‹ L'ombrelle--le gant--le manchon;Chapitre 16 sur 28 · EN · texte numérisé non relu

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Mais il me vient sur les lèvres une chanson de ce temps, que l'Alsmanach des Muses nous a léguée, sur l'air du Petit Matelot. Cela fouettera un peu l'allure de ce récit. — « Ga, écoutez, ma mie », comme on disait aux nobles siècles chevaleresques. — Titre de la chanson : les Gants.

Que j'aime le Gant qui me cache D'un bras arrondi les attraits!

Avec quel plaisir je l’arrache, Avec quel plaisir je le mets!

Ah! s’il est vrai que le mystère Ajoute au bonheur d’un amant, Qu’une main lui doit être chère Quand il la presse sous un Gant!

Mais il est un Gant dont l'usage Déplaît à tous les fanfarors;

Il est l’organe du courage,

11 est le vengeur des afironts ; Combien de gens qu’on peut connaitre Aimeraient mieux fort prudemment Se voir jeter par la fenêtre

Que de se voir jeter le Gant!

Les gants sont aussi très utiles Auprès des belles et des grands; Leurs faveurs deviennent faciles Lorsqu'on leur parle avec des Gants.

Ils sont encore l’arme ordinaire

Et des sots et des intrigants;

Car de ce qu’un autre a su faire

Ils se donnent toujours les Gants.

Un dernier couplet, je vous prie, et l’auteur, My Perrier, nous tirera révérence :

Au bal, celui qui veut paraître . Sans Gants ne saurait faire un pas;

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Ce Le valet voudrait que son maître Se mît des Gants dans certains cas.

Pour que leurs moyens d’existence Échappent aux yeux pénétrants, Combien de voleurs, par prudence, Ont le soin de porter des Gants ?

Cette chanson n’est pas trop mal, en vérité, et si la Muse gante l’auteur un peu juste, le ton de ses strophes n’en est pas moins honnêtement bourgeois et comme il faut.

Sous Louis XVIII et Charles X, les Gants longs étaient très coûteux; cependant aucune coquette n’eût hésité à en changer chaque jour, car ils devaient être de la plus extrême fraicheur : la couleur était chamoïs, gris de lin et blanc. Quelques années plus tard, la mode fut aux nuances maïs et paille ou noix pour le soir et la petite toilette du matin, et palissandre, pain brûlé, cèdre, chevreuil pour les visites de l'après-midi. Les Gants jaunesavaient des gammes de tons à l’infini, depuis la nuance batiste écrue douce et très distinguée jusqu’au jaune diligence très criard. Le daim blanc était seul adopté par les hommes pour monter à cheval.

Ce fut vers cette époque, si je ne m'abuse, que la dénomination de Gant jaune devint synonyme de dandy et de petit-maître. A Londres, des disciples de Brummel, — de l'élégance la plus

raffinée, —se constituèrent en société et fondèrent le club du Gant frangé. Ce club n'existait plus sans doute vers 1830, lorsque d'Orsay établis-

= Se BE S sait ainsFdespotiquement les règles du parfaitgéntleman :

« Un gentilhomme de kr fashion anglaise, disait-il, doit employer six paires de Gants par jour :

Le matin, pour conduire le briska de chasse : Gants de peau de renne.

— À la chasse, pour courir le renard : Gants de peau de chamois.

— Pour rentrer à Londres en tilbury après une course à Richmond le matin : Gants de castor.

— Pour aller plus tard se promener à Hyde-Park, ou conduire une lady faire ses visites ou ses achats à Londres et lui offrir la main à la descente de voiture : Gants de chevreau de couleur soutachés. —

— Pour aller dîner : Gants jaunes en peau de chien — et le soir, pour le bal ou le raout : Gants en canepin blanc brodés en soie. »

Quelle odieuse tyrannie qu’une fashion aussi exigeante!— ct que Balzac avait raison d'écrire : « Le dandysme est une hérésie de la mode; en se faisant dandy, un homme devient un meuble de boudoiïr, un mannequin extrêmement ingénieux, qui peut se poser sur un cheval ou sur un canapé, qui tette habituellement le bout d’une canne, mais un être pensant.., jamais! »

C’est cependant pour quelque dandy de l’école des Rubempré et des Rastignac que souvent, au sortir du

bal, un auteur nous E t nesque amoureuse, dont la jalousie mord le cœur, qui relit les lettres

d'autrefois et qui, l'œil dans le vague, comme accablée, déchiquetant nerveusement entre ses dents un doigt de son Gant, songe avec tristesse que l'amant qui n'est pas tout n’est rien, et que le moraliste se trompait fort qui écrivit : « La femme est une charmante créature qui retire aussi facilement ses Gants que son cœur. »

Que de choses, voyez, en un Gant!

Dans le Lion amoureux de Frédéric Soulié, Léonce signe sur le registre des mariages de la mairie, la main gantée, et, lorsque vient le tour de Lise, si vous daïgnez vous en souvenir, la jeune fille s'arrête, disant d'une voix tant soit peu moqueuse : Pardon, que j'ôte mon gant.

« Léonce comprit, — dit alors l’auteur, — il avait signé avec la main gantée. — Signer un acte de mariage avec un Gant! — Léonce y pensa etse dit : ces gens-là

ont de certaines délicatesses. Que fait un Gant de plus ou de moins à la sainteté d’un serment ou à la signature d’un acte? — rien assurément, et cependant il semble qu’il y ait plus de sincérité dans cette main nue qui appose le seing d’un homme en témoignage de la vérité. C'est un de ces imperceptibles sentiments dont on ne peut se rendre un compte exact, et qui existent cependant. »

C'est qu’à la vérité le Gant n’est pas, comme onl’adit, un tyran dont la main est l’esclave, mais bien au contraire le serviteur de la maïn,—et avec la main, ainsi que l’écrivit

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