IMPORTANCE DE LA LIQUEUR SÉMINALE
HiprrocnATE a cru que la semence se séparait de tout le corps, mais surtout de la tête. La semence de l'homme vient, dit-il, de toutes les humeurs de son corps; elle en la partie la plus importante. Ce qui le prouve, c'est la faiblesse qu'éprouvent ceux qui en perdent par l'union charnelle, quelque petite que soit la dose qu'ils en perdent. Il y a des veines et des nerfs qui, de toutes les parties du corps, vont se rendre aux parties génitales ; quand celles ci se trouvent remplies et échauffées , elles éprouvent un prurit qui, se communiquant dans tout le corps, y porte une impression de chaleur et de plaisir; les humeurs entrent dans une espèce de fermentation qui en sépare ce qu'il y a de plus précieux et de plus balsamique, et celle partie , ainsi séparée du reste , est porlée par la moelle de lépine aux organes génitaux. GaLIEN adopte ces idées. « Cette humeur, dit-il, n'est que la partie la « plus subtile de toutes les autres ; elle a ses veines, « ses nerfs qui la portent de tout le corps aux tes-
(1) Nous avons cru devoir placer ici cette partie de l'ouvrage de Tissot, attendu qu'elle forme en quelque sorte un Traité à part et tout-à-fait indépendant de ce qui précède.
« ticules. En perdant la semence, dit-il: ailleurs, «on perd en méme temps l'esprit vital; ainsi il « n'est point étonnant qu'un coit trop fréquent « énerve , puisqu'il prive le corps de ce qu'il a de « plus pur. » Le même auteur nous a conservé, dans son Histoire de la Philosophie , les opinions des différents philosophes anciens sur ce sujet : qu'on me permette de les rapporter ici. AntsroTmE, dont les ouvrages physiques seront estimés tant. qu'on connaîtra le prix des observations , le mérite et la difficulté qu'il y a à en ouvrir la carrière, l'appelle l'excrément du dernier aliment ( ceq:isignifie, en termes plus clairs, la partiela plus perfectionnée de nos aliments), quia la faculté de reproduire des corps semblables à celui qui l'a produit. Pyrnacore dit que c'est la fleur du sang le plus pur. ArcwEoN, son éleve, physicien et médecin distingué, l'un des premiers qui aient connu l'importance de disséquer les animaux, et celui des philosophes païens qui paraît avoir eu les idées les plus vraies de la nature de l'âme; Arcwzon, dis-je, la regardait comme une portion du cerveau, et il n'y a que deux ou trois ans qu'un médecin célèbre a adopté et amplifié ce système : il indique les passages par lesquels le cerveau va aux testicules, qu'il regarde comme des ganglions, et non pas comme des glandes ; et c'est par la dissipation du cerveau qu'il explique tous les phénoménes de l'épuisement vénérien. PLATON envisageait cette liqueur comme un écoulement de la moelle de l'épine. D&uocnirE pensait comme HirpocrATE et GALIEN. Épicure, cet homme respectable, qui à connu mieux que personne que l'homme n'était heureux que par les
! L'ONANISME. 163 plaisirs, mais qui en méme temps a fixé ces plaisirs par des régles que le héros chrétien ne désavouerait
ias; Ébicure, dont la doctrine a été si cruellement défigurée et dénigrée par les stoiciens, que ceux qui ne l'ont connue que par leur canal , s'y sont laissés surprendre!, et ont pris pour un débauché , dit Fénélon, un liomine d'une continence exemplaire, et dout les mœurs ont toujours été très ré- glées ; j'ajouterai, dont les principes sontla censure l4 plus sévère des dogmes de ces prétendus sectas teurs modernes, qui, ne connaissan! de lui que son nom, en abusent indignement pour autoriser des systèmes d'infamie qu'il abhorrait, et dont les sages;* qui aiment le vrai, ne doiveut pas permettre qu'on déshonore la mémoire, si tant est que des gens perdus puissent déshonorer quelqu'un; Épicure, dis-je , regardait la semence comme une parcellé -de l'âme et du corps , et fondait sur cette idée les préceptes qu'il donnait de la conserver soigneusement. ; . Quoique plusieurs de ces sentiments different en quelque chose, tous prouvent combien on a cru celte humeur précieuse. t L'on à demandé : Est-elle analogue à quelque autre humeur? est-elle la méme que: ce liquide qui, sous le nom d'esprits aeimaux , parcourt les nerfs, concourt à toutes les fonctions un peu importantes de la machine animale, et dont la dépravalion produit une infinité de maux si fréquents et si bizarres ? Pour répondre posilivement à cette question , il faudrait connaitre intimement la naiure de ces deux humeurs. Nous sommes loin de ce
p de connaissance, et nous n'avons à proposer que d' ingénieuses et de probables conjectures. « L'on comprend aisément, dit HorrFMANN, com- - «€ ment 1] y à un rapport si étroit enire le cerveau « el les testicules, puisque ces deux organes sépa- « rent du sang la lymphe la plus subtile et la plus « exquise, qui est destinée à donner la force et le « mouvement aux parties . Gt à servir méme aux . «fonctions de l'áme. Aussi il est impossible qu'une («€ dissipation trop abondante de ces liqueurs ne dé- « truise pas les forces de l’âme et du corps. Le li- « quide séminal, dit-il ailleurs; se distribue, comme « les esprits animaux séparés par le cerveau, dans « tous les nerfs du corps : il paraît être de la même « nature; de là vient que pius on dissipe, moins il «se sépare de ces esprits. » GorTER est dans la méme idée : « Le sperme est la plus parfaite et La « plus importante des liqueurs animales, la plus « travaillée, le. résultat de toutes les digestions; son « intime rapport avec les esprits animaux , prouve « que, comme eux, elle lire son origine ps hu- « meurs les plus parfaites. » En un mot, il paraît, par ces témoignages et par une foule d'autres qu’il. serait difficile de citer, que c est une liqueur extrémement importante, qu'on pourrail appeler l’ huile essentielle des liqueurs animales, ou, plus exactement pent-étre, l'esprit recteur, dont la dissipation laisse les autres humeurs fribles , €t, en quelque facon, éventées. :
Quelle que soit, dira-t on, Un uns de cella. humeur, puisqu "elle est séparée des autres, qu'elle est déposée dans des Meervont de quel usage peut-
L'ONANISME. 169 ollé être au corps? L'on áccorde qu'une trop grande évacualion des homeurs qui circulent actuellement dans les vaisseaux, qui par là méme. fournissent à la nutrition , telles que le sang, la sérosité , la lymphe, etc. , doit affaiblir; mais il est plus difficile de comprendre comment une humeur qui ne circule plus, qui est isolée, peut produire cet effet. Je réponds d'abord que des exemples semblables, et trop fréquents pour n'étre pas généralement connus, auraient dû prévenir cette objection. Il n'y a personne qui n'ait vu qu'une évacuation de lait, pour me borner à celle-ci, quoique médiocre et peu longue , affaiblit à un point dont les influences se font quelquefois ressentir pendant lereste dela vie, chezune nourrice dont la santé n’est pàs vigoureuse, el que la plus robuste succombe au bout d'un certain terme. La raison en est sen sible : en vidanttrop souventles réservoirs destinés à recevoir quelque liqueur, l’on détermine les humeurs, par une suite nécessaire des lois de la ma- Chine, à y aflluer en plus grande abondance : cette sécrétion devient excessive : toutes les autres en souffrent, surtout la nutrition, qui n'est qu'une es- : pèce de sécrétion; l'animal languit et s'affaiblit. Mais ,.en second lieu, il y a pour la semence üne réponse qui n'a pas lieu pour le lait : le lait est une liqueur simplement nutritive, dont la trop grande sécrétion ne nuit qu'en diminuant trop la quantité des humeurs ; la semence ést une liqueur active , dont la présence produit des effets nécessaires au jeu des organes, qui cesse si on l'évacue; une liqueur, par là méme, dont l'émission superflue nuit par un double endroit, Je m'explique : il est des