‹ L'oncle Sam: comédie en quatre actes, en proseChapitre 11 sur 142 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME BBLLAMT.

Oui, avec cette corruption qui va croissant !... Vous en conveniez tout à l'heure avec moi!

BLLIOT.

Eh! oui, grâce à rémigration... Plaignez-vous-en... C'est votre soupape de sûreté ! — Si votre pays était plus habile à nous expédier ici ses ambitieux et ses braillards, vous n'auriez pas tous les vingt ans de ces révolutions qui ne sont que les explosions d'une chaudière trop pleine!...

ROBERT, assis à droite.

Peut-être...

ELLIOT, assis sur la diran, à gauche de madame Bellamy.

Enfin!... chaque monde a les défauts de ses qualités... Vous, tous les mérites et tous les vices de l'âge mûr ; et nous, tous ceux de la puberté... Nous sommes téméraires!... Vous êtes routiniers! — Un inventeur, nous l'acclamons,... fût-il charlatan!... Vous le bafouez,... eût-il du génie! — Qu'un industriel se ruine et tombe : vous l'écrasez... môme honnête... Nous lui tendons la main... même fripon ! <— Tout chez vous est réglementation, administration , protection!... Chez nous, autre vice... rien d'enrayé!... pas même le mal! — Enfin, vous êtes le père, nous, l'enfant!... Nos jambes de vingt ans ne peuvent pas se régler sur votre fauteuil à roulettes... Attendez que nous nous rangions;... et jusque-là... empruntons-nous donc l'un à l'autre ce que nous avons de bon;... cela vaudra mieux que de nous disputer sur ce que nous avons de mauvais!...

MADAME BELLAMT. Y '

Et quoi vous emprunter?... Que nous allions nous casser le nez à imiter vos cabrioles... à notre âge?

ELLIOT, riant.

Il est vrai que vous êtes un peu usés i

MADAME BBLLAMT'

Comparer ce pays, sans limites, au nôtre !••• Où Ton ne peut faire un pas... sans écraser quelqu'un?

ELLIOT* de môme.

Vous êtes à l'étroit». C'est vrai...

MADAME BELLAMY

Mais alors, accordez-mot donc que, st vous êtes merveilleux comme peuple en route, vous n'êtes pas du tout, mais du tout, l'idéal d'un peuple arrivé.,.

ELLIOT, vivement.

Ahl je ne dis pas ça...

MADAME BELLAMT.

Et alors qu'on n'ait donc plus la rage de vous offrir à nous pour modèle.

ELLIOT

Pas plus que Vous à nous!..,

MADAME ËELLAMY, virement.

Tope là!... Et que je vous rattrape ce que vous m'avez pris... si «'est moi qui vous emprunte jamais quelque chose 1

ROBERT, debout.

| Cette conclusion-là n'est point celle d'écrivains sérieux, qtte dans toute la traversée !.« (n we un un» de u poo&e de son

*ardetorfl<)

Ah! bon Dieu, arrêtez-le!... Je le vois venir avec M. de Tocquevillel...

ÀÔBERÏ.

Mais oui! Et...

* MADAME BELLAMÏj l'arrêtant.

' Oui... l'Amérique eti sucre., * Fiea-voUB-y I

AOTti PREMIER. il

ROBERT, rejetant lé litfè sur là tabîé, et gaiement.

Ali! le fait est que J'ai déjà vu té niàtin tth petit échantillon de mœurs bien réjouissantes...

Francis.

Dû ça»

ttOÈBRfê

À Westpoint, où j'ai quitté le chemin de fer, j'entends dans le bois une polka enragée Lu J'y cours : cabarets, cuisines en plein vent* tout un monde qui joue* danse et fricote... Subitement, à une sonnerie de cornet à piston, tout s'arrête!... Lé sonneur, homme grave, monté sur un tronc d'arbre, entame un discours des plus virulents contre les alcools... eau-de-vië, rhum et wiskey, sources de tous crimes!... « Ce qu'il faut botte, mes éûfahts : b'fest ceci : le vermout Indien-Réparateur!... un demi-dollar le flacon; dépôt, 473, 22« ne rue, pharmacie Pipson!... Voici les adresses!... » La musique repart, on reboit, redanse... et je dis à quelqu'un : * Pardon, ce monsieur?...^ C'est le féVére&d Jedediah Buxtott<u~Et alors, qu'est-ce que c'est que tout ça? ..—Ça T Eh bien, vous ne voyez pas que c'est un exercice religieux ?... »

EfcLIOT.

Sans doute!... Un Camp-meeting!

MADAtafe BKtLAfflY, riant.

Et vous n'avez rien vu ! — Ê'est iesotr qu*ll fallait attendre, où les dames ont des attaques de nerfs et font leur confession tout haut!

ELLIOT, debout.

Il es 1 ! trdp ÏM qilè la Religion chez itôuè H parfois* déë allumé... MMsJ, môhsiëtir n'a Meh à tegtettér! Ce fiévivût est fini, car Jedediah est sur oe bateau, retournant à New- York, avec la moitié de SOn public... (U te à fauche prendre 4e l«eau glacée à la petite fontaine.)

MADAME BKLLAMY.

Dont trois demoiselles!... bien séduisantes!... (a Robert, «ourlant.) N'est-ce pas?

ROBERT, riant.

Ah! vous avez remarqué?... Je les ai un peu suivies, je l'avoue, sur ce bateau... puis jusqu'à cette porte, qui m'est interdite!

ELLIOT, du fond, butant.

Vous parlez des trois petits chapeaux à plumes?

ROBERT

Oui...

ELLIOT

La seconde fille et la nièce du vieux Sam...

ROBERT, s'interrompent.

Le vieux Sam?

ELLIOT, apportant une verre d'eau à madame BeUamy.

Oui, Samuel Tapplebot, l'un des plus riches et des plus madrés négociants de la Cinquième avenue t

MADAME BELL AMY, à Robert.

La Cinquième avenue, Parisien, est le quartier aristocratique de New-York.

ROBERT, à Billot.

Vous avez donc une aristocratie?

MADAME BELLAMT, remettant le Terre à Billot.

Une?— Ils en ont bien deux!... celle qui remonte à Tindépendance; les Bourbons de New-York, qui traitent les enrichis d'hier de: « parvenus!... » et ceux-ci, qui traitent les enrichis de ce matin de « nobles à la morue ! »

ROBERT

Déjà des castes?...

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