‹ L'ombrelle--le gant--le manchon;Chapitre 2 sur 28 · SIC · texte numérisé non relu

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L'OMBRELLE Le Parasol — Le Parapluie

’AUTEUR d’un Dictionnaire des Inventions, après avoir constaté l’usage du Parasol en France vers 1680, déclare

renoncer à en rechercher et à en préciser la conception première, qui semble, en effet, complètement se dérober dans la nuit des temps.

Il serait évidemment puéril de vouloir assigner une date à l'invention des Parasols; mieux vaudrait remonter à la Genèse. Une expression biblique : l’Abri qui défend du soleil, sufiirait presque à démontrer l'origine orientale du Parasol, s’il n'apparaissait partout dès la plus haute antiquité, aussi bien dans les sculptures ninivites retrouvées et décrites par M. Layard, que sur les bas-reliefs des palais ou les fresques des tombeaux de Thèbes et de Memphis.

Déjà on faisait usage du Parasol, en Chine, plus de deux mille ans avant Jésus-Christ. Il en

est parlé dans le Thong-sou-wen, sous La dénomination de San-Kaï, au temps des premières dynasties, et une légende chinoise en attribue l'invention à la femme de Lo-pan, célèbre charpentier de l’antiquité : « Seigneur, auraït dit à son mari cette épouse incomparable, vous construisez fort habilement des maisons pour les hommes, mais il est impossible de les faire mouvoir, tandis que l’objet que je fabrique pour leur usage particulier se peut porter bien loin, bien loin au delà de mille lieues. »

Et Lou-pan, stupéfait du génie de sa femme, aurait alors vu se déployer le premier Parasol.

Pour intéressantes que soient ces légéndes, léguées par tradition aux peuples d'Orient, elles n’ont guère plus de crédit sur l'histoire que nos délicates affabulations mythologiques; elles conservent en elles moins de quintessence poétique et paraissent surtout plus dégagées de ce charme mystérieux dont le paganisme grec noyait tout cet Olympe charmant, duquel semblent descendre les origines mêmes de l’art.

Qu'on se représente les trois Grâces brûlées par Apollon, lasses de fuir sous les ombrages où sont embusqués faunes et égipans; que l’on se peigne ces trois belles désespérées, à l’ardente sensation de hâle qui flétrit leur épiderme; qu’elles invoquent Vénus et qu’aussitôt les Amours apparaissent porteurs d'instruments inconnus, diligents à en faire

Le ee AT rer

S re » Ne te jouer les petits ressorts cachés, ingénieux

à en montrer les différents usages et les

LS effets salutaires: qu’un poète, un Voltaire,

/ / un Dorat, un Méunier de Querlon où un Hire | Imbert de ce temps-ci se complaise à Ft forger des rimes d’or sur cette fable; |, qu’inspiré enfin par les déesses, il sertisse un chef-d'œuvre incontesté, et |°Ÿ voilà qu’aussitôt l'Origine de l'Ombrelle se ji trouve gravée en jolies lettres légendaires. au temple de Mémoire, sans que les savants à lunettes de l’univers y puissent contredire. Mais si quelque poète au talent frisque

et maniéré n’a pas rimé le conte du Parasol, plusieurs F

poètes de tous temps en ont rappelé l’usage en des vers précieux, qui semblent servir de jalons à l’histoire et de références aux découvertes archéologiques. — Dans la Grèce antique, lors des fêtes de Bacchus, la coutume, qu'on ne confondait pas encore avec le bon ton, était de porter une Ombrelle, non tant pour atténuer l’ardeur du soleil que par cérémonial religieux. Paciaudi, dans son traité De Umbellæ gestatione, nous montre, sur le char où est déposée la statue de Bacchus, un éphèbe assis, porteur d’une Ombrelle, signe de la majesté divine. Pausanias, dans ses Arcadiques, mentionne l'Ombrelle en décrivant les fêtes d’Aléaen Argolide, tandis que plus tard, dans les É/euthéries, on voit encore le Parasol. Enfin, après nous avoir dépeint, dans une merveilleuse description d'Alexandrie en fête, les hiérophantes porteurs du phallus et du vase mystique, les Ménades couvertes de lierre, les Bassarides aux cheveux épars agitant leur thyrse, Athénée fait tout à coup apparaître le char magnifique de Bacchus, où la statue du dieu, haute de six coudées, toute en or, avec une robe de pourpre tombant aux talons, se trouvait surmontée d’une Ombrelle agrémentée

: d’or. Bacchus doit avoir eu, seul de tous les

dieux, le privilège de l'Ombrelle, si l’on s’en rapporte aux anciens monuments, aux vases en terre et aux pierres gravées tirées des musées de Philippe de Stosch et autres archéologues.

Par suite de leurs rapports fréquents avec les Grecs, après la mort d'Alexandre le Grand, les Juifs paraissent avoir emprunté aux Gentils, dans la célébration de leur fête des Tabernacles, l'usage de l’Ombrelle. La médaille suivante d’Agrippa le Vieux, frappée par les Juifs hellénisés, en ferait

foi en quelque sorte, bien que Spanhemius, dans un passage relatif à cette médaille, dise qu'on a longtemps hésité sur la signification des symboles qu’elle représente. Ces épis marquent-ils la fertilité des provinces gouvernées ou se rapportent-ils à la fête des Rameaux? — Quant à la tente placée au recto, ik est peu probable que l’on puisse trouver là un tabernacle selon le rite de Moïse, puisque les toits de ces tabernacles, loin d’être en pointe, étaient à plat et fendus par le milieu, de manière à laisser pénétrer la pluie, le soleil et la clarté des étoiles. Ce serait donc l’'Ombrelle, symbole de royauté, ceci peut paraître tout au moins vraisemblable.

Le Parasol joua chez les Grecs un rôle très important, aussi bien dans les cérémonies sacrées et funèbres que dans les grandes fêtes de la nature et même dans la vie privée des nobles

dames d'Athènes.

Sur la plupart des vases grecs on voit se

dessiner la forme élégante d’un Parasol, soit en

pointe, à branches droites où ar-

quées, concaves on convexes, soit en forme d’hémisphère ou en dos de tortue. Mais l'Ombrelle à baguettes mobiles s'élargissant ou se resserrant existait dès lors, ainsi que l'indique suffisamment cette phrase d’'Aristophane, dans les Chevaliers (acte V, scène 11) : « Ses oreilles :

s’ouvraient et se fermaient presque x l’image d'une Ombrelle. »

Un archéologue pourrait se complaire à écrire un ouvrage spécial sur le rôle de l'Ombrelle en Grèce; les documents ne manqueraïent pas; le livre grossirait même vivement et pourrait être hérissé de notes de

. pas notre rôle dans ce léger chapitre.

» brelles des « instruments symboliques

en conscience aujourd'hui. — Tel n’est

= ui foisonneraient dans les marges, à l'exemple de ces bons et solides volumes du xvr: siècle, | qu’un ermite seul aurait le loisir de lire

On ne savrait dire au juste pour quel motif l'Ombrelle était portée par des jeunes vierges à toutes les processions, dans les Thesmophories, les fêtes d'Éleusis et les Panathénées, — Aristophane Fe appelle les corbeilles et les blanches Üm- ù

destinés à rappeler aux humains lesactes'| ‘ de Cérès et Proserpine ». Es Peut-être ne faut-il pas chercher au delà de cette

définition aristophanesque, qui peut, au demeurant,

nous satisfaire entièrement. De plus, ces Ombrelles

. étaient blanches, non pas, dit-on, parce que la statue

érigée par Thésée à Minerve était de cette couleur, mais

parce que le blanc marquait la plus vive joieetla

recommande très ses Fastes de

pompe selon Ovide, qui soigneusement en, porter, en signe de ré- jouissances , de blanches tuniques\ dignes de complaire à Cérès dont\ uv es objets duculte

et les prétresses doivent être-d'une entière blancheur.

Pour un homme, d’après Anacréon, le port du Parasol était un indice de vie libertine et efféminée; on pourrait même tirer une conclusion analogue d’une scène des Oiseaux, d'Aristophane, dans laquelle Prométhée, par crainte de Jupiter, crie à son esclave, avant de s’abandonner à une passion agréable à Vénus seule : « Prends vite cette Ombrelle ettiens-la au-dessus de moi, afin que les dieux ne me voient pas. »

C’est aussi, sans doute par cette même raison qui interdisait virtuellement le Parasol aux hommes, que les filles des Métèques ou étrangers domiciliés à Athènes devaient, au dire d'Élien, porter l'Ombrelle des femmes athéniennes dans les spectacles et les cérémonies publiques, tandis que leurs pères portaient les vases destinés aux sacrifices.

Par la suite, le &c ou « chapeau Ombrelle »

succéda au Parasol proprement dit. C'est de ces 6oxia que parle Théocrite en divers endroits; c'est également ce chapeau et non une Ombrelle qu'il faut voir

dans la curieuse médaille ci-contre, frappée chez les Etoliens, et qui représente Apollon portant cet étrange chapeau, genre Yokohama, pendu dans le dos.

Depuis les époques les plus reculées, l'Om-

brelle fut considérée, en tant qu’attribut des dieux et souverains, comme l’insigne de la toutepuissance. On lui voit jouer ce rôle suprême non seulement à titre d’emblème de blason, dans la curieuse dissertation du chevalier Beatianus sur l’Ombrelle de vermeil sur champ d'argent, symbole de puissance, d'autorité souveraine et de véritable amitié, mais aussi on la trouve universellement adoptée comme signe de la plus haute distinction, par les peuples orientaux, pour être déployée sur la tête du roi, en temps de paix et quelquefois en temps de guerre.

C'est ainsi qu’on la peut contempler sur les sculptures de l’ancienne Égypte, où son usage n'était pas cependant exclusif aux Pharaons, mais quelquefois aussi aux seuls grands dignitaires. On voit dans Wilkinson une étrange gravure qui représente une princesse éthiopienne assise sur un plaustrum, sorte de char traîné par des bœufs, et ayant derrière elle un personnage vague muni d’un large Paraso! d’une forme indécise entre l'écran et le abellum en segment

de cercle. — N'est-ce pas également en signe

d’adoration qu'il était d'usage de mettre au-dessus des têtes des statues divines des croissants de lune, des Ombrelles, des petites sphères qui ser- Vaientnon seulement à garantir ces augustes chefs des injures du temps etdes souillures des oiseaux, mais aussi à en relever la physionomie comme par un nimbe ou une couronne du paganisme ?

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