APRÈS LE DÉPART
A L'HEURE OÙ la sirène de la Bretagne annonçait le départ du Havre, un commissionnaire déposait un palmier chez M"^^ Jaffé, en insistant pour qu'on le remît sans tarder à la destinataire. Une heure sonnait. On prenait le café au petit salon. M™® Storm avait déjeuné, — par exception, car d'habitude elle ne se levait qu'après midi. Irène cachait sa profonde tristesse sous le masque de sérénité dont elle savait couvrir son visage. La femme de chambre, une Normande à mine futée, nommée Jenny, s'empressa d'apporter la plante dans son cache-pot enrubanné, avec cet air sournois que prennent les domestiques quand ils croient deviner les secrets de leurs maîtres.
— C'est pour madame, dit-elle ; l'homme a recommandé de donner tout de suite.
Doucement surprise par ce prolongement de l'adieu, Irène se sentit si attendrie, qu'elle eut peine à refouler ses larmes. Les autres comprirent de même, excepté M°^® Storm qui ne pensait pas au départ de Lysel :