obstine Glace d’un morne effroi mon cceur abandonne.

I.enternent, 11 s’est avance vers une fpnPtre dont les vitranx brises laissent p^netrer nn long rayon de lune.

E4-bas, la mer, mauve et glauque, pousse avec rythme ses vagues sur la grdve. II plonge son regard vers l’lnflnl.

De ce vitrail ouvert sur les splendeurs nocturnes, Je vois se prolonger les greves taciturnes Dont s’eclairent parfols les bords mysterieux Ou la mer deposant l’ecume de ses urnes,

A des teintes de camaieux.

0 soir, quelle tristesse enveloppe la terre !

Quel privilegie comprendra ton mystere !

Les vieux monts recueillis partagent ton tourment, Et, dans ce long silence, obstines a se taire, Semblent souffrir infiniment.

Apparue au-dela des routes defleuries,

Et semant ses reflets comme des pierreries, La lune favorable aux inspirations, Enveloppe d’un voile argente les prairies Ou s’eveillent des visions.

Oh! quel emoi subit me trouble et me penetre! Un rayon transparent envahit la fenetre,

Et sur les murs vieillis ayant soudain glisse,

A mes yeux eperdus il a fait apparaitre Toutes les ombres du Passe.

II recule effrayfi.

Mais que vois-je la-bas ? Sont-ce les Destinees Qui m’evoquent, ce soir, mes defuntes annees ? . . .

Quels vivants en ces lieux osent risquer leurs pas, Quand les portes depuis longtemps ne s'ouvrent pas ?. . .

Soudain, dans l’orabre d’immengeg eolonnes, il a apercu un vleux mirolr brise dont la glace s’est en partle conservee. Une Image s’y deggine tout & coup ; U a reconnu une forme liumalne.

Quelle ombre sur ce mur s’agite et se promene ?. . .

Toi qui sembles porter une figure humaine,

Qui done es-tu, fantome, bote du vieux manoir ?

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