‹ L'ombrelle--le gant--le manchon;Chapitre 13 sur 28 · ES · texte numérisé non relu

ES

Ce

nn

CN

o/ Due \

LR.

RÉ te D

SN

« J'ai ressenti tant d’affliction, écrit-il, de n'avoir pas sous la main les Gants de chien désirés par Votre Seigneurie, qu’en attendant l’arrivée de ceux qu'elle a demandés, je me suis résolu à écorcher un peu de peau de la plus délicate partie de moi-même, si tant est qu'il se puisse rencontrer de la place délicate sur chose aussi rustique que ma personne. Enfin, l'amour et le dévouement au service de sa dame peuvent faire qu’on s’écorche pour elle, et que de sa propre peau on lui fasse des Gants. — Mais saurai-je m'en prévaloir auprès de Votre Seigneurie, quand c’est chez moi une habitude de m'écorcher l'âme pour ceux que j'aime ? Et si la mienne se pouvait voir aussi bien que mon corps, on verrait l'âme la plus déchirée, la chose Ia plus lamentable du monde; — les Gants sont de chien, madame, et pourtant ils sont de moi, car je me tiens pour chien, et je supplie Votre Seigneurie de me tenir pour tel, par ma foi comme par ma passion à son service. »

Que pensez-vous de ce fieffé galant, de ce « mourant » passionné? — Voilà, il me semble, à propos de Gants de senteur, un gentilhomme castillan qui se connaîtà merveilleen l’art délicat d'en offrir aux dames.

On reprochait aux Gants d'Espagne de sentir trop fort, nos dames souffraient étrangement de cette odeur trop capiteuse : Antonio Perez eût certes été bon Gantier parfumeur, — dis-

ve

QU

cret en ses parfums, distingué dans sa forme. Les Gants les plus en vogue dès le temps de la Frondeétaientles Gants de Rome,de Grenoble, de Blois, d’Esla et de Paris. M. de Chanteloup chargeait le Poussin de lui acheter des Gants romains et celui-ci lui écrivait, le 7 octobre 1646: « Voici une douzaine de Gants, la moitié pourles hommes et la moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi-pistole la paire, ce qui fait dixhuit écus pour le tout. » — Le 18 octobre 1649, autre achat; mais cette fois ce sont des Gants parfumés à la frangipane dont Poussin s'est fourni pour M. de Chanteloup; et encore s'estil adressé chez la signora Maddelena, « femme fameuse pour ses parfums.» — A Paris, d’après le Livre commode des adresses de Nicolas de Blegny — le Bottin de 1692, — on comptait un certain nombre de Gantiers parfumeurs, rue de l’Arbre-Sec et rue Saint-Honoré.— Il y a, dit le rédacteur de cet almanach commercial, des marchands Gantiers qui sont bien assortis; par exemple, M. Remy, devant Saint-Méderic, en réputation pour les bons Gands de peau de cerf; Arsan, près de l'abbaye Saint-Germain; Richard, rue Saint-Denis, au petit saint Jean, renommé pour les Gands de Cuir de poule, et Richard, rue Galande, au Grand Roy,

qui fait commerce de Gands de daim.

Le nom de Gant de Cuir de poule vous étonne, sans aucun doute; — on disait aussi

000û F c000 TS

Page 1