‹ L'oncle Million: comédie en cinq actes et en versChapitre 87 sur 122 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

ALICE, !»tup6raitc.

Moi?...

MADAME DUFERNAY.

Prenez qui bon vous semble !

Cet homme me plaisait, — nous pouvions vivre ensemble . Loin de perdre un enfant, j'en gagnais deux ici... Vous le regretterez, — n'en parlons plus.

ALICE) involontnircment.

Merci!...

?c reprenant.

Bien que, sans le savoir, il ait brisé mon âme.

Ton approbation le sauve de mon blâme...

Mon Dieu ! . . . Peut-être même a-t-il de quoi charmer, . .

La faute en est à moi, qui n'ai pas pu l'aimer.

Ne sachant pas encor, — quelque ordre qui me presse,

Mettre mon intérêt plus haut que ma tendresse !

MADAME DUFERNAY, sèchement.

Tant pis pour vous! vraiment, — notre position Ne vous permet plus trop cette... abnégation, Et votre oncle adoré, du jour qu'il se marie, Limite un peu le champ de votre rêverie ! . . .

ALICE, vivement.

Mon oncle avait le droit de se conduire ainsi. . . Je sais qu il m'aime au fond»

MADAME DUFERNAY, avec ifonie.

Je le suppose aussi !

li vous le prouve au moins^de la belle manière ! . . ^

Avec désespoir.

Mdn Dieu, pour son enfant donner §a vie entière. .; Et, dans le but lointain d'un avenir meilleur, tenir sa porte close au monde extérieur !; j ;

Puis, quand elle a grandi, — voir, à l'âge où Ton pense, Son amour, attendu comme une récompense, Cet amour que la mort ne saurait délier, Passer de qui la sauve à qui peut Toublicr !

Avec sentiment.

Jugez, jugez, enfin, qui le mieux vous adore : 11 n*est plus là, ma fille, et je vous reste encore !

ALICE, émue.

Oh ! ne 1* accuse pas !.. . L*amour que je lui doi

N'a jamais empêché ma tendresse pour toi !

Et lorsque Dieu lui-même, — au début de ma vie, —

M'enlève d'un seul coup tous ces biens qu'on envie,

Je sens là, dans mon cœur trop longtemps agité.

Descendre enfin le calme avec la liberté...

Car je songe, ô douceur ! qu'à ce foyer tranquille

Où ne monteront plus les clameurs de la ville,

Je pourrai désormais, sourde à d'autres amours.

Avec toi, — près de toi, — rester ainsi toujours. . .

Et regagner bientôt, pauvre mère adorée,

La tendre aflection dont tu m'avais sevrée !

MâDÀUE DUFERNAY, demi-sérieuse.

Mais ne dirait-on pas, à t'enteridre parler,! Que sous un joug d'airain j'ai voulu t'accabler?

L'attiraol à elle.

Embrassons-nous, Alice, et Dieu nous soit en aide!...

Souriant.

Tu vois qu'eu résumé c'est toujours moi qui cède !...

On frippc; Alice se dirige vers la i^ortie de droite. Madame Dufernay se tourne vers la porte du fond.

Entrez!...

Alice disparaît.

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