‹ L'onanisme; ou dissertation physique sur les maladies produites par la masturbationChapitre 19 sur 23 · SECTION X · texte numérisé non relu

SECTION X

Gonorrhée simple.

« La gonorrhée, dit GALIEN, qui ne connaissait

« que la simple, est un écoulement de semence « sans érection. » Plusieurs auteurs de tous les . siècles en parlent, et Moïse, le plus ancien de tous. L'on trouve , dans les observations d'HirPocnarz, exemple d'un montagnard, dont la maladie paraît -avoir été un marasme, et qui avait un écoulement involontaire d’urine et de semence, Boznnmaava paraît cependant mettre cette maladie au nombre des choses douteuses, « On lit, dit-il, dans quelques livres de médecine, que la semence s’est quel- « quefois écoulée sans qu'on l'ait sentie ; mais celte « maladie doit être très rare, et je ne sache pas que

« la semence se soit écoulée sans quelque chatouil-

« lement , ou ce n'était pas de la vraie semence « séparée dans les testicules, et accumulée dans les

54 v L'ONANISME. | | '« vésicules séminales, quoique j'aie vu la liqueur ' « des prostates s'écouler. » Cette autorité est sans doute bien respectable; mais, outre que BornHAAVE ne décide point posilivement, il a contre lui tous les médecins , et, pour ne point sortir de son école, Tun de ses plus illustres disciples, GAvsivs , admet l'évacuation de semence sans sensation. Mes propres observations ne me laissent pas douter de l'existence de l'une et l'autre maladies. J'ai vu des hommes qui, après une gonorrhée virulente, après des excès vénériens ou des masturbations, avaient un écoulement continuel par la verge, mais qui ne les rendait pas incapables d'érection et d'éjaculation : ils se plaignaient méme qu'une seule éjaculation les affaiblissait plus qu'un écoulement de quelques semaines ; preuve évidente que la liqueur de ces deux évacualions n'élait pas la même, et que celle qui sort par la gonorrhée ne vient que des prostates , de quelques autres glandes qui entourent l’urètre, des follicules répandues dans toute sa longueur, ou enfin des vaisseaux exhalants, dilatés. J'en ai vu d'autres qui avaient, comme les premiers, un écoulement qui les affaiblissait beaucoup plus, qui les rendait incapables de tout prurit vénérien, de toute érection, et par là méme de toute éjaculation, quoique les testicules ne parussent point hors d'état de faire leurs fonctions. Il mé parait démontré que, dans ces derniers, la vraie semence testiculaire s'écoulait sans sensation. Et quand on connaît la structure des parties génitales, on se persuadera aisément que la premiere maladie doit être beaucoup plus fréquente que la dernière ; mais l’on comprendra très bien l'existence de celle-

ci. Les auteurs exacts ont appelé gonorrhée vraie: celle dans laquelle ils ont cru que la matière de l'écoulement était la vraie semence, et l'autre gonorrhée bátarde ou catarrhale. — b

- Les dangers de cet écoulement sont très considérables; l'on a vu le tableau qu'AnETÉE en fait : « Comment, dit-il au méme endroit , ne serait-on « pas faible, quand ce qui fait la force de la vie se « perd continuellement? La seule semence est ce « qui fait la force de l’homine, » CELSE, qui vivait avant Aretée, dit positivement que l'écoulement de Seinence sans sensation vénérienne mène à la consomption. Jen, fils de Zacnante, plus connu sous: le nom d'Acrvanivs, dans l'ouvrage qu'il composa eu faveur de l’ambassadear que l'empereur de Cons« tantinople envoyait dans le Nord, pense comme les auteurs que j'ai déjà cités. «Si l'écoulement de * semaence, qui se fait sans érection et.sans sen» «sation, dure quelque temps, 1l produit nécessai- « rement la consomption et la mort, parce que la « partie la plus balsamique des humeurs et les esæprits animaux se dissipent.

Les auteurs les plus modernes pensent comme les anciens. « Tout le corps maigrit, dit Sexxencr, et «-surtout le dos; les malades deviennent faibles, « secs, pâles; ils languissent , ils ont des douleurs « de reins, les yeux se creusent, » BoERHAAVE range celte gonorrhée parmi les causes de la para- Aysie; et l'on remarquera que, dans cet endroit, il admet la gonorrhée de véritable semence, « La pa-

« ralysie, dit-il, qui vient de la gonorrhée, est in- « curable parce que le corps est épuisé, » On trouve,

dans une trés bonne dissertation de Kawer, des observations fort intéressantes. :

- Cette maladie peut dépendre de liic causes éloignées. La cause prochaine est presque Ries combinée d’un vice dans les liqueurs qui s'écoulent, qui sont trop ténues ct souvent trop ácres, et

d'un grand relâchement des parties. Le vice des

liqueurs dénote un défaut d'élaboration, qui dépend d’une faiblesse générale , qui exige les toniques ; que la faiblesse des organes indique aussi; les cir< constlances ooDchrhenies décident sur le choix. El serait hors de place d’enirer ici dans tous ces détails, sur lesquels on trouvera de bonnes choses dans plusieurs auteurs, et surtout dans SENNERET, l'auteur du meilleur Abrégé de médecine- -pratique T 'on ait.

Les mêmes remèdes indiqués, dans lecourdot dé | cet ouvrage, contre les autres suites de la pollution, le sont contre celle-ci ; le bain, le froid, le quin-quina, le mars, les autres roborants. Bokkia avi dit que l'hépatique produit. d'excellents effets dans la sonorrhée invétérée , qui dépend du relâchement des organes. Quelquofois , pour détourner la tendance que l'habitude donne aux humeurs sur la méme partie, on peut commencer par quelques laxatifs, il y a méme de grands médecins qui leur ont attribué une efficacité presque spécifique contre

celle maladie ; l'expérience, plus encore que la

raison, m'a prouvé le contraire. Et ceux qui BB. donneront la peine de lire les auteurs que j'ai

nom e n" haut, verront qu'ils n "'ordonnent rien -

L'ONANISME. 157 — Acrvanivs ordonne des choses qui for tifient sans échauffer..

ARETÉE, qui veut qu'c on y remédie incessamment, vu le danger dont elle menace , n’ordonne que dos fortifiants , l'abstinence des plaisirs de l'amour, et le bain froid.

— CzrisE, des ouvrages duquel l'un et l'autre ont profité, ordonne des frictions , et surtout le bain d'eau extrémement froide ; il veut que tout ce qu'on mange et qu'on boit, on le prenne froid; qu'on tite tous les alimenti qui peuvent engendrer des crudités, des vents, ct ApppaCDtEr l'icrete de la semence. FERNEL ordonne des aliments succulents, aisés à digérer, et des électuaires restaurants.

Si la BEPpitsG de Lawaeims, qui osait jurer, que les purgatifs et la diète guériraient cette maladie, est vraie, ce ne peut a que dans le cas où elle serait produite ] par une mauvaise diète , qui aurait donné lieu à des obstructions dans le bas-ventre,

£t fait « légénérer toules les humeurs, sans que

s solides eussent encore regu d'atteintes bien ‘considérables, ct il n'a eu en vue que ce cas; car s'ils avaient recu une atteinte un peu considérable, les purgatfs devraient nécessairement êlre ue | par les roborants. Telle était la gonorrhée que . Rgeis observa, et dont GRAÂNEM nous a conservé le détail. « Un homme, dit il, d'un tempérament piluiteux, ayant fait long-temps usage d'aliments t humectants, fut attaqué d'un écoulement d'une humeur aqueuse, crue, visqueuse, qui sorlait sans sentiment. Il maigrissalt, ses yeux se cavalent; il perdait tous les jours ses forces. Recis commença par les purgalifs, pour évacuer ces

uos

& humeurs piluiteuses ; » ensuite il Jui ” les fortifiants etles aliments desséchants; enfin, si cela ne suffisait pas, il conseillait un caustique à chaque jambe. Mais cette méthode des purgatifs ne peut jamais convenir quand cette maladie est la suite des excès vénériens, et qu'elle dépend, comme dit SENNERT, « de la faiblesse que les vésicules sémi- « nales ont contractée par les alternatives si fré- « quentes. de replétion et d'inaction. »

Le détail de quelques c cas fera mieux salsir b véritable curation,

TrwÉr en fournit un qui, ne peut être mieux placé qu'ici. « Un jeune homme , dit- il, étudiant « en droit , d'un tempérament sanguin , se polluait « manuellement deux ou trois fois par jour, et « quelquefois plus souvent : il tomba dans une « gonorrhée , accompagnée d'une faiblesse de tout à Je corps. je regardai cette gonorrhée comme « une suite du relâchement occasionné dans les: * vaisseaux séminaux, et la faiblesse dépendait « de là fréquente effusion dé science, qui avait « dissipé la chaleur naturelle, amassé 8 crudi- « tés, lésé le genre nerveux, abruti l’âme et af- & faibli tout le corps. » Il lui ordonna un vin for« tifiant , avec les astringents et les aromaliques dafüsdy dans le gros vin rouge; un opiat de méme nalure, ct un onguent composé d'huile de roses, de mastic, de nitre, de bol d'Arménie, de terre sigilée , dà belge et cire blanche. « LE malade « Tu guéri au bout d’un mois de ce mal honteux, « ct je l'avertis de s'abstenir à À’ avenir de cette in« « fáme débauche , et de se souvenir de la menacé

L'ONANISME. | 159 « de l'Évennez, qui exclut les monstres duroyaume '& des Cieux. » | jd 1 à « Un des meilleurs médecins que nous ayons en « Suisse, me marque Ziumeruan , G. M. Wrspzn, * de Schaffhouse, dont l'autorité ne peut être que « d'un très grand poids, assure avoir guéri un « écoulement continuel de semence, suite de la « masturbation, par le secours de la teinture de .« mars de Lunovier VEsuix , de Zurzach , m'a con- € firmé la méme chose sur sa propre expérience. -« Pour moi, ajoule mon ami, je n'en ai pas vu « d'aussi bons effets. »

Le professeur SxuxiN parle d'un homme lettré

qui était affligé d'une effusion involontaire de se-

mence , sans idées vénériennes, et qu'il a guérie par l'usage d'un vin avec le mars et le quinquina. Les remèdes et entre autres les eaux de Swalbac , et la douche d'eau froide sur le pubis et le périnée, A'eurent pas les mêmes succès chez un jeune homme qui s'était attiré ce mal par la masturba- Aion. I] ajoute que le docteur Bowcans, fameux praticien de Maseyck, a guéri deux personnes attaquées d'une débilité des vésicules séminales., en leur faisant prendré trois fois par jour huit à dix gouttes de landanum liquide de Sydenham, dans une tasse de vin de Pontiac, et en leur faisant boire une décoction de salsepareille. SrEnELIN remarque que , quoique l'opium soit un remède contraire aux indications, il a cependant été conseillé par Er- MULLER , contre l'éjaculation trop prompte qui dépend d'une semence trop spiritueuse. Qu'il me soit permis d'ajouter qu'en. examinant attentivement le conseil de ce fameux praticien, et en

160 . -L'ONANISME. us . comparant la nature du mal, dans certains cas, avec les effets de l'opium , on concevra aisément que ce remède peut quelquefois être utile, mais non pas dans le cas dans lequel il le conseille. Il disiingue avec beaucoup de soin les différentes espèces d'écoulements ; il assigne les causes et le traitement de chaque espèce; el, passant ensuite à l'éjaculation qui vient dès le commencement de T'érection , nimis citam , il en donne deux causes : 1° le relâchement des vésicules séminales ; 2° une liqueur séminale trop bouillante, trop spiritueuse et trop abondante, c'est dans ce cas qu'il ordonne l'opium. Mais à quel titre? L'opium , dont la vertu : aphrosidiaque est si bien démontrée; vertu qu'EwULLER lui-même indique, et dans son pelit ouvrage sur ce remède, el dans l'endroit méme où il donne ce conseil, ne peut qu'augmenter la cause de la maladie, et par là même en aggraver les symplômes. Les cas où il est utile , c'est au contraire quand les humeurs sont crues , ténues, aqueuses, et les nerfs en méme temps excessivement mobiles. L'on sait qu'il remédie à ces diffévenis accidents, qu'il suspend l'irritabilité , et qu'il arrête toutes les évacuations, excepté la transpiration. Mais, on ne peut trop le redire, l'on doit étro attentif à ne l'ordonner qu'à propos, sans quoi il deviendrait nuisible. Trazces, dans son excellent ouvrage sur ce remède , nous fournit une observation, et l’on en trouve de semblables ailleurs, qui doit nous obliger à beaucoup de circonspeclion, Un homme, ditil, qui-dès sa jeunesse avait eu du penchant aux pollutions, ce qui l'avait rendu extrêmement faible, ne prenait Jamais

de Topimo; soit. pour modérer une toux ou une diarrhée, ou dans quelque autre but, qu'il n'eut pendant la nuit, et à son grand dommage , des songes lascifs accompagnés d'une émission spermatique. Qu'on me permette une réflexion qui se présente naturellement; c'est que l'erreur d'Er- MULLER prouve bien évidemment , 1° combien une théorie exacte a d'influence sur ja pratique, qui, sans son secours, ne peut être que très souvent fausse et erronée ; 2° combien par là même un -homme qui réunit l'une et l'autre doit avoir d'avantage sur celui qui n 'est guidé que par quelques observations , ou qui se livre à une théorie systématique; enfin, 8° combien la lecture des meilleurs auteurs de peatigaa qui ont été dénués de celte théorie exacte due à notre siècle peut tromper ceux qui, en les lisant, ne peuvent avoir qu'une foi implicite , qui ignorent ces principes qui doivent servir de pierre de touche pour discerner en médecine ce qui est de bon ou de mauvais aoi.

- Deux époux étrangers , que je n'ai jamais connus, attaqués prenne dans le même temps. et | dun sürs qu'il n'y avait point de virus, d'un écoulement accompagné de faiblesse et de douleurs : tout le long de l'épine du dos, ne pouvaient accuser que dics excès conjugaux; l'écoulement était -beaucoup plus considérable chez le mari. Ils avaient .essayé différents remèdes très inutilement et entre autres des pilules mercurielles qui avaient. augmenté l'écoulement. Ils me firent consulter. do leur ordonräi les bains froids, un vin de quinquina , d'acier et de fleurs de roses rouges. Ils pri-

“rent régulièrement le remède ; c'était dans l'été de ‘1998; les pluies continuelles rendaient l'usage des “bains de rivière très difficile, la femme n'en prit que deux ou trois, le mari une douzaine; au bout de cinq semaines, ils me firent dire qu'ils étaient presque totalement rétablis. J'ordonnai la contimualion jusqu'à parfaite guérison, qui ne tarda pas. | 1 Ces succès heureux ne peuvent point servir à fonder un pronostic général et favorable; cette.maladie est plus souvent extrêmement rebelle , quelquefois même incurable. Je n'en donnerai qu'un seul exemple, mais démonstratif. Un des plus grands praticiens qu'il y ait aujourd'hui en Europe et qui enrichit la médecine par des ouvrages ‘tous excellents, est aflligé depuis plus de quinze ans d'une gonorrhée simple, que son art et celui de quelques autres médecins qu'il a consultés , n'ont pu dissiper; cette triste incommodité le consume peu à peu, et fait craindre de le perdre long-temps avant le terme auquel il serait à désirer qu'il parvint, et auquel il pourrait parvenir dans le cours ordinaire des choses. eu Il serait inutile de m'étendre davantage; j'ai tâché de ne rien omettre de ce qui peut ouvrir les yeux aux jeunes gens sur les horreurs de l'abime qu'ils se préparent. J'ai indiqué les moyens les plus propres à remédier aux maux qu'ils se sont atlirés; je finis par réitérer ce que j'ai déjà dit dans le cours de cet ouvrage, que quelques cures heureuses ne servent pas à leur faire illusion : le mieux guéri recouvre difficilement sa première vigueur et me conserve une santé passable qu'à force de mé-

| L'ONANISME. ^ 10% nagements;le nombre de ceux qui guérissent, et quelques exemples de gens, ou qui n'avaient été que peu. malades, ou chez lesquels un tempérament plus vigoureux a pu se relever plus aisément, ne doivent point étre regardés comme faisant une

règle générale.

L'ONÁNISME. PEEL

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