FANNY, ADÈLE
fanny. Eli! mon Dieu! Adèle, qu’astu doue ?...
ADÈLE. Ce que j’ai ? ce que j’ai? tu vas encore te moquer de moi; et cependant
tout à l’heure, à travers la montre il
ni’a semblé le voir regarder dans la boutique.
fASNï. Le voir!.... mais qui donc ?
ADÈLE. Lui... Ferdinand.
fanny. Ton mari?
Adèle. C’étaient ses traits, son regard...
FANA Y , ii part. Pauvre cousine !
adèle. J’ai ouvert la porte... il n’y avait plus personne.
fanny. Je le crois bien... Tiens, veuxtu que je te dise? je ne suis pas contente de toi ; tu n’es pas raisonnable du tout.
Qu’en pareil cas une veuve soit désespérée pendant trois jours , chagrine pendant trois semaines et mélancolique pendant trois mois ; c'est très-bien , c’est naturel , ça se fait partout ; mais pleurer son mari pendant quinze mois , ça ne se fait jamais, ce n’est pas dans les usages ; je dirai même que c’est blesser toutes les convenances.
ADÈLE. Que tu es folle !
FANNY. C’est que je remarque que ton chagrin , au lieu de diminuer, va toujours en augmentant.... tiens.... surtout depuis une quinzaine de jours... depuis que tu as pris le demi-deuil , une toilette si gentille et qui te va si bien !
adèle. Tu trouves?
FAN» v.
mn mu vauaevme ae Fréville.
U demi-deuil! moitié blanc, moitié noir!
Gomme une veuve alors est embellie !
tout à la Ibis un regret , un espoir Ne disputent le cœur d'une femme jolie.
A des désirs, des vœux rrésolus,
Li belle en vaio, chrrrb.nl b se soustraire, rlt-ure il un œil le bonheur nui n’est plus outirit sle I autre â celui qu'elle rspèie.
Eli bien! toi, ce n’est pas du tout ça...
i ii pleures encore des deux yeux !
AnÈLE. Ah ! ce n’est pas sans raisons.
fanny. Mais quelles sont ces raisons?
adèle. 'I u ris toujours quand je te les dis.
FANNY. C’est qu’elles sont si extraordinaires! une ombre, un spectre... des bêtises enftu.
ADÈLE. Tu vois bien.... je ne t’en parlerai plus.
fanny. Aussi , c’est avec ces contes-là
q u on t a bercée ma pauvre tante, je
ne lut en veux pas ; mais elle est la cause de tous les chagrins que tu éprouves aujottrd Imi avec ta crédulité.... et puis, tu
fais des lectures si agréables ! tu liasses
ta vie avec les Enfans du mystère, les Fantômes de la caverne, et pour t’achever tu vas voi r la Nonne Sanglante à la Porte-Saint- Martiu.
adèle. Eh ! mon Dieu ! je sais combien je dois te paraître faible , ridicule, extravagante ; je m’en suis dit là-dessus plus que tu ne pourras m’en dire... je nie promets toujours d avoir plus de caractère, de vaincre ma faiblesse... Mais que veux-tu?
c’est plus fort que moi... quand je te dis que presque toutes les nuits je le vois, lui, lui-méme, Ferdinand, mon Inari!
fanny. En rêve?
adèle. Non, ce n’est point un rêve; c’est bien sa voix qui me réveille ; il est là , bien là , au pied de mon lit ; il me parle...
fanny. Il te parle ! ( A part. ) Oh ! décidément il y a quelque chose là-dessous.
{Haut.) Et que tedit-il?
ADÈLE. Il me dit...
Ata : Rote, l'intention d’in présente.
Ici, pour essuyer le, larmes,
Je veux me voir un remplaçant.
1 a douleur flétrirait tes charmes,
FANNY
Moi, j’sois d’ I’ avis dis revenant*
LE uicasi*
ADÈLE
3c l’exige , plus de veuvage .
Par loi je veux être obéi.
FANNY
Une femme, lorsqu’elle est sage,
Doit obéir 4 son mari.
ADÈLE
Ce n’est pas tout... déjfc lui-même ,
Ce remplaçant, il l’a choisi.
FANNY
Même air.
Mais c*est d’une prudence extrême.
Dis-moi, ma chère, est-il gentil ?
ADÈLE
C’est, quel chagrin mon ame éprouve î Un sot , Clovis , qu’il a choisi.
FANNY. Clovis!...
Un sot , c’est vrai, mais je l’approuve ,
C'est ce qu'il faut... pour un mari.
L’expérience nous le prouve ,
C’est excellent pour un mari.
( Riant. ) Ah ! ah ! ah ! a-t-on jamais entendu parler de maris qui soient revenus de l’autre inonde , exprès pour se choisir des successeurs? comme si ou avait be-
soin d’eux pour cela!
adèle. Mais voyons, ne ris donc pas toujours.... conseille-moi. Est-ce qu’il faudra que je l’épouse ?
fanny. Silence! je crois que le voilà.
ADÈLE. Clovis?
FANNY. Lui-même ; je crois que je l’entends.
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