‹ L'oncle Scipion (volume 2)Chapitre 3 sur 10 · l'offrir pour clore la discussion... Le gamin ne · texte numérisé non relu

l'offrir pour clore la discussion... Le gamin ne

L mord pas au ladn, c'est fâcheux, mais ce n'est

[ pas une raison pour désespérer de lui... Voulez-

\ vous me le confier? Je le mettrai entre les mains

■ du maître^ d'école de chez nous, et à quatorze

^ ans il commencera son apprendssage à la pape-

f terie.

ï, — Un paysan alors, ricane M"' Mouginot-

[■ Tupin; ce sera le bouquet.

; Pendant cette discussion, je reste planté sur

; mes jambes, sur un rond de sparterie. Je suis

I cruellement mordfié d'être malmené en présence

L ONCLE SCIPION fÇ

de tout ce monde et le rouge me monte au visage. Mais, à travers ma confusion, j'observe les gens qui m'entourent et je les juge avec l'impitoyable irrévérence du jeune âge. La plupart des membres de ce conseil de famille ne m'imposent aucun respect. Je trouve que l'oncle Mouginot- Tupin, absorbé par la mastication de son jujube, a l'air d'un pur idiot. Sa grande haquenée de femme, avec son châle rouge attaché sous le menton par un camée, ne m'inspire qu'une forte envie de rire, et je sais presque gré à la tante Victor de lui avoir rabattu le caquet. Le seul personnage qui me revienne est le cousin Delorme. Néanmoins je suis peu flatté de l'offre qu'il fait de m'emmener avec lui à Jeand'heurs. Dans ma petite tête d'enfant glorieux et amoureux de ce qui brille, je me crois appelé à de plus hautes destinées. La perspective d'entrer à la papeterie comme apprenti me semble presque une déchéance, et je tremble de voir l'oncle Victor accepter la proposition du cousin.

Heureusement j'en suis quitte pour la peur.

Au fond, le pharmacien n'est pas très désireux de se séparer de moi. Il calcule sans doute qu'en confiant le soin de ma personne à un étranger, non seulement il ne touchera plus la quote-part des Mouginot-Tupin, mais qu'en outre il sera obligé de verser à M. Delorme le tiers qui lui incombe personnellement dans mes frais d'entretien. —

L ONCLE SCEPIC

Toujours campé devant la cheminée, il répond au régisseur par un geste de dénégation :

— Non, monsieur Delorme, l'enfant m'a été confié, je le garde. . . Si j'ai réuni la famille aujourd'hui, c'est au contraire pour qu'elle me donne pleins pouvoirs, car il faut que ce garnement sache bien qu'il doit marcher droit et obéir militairement, ..

— Je n'ai rien à objecter, reprend M. Delorme; je suis moi-même pour la discipline... Mais nous ne savons pas seulement pour quelle faute il a été renvoyé de l'école.

. — Il a menti, réplique la tante Victor; on l'a mis en retenue et, au Heu de faire sa punition, il a eu le front de venir s'amuser au bois avec nous.

— Ce n'est pas un cas pendable, murmure indulgemment le régisseur.

— De mon temps, formule avec lenteur l'oncle Mouginot-Tupin, tout en grimaçant pour maintenir son morceau de jujube avec sa langue, de mon temps, on savait mieux obéir, et quand on était puni, on courbait la tête.

— D'ailleurs, ajoute M. Dieudonné Jacobi, en prenant sa voix d'enfant de choeur, la résignation adoucit l'amertume de la pénitence.

— C'est bon! repart le cousin Delorme , en haussant les épaules, j'aurais voulu vous y .voir, vous autres, quand vous aviez l'âge de ce bonhomme!... J'imagine que vous n'étiez pas des

l'oncle scipion 6i

saints et que vous avez, comme moi, plus d'une école buissonnière sur la conscience.

— Voilà un bel exemple à donner à un enfant! proteste la tante Victor scandalisée.

— Monsieur, bredouille Mouginot-Tupin avec indignation, je n'ai jamais été mis en retenue, moi!... J'étais* un élève sage et soumis.

— Tant pis! riposte rudement M. Delorme :

les enfants trop sages deviennent des poules mouillées dans l'âge mûr.

ce Poule mouillée! » M*"® Mouginot-Tupin est intérieurement convaincue que son mari mérite cette qualification, mais elle n'aime pas à se l'entendre dire. Elle se lève, se drape de nouveau dans son cachemire et, lançant un impérieux regard à Mouginot-Tupin :

• — Partons, Palamède! s'exclame-t-elle ; c'est trop fort, il faut que nous venions ici pour être insultés par un pacan!

La conversation menace de nouveau de tourner à l'invective. Les nez et les mentons prennent des attitudes de défi, les yeux se lancent des flèches empoisonnées. Tout à coup, au moment où la tempête Va éclater, on frappe à la porte; la tête d'Adèle passe par l'huis entre-bâillé et elle annonce :

— M. Scipion Mouginot !

Sur les traits des assistants on lit une rapide succession d'impressions variées :

L ONCLE SCrPION

iriosité, appréhension et dédain.

:sc moi, mes chers amis! clame une inœ.

large ouverte livre passage à un larante-cinq ans sonnés, qui paraît ane pour son âge. Il est vêtu d'un ssus gris clair, qui laisse voir une tonnée sur un pantalon de nankin, res pareilles. 11 porte haut sa tête ; carrée, aux lèvres souriantes scru- ■asées, aux favoris blonds, aux chepeine grisonnants. Ses yeux bleus

quoi de hardi, de finement caresîtement enjôleur, qui vous magnéd'une main un chapeau de castor cre une serviette de maroquin très [uement, il dépose serviette et chaible de marbre, et les mains teniginot-Péchoin qui se renfrogne, il

es bras! sur mon cœur!

; l'onde Victor, pirouette sur ses ur sa poitrine Mouginot-Tupin, qui ement et manque, dans son émoi, ' avec son jujube. Puis nouvelle intenant Scîpion s'incline devant la ;endante des Tupin et lui baîse bout des doigts; ensuite vient le louginot-Péchoin, qui reçoit deux

l'oncle scinoN 63

baisers sur les joues, et de M. Delorme, donc le nouveau venu secoue la main hâlée.

Je contemple cette scène avec des yeux écarquillés et ne puis m'empêcher d'admirer laplomb, l'aisance, la souplesse élégante de ce Scipion Mouginot qui m'a toujours paru calomnié et dont l'arrivée providentielle me fait l'effet de tenir du roman. C'est bien ainsi que je le rêvais, ainsi que je m'imaginais le voir apparaître, semblable à un prince de féerie.

— Je suis heureux de vous revoir! répond-il en s'essuyant les yeux avec un fin mouchoir de batiste à bordure orange, heureux et ému jusqu'aux larmes de me retrouver parmi les miens!... J'arrive des Vosges, et je ne voulais pas traverser Villotte sans vous embrasser tous, sans faire connaissance avec mes neveux... Où sont-ils?... Ah ! en voici un, continue-t-il en m'apercevant, ce doit être Jacques, je le devine à ses yeux noirs... Comme il a grandi, comme il est bel enfant!... . — Mauvaise herbe pousse toujours vite, interrompt sarcastiquement M"® Mouginot-Péchoin.

Sans l'écouter, il m'enlève dans ses bras, me mignote et me baise sur les joues.

Les autres, étourdis de l'entrain et de l'aplomb de ce diable d'homme, le dévisagent silencieusement et se; tiennent sur la réserve, avec des mines fermées et méfiantes. — Il me dépose enfin à terre, jette un coup d'œil à la ronde, remarque

toutes ces figures renfi-ognées, soupçonneuses, glaciales, et s'écrie :

— Ah çà! que se passe- t-il?... Vous êtes tous graves et raides comme des juges qui viennent de prononcer une condamnation...

M. Dieudonné Jacôbi se charge de répondre.

Piqué de n'avoir pas été compris dans les accolades du nouvel arrivant, il veut aussi attirer son attention et montrer qu'il n'est pas une quantité négligeable. Le dos penché en avant, ouvrant dans un aimable sourire sa bouche large comme une boîte aux lettres :

— Monsieur, dit-il, votre comparaison est plus juste que vous ne pensez; vous tombez en effet au milieu d'un tribunal de famille, assemblé pour sévir contre votre neveu.

— Sévir? répète l'oncle Scipion avec une mine douloureusement étonnée. Pauvre enfant, quel crime a-t-il donc commis ? *

— T- Il a été insubordonné comme toujours, réplique M°*^ Mouginot-Péchoin, et on l'a renvoyé de sa pension.

Scipion Mouginot avance ses deux lèvres en une moue paterne, sous laquelle il dissimule mal un sourire :

— Hum! murmure-t-il, voilà qui est fâcheux... Mais enfin à tout péché miséricorde : je serais désolé si la joie que j'éprouve à me retrouver en famille était gâtée par les larmes de cet enfant...

l'oncle SCIPION 6f

Ce jour doit être marqué à là craie blanche... Mes chers amis, j'espère que vous m'accorderez la grâce de Jacques en échange de la bonne nouvelle que je vous apporte.

— Quelle bonne nouvelle? demande l'oncle Victor d'un ton bourru.

-— La nouvelle d'une découverte inappréciable, d'une découverte qui sera plus féconde en richesses qu'un placer delà Californie... J'ai enfin trouvé le filon !

— Que veut-il dire avec son filon ? chuchote le petit Mouginot-Tupin ahuri.

— J'ai trouvé, poursuit pompeusement l'oncle Scipion, le procédé de fabrication d'un nouveau drap d'uniforme pour l'armée, un drap solide, inusable, léger en été, chaud en hiver..., un drap hygiénique qui assurera la santé du soldat, et dont le prix de revient est d'un bon marché fabuleux. Ma découverte est à la fois démocratique et patriotique; elle va bouleverser l'industrie des draps militaires... J'ai pris un brevet... Il est là, s'exclame-t-il en tapant sur sa serviette de maroquin. — J'ai de sérieuses promesses du ministre de la guerre, et j'ai derrière moi des capitalistes qui ne reculeront devant aucun sacrifice. Nous fondons une société au capital d'un million, représenté par deux mille actions de cinq cents francs. Elles sont déjà presque toutes souscrites et elles font prime en Bourse... Vous le voyez, mes amis,

il y a de quoi se réjouir et tuer le veau gras. Ce ne sont plus des paroles en l'air, ce sont des faits précis. J'arrive des Vosges, où je viens d'acheter une usine pour la préparation des matières premières et la confection de nos tissus. Avant un mois nous aurons la commande du ministère, et avant un an nous encaisserons des millions... J'ai voulu que vous ayez la primeur de mon succès. Je me félicite d'autant plus de ma bonne fortune qu'elle me permettra, dès mon retour à Paris, de rembourser intégralement à mon frère Victor les avances qu'il a faites en mon nom.

Ces derniers mots dérident mon oncle Victor.

Quant à moi, je suis positivement sous le charme. Je contemple avec un religieux ébahissement cet éloquent millionnaire, sur les lèvres duquel il me semble voir passer des reflets d'or. Toute l'assistance, du reste, n'est pas éloignée de partager mes sentiments. La faconde de l'oncle Scipion a produit un changement à vue. — Le brevet, les promesses du ministre, les actions qui font prime, Tusine achetée dans les Vosges — tout cela vous a un air positif, solide, officiel, qui en impose décidément à ces bourgeois de Villotte, habitués à considérer cinq mille francs de rente comme une fortune. — M""^ Mouginot-Tupin commence à trouver Scipion « très distingué » ; son mari reste abasourdi par cette éloquence financière et

cherche toujours en son par-dedans quel rapport peut exister entre les draps militaires et ce filon que son frère prétend avoir trouvé. M. Dieu:

donné Jacobi est tout à fait conquis par les phrases sonores du boniment de ce Parisien.

Seuls, M. Delorme et ma tante Mouginot-Péchoin demeurent réfractaires. — Voyant que la dame ne desserre pas ses lèvres pincées, Toncle Scipion se tourne vers elle avec un insinuant sourire :

— J'ai là, dit-il, quelque chose pour vous, ma sœur.

Il fouille dans la poche de son pardessus, en retire un coquet nécessaire en chagrin qu'il entr'ouvre et où je vois luire des objets en acier : ciseaux, dé, poinçon, etc.

— En attendant mieux, continue-t-il, permettez-moi de vous offrir un souvenir de Plombières... Un nécessaire à ouvrage. Je ne puis le déposer en de meilleures mains que celles de la femme d'intérieur qui résume pour moi l'idéal des vertus domestiques...

La tante Victor daigne enfin sourire. En marmottant un pénible remerciement, elle empoche le nécessaire et l'on sent qu'elle est flattée de l'attention.

. — Ne me refusez pas la grâce de Jacques, insiste Scipion en s'inclinant.

— Cela ne me regarde pas, répond-elle avec humeur \ adressez-vous à votre frère.

65 L ONCLE SCfPrON

L'oncle Victor se contente de secouer les épaules.

. — Mais où est donc mon neveu Aristide?

interroge avec un nouvel intérêt l'oncle Scipion.

— Asapension...ll travaille, lui! réplique ma tante.

— Il ne rentrera que ce soir, ajoute l'oncle Victor ; viens dîner et tu le verras.

— J'accepte sans cérémonie, mais à condition que tu déjeuneras avec moi à l'hôtel du Cygne où je suis descendu, et que Jacques sera de la partie... J'ai laissé à l'hôtel une petite fille à la-

- quelle, je l'espère, mes neveux feront bon accueil.

— ^ Une perite fille ! s'écrie l'oncle Victor en se

rembrunissant, tu as une petite fille maintenant?

— Elle n'est pas à moi; c'est l'enfant d'un de mes commanditaires... On l'avait envoyée dans la montagne pour sa santé et je la ramène à ses parents.

Cette explication rassérène le pharmacien. Il est assez porté sur sa bouche et ne déteste pas un bon déjeuner, surtout quand il ne lui en coûte rien. 11 finit par dire oui et consent à m'emmener, tout en rechignant,

— Et toi? reprend l'oncle Scipion en se tournant vers Mouginot-Tupin, es-tu des nôtres, Palamède?

Palamède accepterait volontiers, maisIW"'* Mouginot née Tupin ne l'entend pas ainsi.

lion, répond-elle sècherégime et ne mange

:, reprend sa serviette et raiammenc les dames, nt l'avocat Dieudonné > descendons tous trois Victor adresse de métis à son élève... Enfin )ire, tout heureux d'en :hé. Je bénis la provil'oncle de Paris; j'emfrères et, la bouche ers l'hôtel du Cygne, lit hospitaUèrement au

L ONCLE se

; menus détails des choses se gravent 1 merveille dans les cerveaux d'enfants. Tel phénomène extérieur insiînfonce profondément son empreinte, lus tard, dans l'âge mûr, des faits plus y laissent à peine une trace fugitive.

garde dans ma mémoire les moindres es de ce déjeuner à l'hôtel du Cygne, ;nie de mes deux oncles. Je revois la à manger du rez-de-chaussée, éclairée ;nêtres sur la rue, le papier de tenture ; lambris peints en chêne, le poêle de ns sa niche, la longue table d'hôte îsiettes, où des pyramides de fruits vec des pots de fleurs artiBcielles. A l'une des fenêtres se trouve une table

fait dressée quatre ;n bonnet d'évêque, ette repose un petit route dorée à l'œuf, E la tante Mouginot.

us suggère d'afFriooncle Scipion nous tenant par la main le seul aspect me lira don.

klice, dit-il à l'oncle

an t vers moi:

e vous serez bons

-lai

le à murmurer entre

ite ! B qui n'a rien

îvance timidement,

1 ouvrant de grands

ne la toucher, j'et .

joue douce comme

créature me paraît

les enfants de ma

me princesse, cette ssaise au corsage à limpe, ses jambes lans des guerres de lusses de bottines

mordorées! Elle est mince et fluette; elle a une peau très blanche, trop blanche même, avec de longs yeux bruns et une masse de cheveux noirs crépelés, qui lui tombent sur les épaules. La profondeur des yeux à sclérotique bleuâtre, la couleur foncée des cheveux moutonnants exagèrent encore la pâleur du teint. Avec cela, elle a de gentilles et désinvoltes façons de grande personne et, de plus, un sérieux qui me déconcerte. On la fait asseoir près de moi. — Un garçon vêtu de noir, cravaté de blanc, apporte les plats et tourne silencieusement autour de nous, 11 nous sert des œufs brouillés, de la truite au courtbouillon, des beefsteaks aux pommes soufflées, toutes bonnes choses qui n'apparaissent que rarement sur la table des Mouginot-Péchoin. Néanmoins, je prends tant de plaisir à voir la petite Alice manier gentiment sa fourchette et son couteau, que je ne fais plus attention à ce que je .mange. De temps en temps, elle me regarde du coin de l'œil; un sourire retrousse les commissures de ses lèvres, à mesure qu'elle constate mes gaucheries, — Fidèle aux habitudes de la maison Mouginot, je suis très atTairé à tailler avec mon couteau mon croûton de pain mollet; tout à coup, Alice me dit de sa voix nette et un peu impéradve :

— On ne coupe pas son pain, on le casse avec ses doigts I

Je reste interloqué et le rouge me monte au visage. De tout autre, je prendrais très mal une observation qui m'humilie ; mais dans la bouche de cette petite Parisienne, la remarque me ravit. Je sais gré à ma voisine de prêter attendon à mes faits et gestes; je lâche mon couteau et j'imite docilement la façon dont elle s'y prend pour rompre le pain. Ma docilité lui plaît, sans doute, car elle sourit indulgemment et daigne encrer en conversation avec moi:

— Est-ce que c'est votre père, chuchote-t-elle, ce monsieur qui nous regarde avec des yeux blancs ?

M. Victor Mouginot est engagé dans une conversation très animée avec son frère, qui lui démontre verbeusement la supériorité de son drap hygiénique et patriotique; de sorte qu'il ne nous écoute pas, et c'est fort heureux, car il ne peut entendre l'irrévérencieuse qualification donnée à ses yeux par ma petite voisine, à laquelle je réponds très bas :

— Non, c'est le père de mon cousin Aristide; c'est mon oncle.

— Ah ! et votre père à vous?

— Il est mort, ainsi que ma mère.

— Mon père aussi est mort, mais j'ai encore maman... Nous demeurons ensemble et elle m'aime bien.

— Vous demeurez là-bas, dans les Vosges ?

— Non..., à Paris... J'étais allée chez une tante, à Gérardmer, pour respirer l'odeur des sapins; je m'y amusais bien, parce que les forêts sont pleines de fleurs; mais, tout de même, ça ne valait pas Paris... Je suis joliment contente d'y retourner!...

— Va-t-on aussi en pension, à Paris?

— Oui, les autres..., mais pas moi. Maman me garde avec elle, parce que, voyez-vous, je ne me porte pas très bien... Elle me donne elle-même des leçons et corrige mes devoirs.

— ^^ Est-ce que vous apprenez l'arithmétique?

— Certainement, et beaucoup d'autres choses.

— Vous savez la division, vous ?

— Mais oui... Cela vous étonne ?réplique-t-elle en riant.

Je la regarde avec envie et admiration, puis j'ajoute:

— ■ Peut-être avez-vous fait aussi le problème du bassin ?

— Je ne croîs pas... Du reste, le calcul n'est pas mon fort... Ce qui me plaît le mieux, c'est l'histoire... LouisXlV, Anne d'Autriche, Mazarin, les mousquetaires... Je les ai vus, moi, les é^ousquetaîres, à la Porte-Saint-Martin... Nous y allons le dimanche, quelquefois, avec mère... Allez-vous au spectacle, ici?

— Moi?... Jamais!...

Rien qu'à l'idée de lui entendre poser une

E ÏCIHON 7Ç

n ma tante Mouginor, le Victor r^arde les cornétares, et le théâtre comme Pourtant, je ne veux pas s un pays de sauvages, et ne ostentation :

lez nous... Mais il y a aussi vec une troupe qui y joue rg de mai.

usse dédaigneusement ses rnd:

is de province... Mais à ^rick Lemaître, Lacresson- . Oh! si vous l'aviez vu fousquetaires !

écision et une verve qui let à me raconter la pièce:

>s, Athos et Mordaunt, et ■trexplosion du vaisseau...

s, les costumes, me répète pie; — et mon admiration ;tîte de dix ans, qui est si :housiaste; qui parle avec litEcultésdela division, et [Spectacle!... Je m'extasie musique de sa voix, l'exins et l'étonnante mobilité erçoit vite de mon admi> fine et très observatrice;

j6 l'oncle scipion

elle condescend à se laisser admirer, et me prend visiblement sous sa protection.

Nous nous séparons très bons amis, et, le soir, quand elle arrive chez M"" Mouginot-Péchoin, avec l'oncle Scipion, je sens mon cœur battre rien qu'en la voyant entrer, coquettement coiffée de son chapeau à la Taméla-

Pour ce dîner de famille, on a mis, comme dit M. Jacobi, k les petits plats dans les grands. » Il y a un vol-au-vent, une dinde rôtie, des éçrevisses et un gâteau de riz — ce qui est le dernier mot des ïèstivités de la pharmacie Mougînot.

— Lucutlus dîne aujourd'hui chez Lucullus!

s'écrie avec emphase l'avocat Dieudonné, au moment où Adèle apporte la dinde.

La petite Alice ne paraît nullement ébahie de ce festin, qui me semble à moi le comble des somptuosités culinaires. On l'a placée à table entre moi et Aristide. Elle examine les convives avec plus d'étonnement que le menu. Une lueur moqueuse passe dans ses yeux, et je devine, à une moue de ses lèvres, qu'elle regarde tous ces provinciaux de Villotte comme autant de bêtes curieuses. Elle ne cause guère qu'avec moi, et ne touche à ce qu'on lui sert que du bout des dents. En revanche, l'oncle Scipion se prodigue. Il se récrie obligeamment sur la succulence du rôri, sur la fraîcheur des ëcrevisses et la saveur du pain.

— Il n'y a, déclare-t-il, qu'en province qu'on mange encore des choses saines.

Et c'est avec des larmes de tendresse qu'il célèbre le bouquet du petit vin gris de Villotte. Bref, il achève de conquérir toute la compagnie, à l'exception de la maman Péchoin, qui se méfie et se tient sur la réserve.

Quand on sort de table pour prendre le café au salon, Alice me tire à l'écart et me demande à l'oreille :

— C'est votre cousin, ce petit qui trempe ses doigts dans la sauce de son assiette?

— Oui, c'est Aristide... Comment le trouvezvous?

— Une horreur... Il a l'air d'un vilain polichinelle.

— Pourtant, dis-je avec un peu d'amertume, c'est le chéri de la maison, et ils sont tous d'avis que je ne le vaux pas.

— Tant pis pour eux! repart la petite Alice en me toisant. Vous êtes joliment mieux que lui!

Cette opinion de la mignonne fillette aux yeux bruns me chatouille délicieusement le cœur; elle me prend par mon faible, c'est-à-dire par ma vanité, et cela teinte pour moi d'une joyeuse couleur d'azur le reste de la soirée, qui est pourtant superlativement ennuyeuse. Les grandes personnes ont organisé un boston et s'y délectent. Aristide, qui a mangé deux fois de chaque plat, se

jS l'oncle SCIPION

vautre sur le canapé et s'y endort sans cérémonie. La petite Alice, .prise d'un accès de mutisme ou atteinte par la morne somnolence qui plane sur ce salon glacial, s'est blottie dans un fauteuil et, le menton dans les mains, les yeux perdus au plafond, semble rêver de Paris, de ses spectacles et de ses plaisirs. Intimidé par son silence et trop peu familier encore pour oser lui adresser la parole, je me suis assis sur un tabouret, presque à ses pieds, et je la regarde avec un tendre respect, comme on doit contempler une petite reine ou une déesse. Mes regards se mêlent avec délectation au moutonnement de ses cheveux noirs, noués sur la nuque par un ruban rouge; j'admire l'ombre dont ses longs cils estompent ses joués mates; un étrange désir me prend de me pencher vers les pointes de ses fines bottines mordorées et d'y poser mes lèvres.

La joie que me donne cette muette contemplation est telle que je resterais volontiers sur mon tabouret toute la nuit. Je voudrais que les aiguilles de la pendule s'arrêtassent et qu'Alice ne bou* geât plus de son fauteuil, — et en même temps, par une étrange contradiction, j'attends impatiemment que tout le monde se lève, parce qu'au moment de la séparation j'espère que je pourrai embrasser ma nouvelle amie...

L'oncle Scipion semble, comme la petite Alice, me préférer au cousin Aristide et me prendre en

affection. Non seulement il a détourné de dessus ma tête les foudres du conseil de famille, mais il s'est employé près du farouche Pestel pour le faire revenir sur son arrêt d'expulsion. Grâce aux ressources melliflues de son éloquence, il a réussi à apaiser le féroce maître de pension. Pestel, qui est ferré sur la théorie des fracdons, ayant réfléchi que deux demi-pensionnaires valent mieux qu'un, consent à me reprendre chez lui. C'est l'oncle Scipion qui me ramène lui-même au bercail de la pension.

— Allons, dit-il, en sentant ma main qui tremble dans la sienne, n'aie pas peur, Jacques, Pestel ne te mangera pas!... Tu n'es pas enchanté de rentrer chez lui, ça, je le comprends, depuis que j'ai vu la tête de ton marchand de soupe... Mais je l'ai maté, va, et il sera doux comme un agneau.

Que cet enjôleur d'oncle Scipion ait apprivoisé le vautour Pestel, cela me paraît vraisemblable; seulement, je me dis que je n'ai pas, moi, le prestige de l'oncle, et que le n^aître de pension me fera peut-être payer cher l'amabilité qu'il a montrée à Scipion Mouginot. Cette perspective ne contribue pas à me donner du cœur, et mes appréhensions se lisent sur mon visage.

— Pauvre bonhomme, reprend l'oncle Scipion^ tu ne t*amuses pas tous les jours à Villotte!.., La pharmacie manque de gaieté ? Mon frère Victor

L ONCLE SCIPtON

le, et sa femme n'est pas toujours

iours, oncle Scipion.

, morbleu! Si on te moleste par iC trouver à Paris... Tu seras reçu as ouverts... Je te ferai voir la capices et des arts, et je me charge de

le chemin de la fortune... L'affaire

être lancée, tu entreras dans nos e mettrai dans la main une belle

et au lieu de croupir à Villotte, tu

Parisien...

incle Scipion!

se dilate et le courage me revient à irle. Ce diable d'homme a le don de es choses à travers des prismes et de des visions de mirages multicolores.

meur, et il exerce son charme pare. Il est au mieux avec la patronne

de l'hôtel du Cygne, qui se plient u'il leur adresse la parole. 11 a su deur de mon onde Victor, adoucir ma tante Mouginot, et dégeler les )in. CeUx-ci l'ont invité à dîner et, iteren arrière, les Mouginot-Péchoin m son honneur une partie a au tert-Juré pour le jeudi suivant, i-midi d'été dans les bois est un de s souvenirs. Ce jour-là, ma tante

de sa migraine, idet, que l'oncle t en lui chantant onnéJacobi s'est luquel il démont qui l'écoute en de sorte que je ; la petite Alice.

:r toutes les merr dans tous mes est qu'une fois :s'attacheànous is quitte plus. 11 . travers bois et le nos conversa-

me chuchote à

et de le perdre...

I fourré et, tandis roncier dont les n, nous avons la al. Là, je prends ns à toutes jamppels redoublés en plus dans les

même temps qu'elle m'entraîne dans ion opposée.

3ilà hors du taillis, dans des friches où, es bouquets de fougères répandent au

odeur forte comme celle du cassis, us, la plaine ondule, lumineuse et fleuà l'horizon bordé de futaies bleuâtres,

de nous, des flocons de nuages blancs nt dans l'air bleu où résonne l'invisible es alouettes. A la suite de notre course e est tout essoufflée ; une rougeur brûle

on sent son cœur qui bat sous le î sa robe écossaise; ses cheveux noirs nts sont semés de feuilles vertes. Elle tomber au miheu des fougères, et je [lie à ses pieds.

pour l'intéresser et me rehausser à ses ui débite les histoires que je me suis

à propos de la plaine et de ses lointains x; je lui raconte que cette bande bleue, : la mer, et que cette vaporeuse forêt à :he dans ses flancs un château enchanté, «rite Alice ne ressemble en rien à ion esprit n'est nullement terre à terre, perçois bientôt que, plus hardi et plus cote que le mien, il prend une plus liée vers le pays de la féerie. Elle a lu e livres qui me sont inconnus, et emmais sa tête une inépuisable provision de

i d'avenrures. Elle entre le domaine de la fantaisie, ; bleus font piteuse figure

st pas cela ! interrompt-elle is sommes dans la forêt de fée Viviane, et vous, vous cour du roi Arthur. Vous au péril de vos jours, et î le désert où l'enchanteur onntère à l'aide de ses sordu bois vous m'apercevez sauvage et vous m'écoutez

ie chante d'une jolie voix, ne celle d'un rouge-gorge :

ardin Sanwur

■ht partout immpciru:...

; transporté, j'accours au e...

ça n'est pas si. aisé que r à cause du sort que m'a i ordonne d'aller quérir la Tjolaine qui rompent les ez donc, dépêchez-vous!...

nent... Je ne trouve ni la rjolaine, mais je rapporte

une brassée de chèvrefeuille en fleur; j'en noue les lianes odorantes en couronne autour des cheveux de la fillette, en écharpe autour de son corsage, en bracelets autour de ses poignets. Elle est si charmante ainsi que je m'agenouille en extase, comme aux pieds d'une sainte.

La petite Alice ne s'en étonne pas. Elle est de celles qui se laissent choyer et adorer. Elle sourit complaisamment à travers les tiges fleuries et reçoit mes hommages comme une reine qui y est habituée.

— Maintenant, poursuit-elle, le charme est rompu; je vous tends ma main blanche et je vous dis : a Seigneur chevalier, emmenez-moi dans votre château. »

En même temps, d'un geste de souveraine, elle étend le bras vers moi. Les alouettes chantent dans le bleu, les chèvrefeuilles sentent bon, et c'est délicieux... Je saisis la petite main et pieusement, tendrement, j'y pose mes lèvres ensorcelées...

Tout à coup, une voix revêche retentit derrière nous:

— Eh bien, que faites-vous donc là?

Est-ce l'enchanteur Merlin qui nous tombe sur le dos ou une méchante fée qui vient nous déranger?... Non, c'est tout bonnement la tante Victor Môuginot, qui, attirée par les cris de chouette de son Benjamin, est venue à la rescousse et s'est mise à notre recherche.

L*ONCLE SCIPION 8f

— PdurquŒ, conrinue-t-elle d'un ton rêche, avez-vous abandonné ce pauvre Aristide, qui ne demandait qu'à jouer avec vous?... Allons, levezvous, et lestement!... Cesjoueries à l'écart ne sont pas convenables entre un garçon et une demoiselle... Fi donc!

Ah! cette fois, le charme est bien rompu!...

Nous la suivons en la maudissant intérieurement, tandis qu'Aristide, satisfait de sa vengeance, nous fait de hideuses grimaces et semble le nain malfaisant attaché à la personne de la mauvaise fée. — Le reste de notre après-midi est gâté, car ma rigide tante s'arrange tout le temps pour nous tenir séparés, la petite Alice et moi.

Le lendemain est le jour fixé pour le départ de Scipion Mouginot. Nous accompagnons les voyageurs jusqu'au chemin de fer qui relie depuis peu Villotte à Paris.

L'oncle Scipion, ganté de frais, revêtu de son pardessus gris clair, tenant sous le bras sa précieuse serviette de maroquin, ouvre la marche à côté de l'oncle Victor. Il porte haut la tête, adresse de bienveillants sourires à la patronne et aux garçons de l'hôtel, qui le reconduisent jusque sur le trottoir. On dirait qu'il serre déjà dans les poches de sa serviette les millions que doivent produire les fameux draps militaires. — Nous suivons par derrière, la petite Alice, moi et Aristide, toujours obstiné à se fourrer entre nous

deux. Sur le quai de la station, le train attend, portières ouvertes, et la locomotive fume avec une rermentation sourde. J'ai le cœur gros, je ne puis parler, et je presse bien fort la main de ma pente amie.

— Allons, s'écrie Scipion, après avoir choisi un compartiment de première, devant lequel il se rient comme un prince en voyage, allons, Victor, l'heure de la séparation a'sonné; mais dans peu vous aurez de mes nouvelles, et elles seront triomphantes, je vous le promets ! Embrassons-nous !

Il donne l'accolade au pharmacien, caresse Arisride, puis m'enlève dans ses bras :

— Hardi, hardi, Jacques, travaille bien!...

s 'exclame- t-il.

Puis baissant le ton, en me serrant sur son gUet:

— Tu sais, si on te moleste, viens me trouver... Tu seras reçu comme l'enfant de la maison, à cœur ouvert!...

— En voiture, les voyageurs pour Paris, en voiture!

J'ai à peine le temps d'embrasser la petite AUce. Les portières se ferment. Par la vitre ouverte de la sienne, l'oncle Scipion passe encore sa tête et agite un bras dans notre direction, tandis que le train file au milieu d'un nuage de vapeur sur ■les rails étincelants de soleil.

lion a traversé Vi éblouissant mécéor* ;nstant en plein ciel; nt au bord de l'hc : de lueurs phospl

urs, à la phannade ncore du Parisien ei pérances de fortune; nés se succèdent, ce : de lui, on comme le la mirifique afTair

Dieudonné Jacobi, las été pris au sérieu e tout d'abord que

maman Péchoin dt

;au mentir qui vient de loin; » l'oncle ne en haussant les épaules, et ma tante répète de sa voix acide :

era une cacade!

i revient de l'éblouissement momen- ;1 on a été en proie, on se frotte les ;st honteux de s'être laissé embobedes paroles dorées. L'argent promis semestres échus n'arrivant pas, on ent le génie de Scipion, et le pharlit par le traiter de « vulgaire bla-

•u on se remet au train-train monotone rmacie, la vie recommence à couler tnnolente, et tout le monde semble se

mot pour faire le silence autour du ipion Mouginot.

monde, non, car je n'ai point partagé ions de la famille et, pour moi, l'oncle jardé son entier prestige, accru encore innement que projette sur lui le lumi- ;nir de la petite Alice. Dans ma prostence d'écolier, le passage de cette

créature si élégante, si imprégnée uise odeur parisienne, a été comme le roman. Sa rencontre a éveillé en moi ents jusque-là encore inéprouvés : — ; intuition de la grâce féminine, une l'adoration chevaleresque pour cette

CIFJON 89

uns, dont la beauté et la don m'ont ensorcelë. — ne s'était guère arrêtée contrais à la messe ou ërais comme des êtres us faibles, plus enclins combrants — et c'éregarde les petites moi, je les compare a on est tout à l'avantage il habillées, lourdes et :, à côté de ma délicate on Pestel, pendant les rencoigne dans l'angle rémité du banc où je IX et je revois la petite efeuille, fixant sur moi ins et me tendant sa ait-elle à cette heure, îlle? M'a-t-elle oublié )n Paris? La reverrai-je everrai, daignera-c-elle re amicale promenade cit-Juré?... Je me pose i tourne et les retourne s chercher à y répondre, :r dans un vague très jrs penchées au bord : sans cesse renouvelé

ÇO l'oncle SCIPION

berce toujours de la même caresse sans leur donner une minute de repos ni de lassitude. Je m'abandonne au courant de mes rêveries, je m'y baigne avec délices, jusqu'à ce que je sois brusquement tiré à terre par la rudesse d'une voix gasconnante :

— Mouginot (Jacques), vous me conjuguerez deux fois le verbe : oc Je baye aux corneilles au lieu de m'appliquer! »

La frêle image de la petite Alice charme seule mes heures de classe. Seule aussi, elle est la compagne de mes jours de vacance. Quand nous allons passer l'après-midi au ce terrain, 9 je plante là sans façon mon cousin Aristide et je refais solitairement le pèlerinage de la friche où nous sommes venus, Alice et moi, un soir de juillet. Les fougères qu'elle a foulées de son pied mignon ne se sont point relevées ; leurs tiges marcescentes gardent la trace du contact de son corps d'enfant. A la place où elle s'est assise, j'élève avec de grosses pierres blanches une sorte de monument : — au centre, je ménage un creux que j'emplis de menu bois sec et — souvenir de mes dernières lectures — j'y allume un feu en l'honneur de ma fée Viviane. Je suspends des guirlandes de chèvrefeuille aux arbustes d'alentour, et sur le brasier du bûcher je sème des tiges de serpolets, des branches de genévrier, dont la fumée odoriférante monte dans l'air calme. Elle monte

si mince, si svelte, si azurée, qu'elle me fait penser à la taille souple et menue de la petite Alice.

Les jours s'enfuient, les vacances s'achèvent avec les premiers brouillards d'octobre et les dernières chansons de la vendange. Je rentre à la pension Pestei et, comme ma douzième année va sonner, je fréquente le catéchisme, je me prépare à ma première communion. De païen mon esprit se fait mystique, et, dans ce courant de mysticité, l'image de la petite Alice subit une sorte de métamorphose : de fée Viviane qu'elle était, elle devient une mignonne sainte de la légende dorée, une sainte frêle et blanche comme un lis. J'ai des accès de piété; je prends la résolution d'être désormais un élève appliqué et laborieux, afin d'acquérir la science nécessaire pour faire honneur à la position que me mijote l'oncle Scipion, et pour me rendre digne de la petite Alice. Mais ces belles résolutions ne tiennent pas contre les férocités du vautour Pestei. Cet homme a une façon à lui d'inculquer la science aux jeunes cerveaux qui lui sont confiés; il la leur enfonce à coups de règle plate, assaisonnés de cris et d'injures en langue gasconne. Ce régime Spartiate me rebute vite; je retombe dans mon vieux péché de paresse et je redeviens un a cancre, » ainsi que l'oncle Victor se plaît à le répéter à tous les échos de la pharmacie. Les pensums, les retenues et les mauvaises notes recommencent à

grêler sur ma tête, et les transes des rentrées piteuses du samedi chez ma tante Mouginot se renouvellent avec une lamentable périodicité.

Quand, le soir, je regagne la cellule où je couche avec le sage Aristide, je suis absolument dégoûté de la science et cruellement vexé par les sarcasmes de la famille Mouginot-Péchoin. Alors, recroquevillé dans mon petit lit et feignant de dormir, je repense aux paroles d'adieu de l'oncle Scipion : ce Si on te moleste, viens me trouver, tu seras reçu à bras ouverts!... » .Des idées de révolte et de désertion germent dans ma tête, et je me complais en de nouveaux rêves qui tous ont pour point de départ l'abandon de la pharmacie Mouginot. Je me Vois prenant un matin la route de Paris au lieu de prendre le chemin de la pension Pestel. Comment je ferai ce long trajet et comment je vivrai en route, je ne m'en rends pas trop bien compte. J'espère que, gagnés par ma bonne mine, les hôteliers me donneront l'hospitalité gratis, et que je rencontrerai de bienveillants voituriers qui me permettront de monter dans leur charrette. N'est-ce pas ainsi que les choses se passent dans certaines histoires que j'ai lues?... Un soir, je débarquerai à Paris et je demanderai le logis de mon oncle Scipion... Ce sera facile à trouver, car sa maison doit être connue de tout le monde. D'ailleurs, j'ai copié son adresse sur la première feuille de ma

le, devant moi, l'onde patronne de l'hôtel du )ion demeure au n" Ii8 n. — Avec ce renseignepas de m'égarer... Sitôt mières embrassades de le conduire chez la petite îite près de chez lui. Elle is bruit, doucement j'eniparajtrai comme le chele parlait dans les friches e la fée Viviane en son tendra sa main blanche...

pagne, bâiis, démolis et aident à me consoler de )n Pestel et des coups de •. Cependant l'année scone vois pas sans une certprocher l'époque de la on pas que je me soucie :r et des livres reliés en ifie les bons élèves, mais [ans ma vanité de passer [ des parents et des notante. L'année d'avant, j'ai ortilîânte épreuve; mais re la renommée de son on de corser la solennité !tte année. Il a invité le

clergé et le corps municipal, et il a insisté près des parents pour que tous les élhwcs assistent à la lecture du palmarès. Comme Aristide espère avoir de nombreuses nominations, ma tante Mouginot-Péchoin a décidé que je ne me déroberais pas à cette cérémonie, qui serait pour moi ce une leçon et un exemple. »

Pour la circonstance, Aristide a été habillé de neuf. On lui a confectionné un costume complet en velours de coton groseille : veste, gilet et pantalon. Ainsi accoutré, rouge des pieds à la tête, à l'exception de sa face blafarde, mon cousin a l'air d'un bonhomme en confiture. Mais il se trouve très bien dans ce velours à bon marché, dont les cassures miroitent à la lumière. Il se contemple dans la glace, et jette des regards de commisération sur ma veste bleue râpée. Dès midi, il se pavane dans la pharmacie, afin de se montrer aux clients dans la gloire empourprée d'un bon élève, qui va plier sous le faix des couronnes.

Enfin, à une heure de relevée, M™* Victor Mouginot-Péchoin apparaît, vêtue de sa robe de poult de soie, drapée dans son cachemire français, et coiffée d'un chapeau enguirlandé de pensées. Elle prend Aristide sous son parapluie, car il pleut à verse, et nous nous dirigeons vers la pension, dont le porche est ouvert à deux battants. ^

Pestel ^ bien fait les choses. Le grand dortoir

salle de fête et décoré de bariolée s'y entasse et déongue table au tapis vert couronnes, derrière laquelle ■s, les vicaires et quelques IX. Les élèves, rangés sur s murailles, et, au fond, la nationale salue l'ouverture Dups de grosse caisse et des Pestel, en habit noir et en ît encore plus long que de e jamais, des airs de vautour jite un cahier de papier et it, un ennuyeux discours, recueil pédagogique. Les sieurs fauteuils, approuvent 1, et, de temps à autre, se une forte envie de dormir, vue, subissent plus francheoquence Pestel, et s'assour leurs chaises. Un tonnerre !t un éclat des cuivres les le discours est terminé, et '. palmarès. Les noms des iouUgnés par une fanfare; rant moi, s'incliner devant xolade d'un prêtre ou d'un îèremen t avec leurs volumes a quatre prix et cinq accès-

sits. Chaque fois que son velours groseille se détache sur" le vert du tapis de l'estrade, il semble que les cuivres, exaspérés par cette note rouge, redoublent de violence.

Au retour, il me jette un coup d'œil méprisant, et fond sur le cachemire français de la tante Victor, qui l'embrasse en essuyant un semblant de larmes. Je ne bouge pas, je me fais tout petit, je me dissimule derrière les robustes dos des pensionnaires campagnards.

Malgré cela, il me semble que je suis le point de mire de tous les regards ; je crois lire dans les yeux des ecclésiastiques, des conseillers municipaux et des parents : « Il n'a même pas un accessit! Quel cancre! » Et, de fait, cette réflexion désobligeante, je la lis clairement dans les jaunes prunelles de ma tante Victor et dans le dénigrant sourire d'Aristide, qui se complaît à étaler devant moi, avec ostentation, ses couronnes de papier et ses volumes de la bibliothèque Mame. La moutarde commence à me monter au nez, je suis tenté d'allonger une bourrade à mon insupportable cousin; il est temps que la cérémonie finisse...

Aux accords d'une suprême fanfare, les parents s'écoulent dans la rue. Il ne pleut plus, mais la chaussée est changée en une mare de boue, qui ressemble à une crème jaunâtre. La tante Mouginot, affairée à relever ses jupes et à répondre aux

L ONCLE SClPtON 97

bruyantes félicitarions de ses connaissances, nous a laissés, à la sorrie, assez loin derrière elle. Je chemine côte à côte avec Aristide, qui, embarrassé de ses couronnes et de ses prix, longe la chaussée boueuse sans oser la traverser.

— Prends garde, dis-je ironiquement, tu vas crotter ton beau costume gelée de groseille.

— Tu vois bien, répond-il d'un air important, que je ne puis pas relever mon pantalon... J'ai les bras pleins de livres...

En même temps, il dresse la tête et tourne sur lui-même comme un paon qui fait la roue.

— Tu as les mains libres, toi, continue-t-il d'un ton impératif; ce ne sont pas tes prix qui te gênent... Retrousse-moi les bords de ma culotte !

Il m'agace de plus en plus, mon cousin, avec ses airs de supériorité ! Est-ce qu'il me prend pour son domestique?... Je regarde la boue liquide, le beau costume rouge, et un diabolique désir de revanche, une perverse tentation me moment à la tête. Je me baisse comme pour exécuter ses ordres, et, tandis qu'il me tend innocemment l'une de ses jambes, d'un mouvement brusque je pousse le triomphateur, qui va s'étaler à plat ventre dans la boue jaunâtre. Les volumes s'éparpillent dans la crotte, les couronnes nagent au fil du ruisseau, et, d'un air hypocrite, je m'empresse de repêcher prix et couronnes, en laissant

Aristide jeter les hauts cris et sangloter à son aise dans la boue crémeuse de la chaussée.

Enfin on le relève... Dans quel état, juste ciel!... Tout le devant du beau costume rouge disparait sous une couche d'argile détrempée; il a l'air, maintenant, d'une gelée de groseille panachée d'abricot. La figure d'Aristide n'a pas été épargnée; ses larmes se mêlent aux éclaboussures de la boue. Suffoqué par les pleurs et la colère, il tend vers moi un poing dénonciateur. M™' Victor Mouginot, accourue en hâte, devient verte à l'aspect du désastre ;

— Un costume de velours tout neufl balbudet-elle d'une voix tremblante; comment cela est-il arrivé ?

— C'est Jacques qui m'a poussé... méchamment! sanglote Aristide avec rage.

— Je m'en doutais !.,. reprend M""' Mouginoc d'une voix sifflante; cet enfant a des instinas de scélératesse... C'est l'envie, la noire envie qui lui ■ a inspiré cette mauvaise action!... Venez, petit misérable, nous allons régler votre compte !

Elle m'empoigne par le bras, tire de l'autre côté le piteux Aristide tout ruisselant, et, au milieu des exclamations indignées des passants, elle nous entraîne vers la pharmacie. Elle est si secouée par la colère, qu'elle en oublie sa pré* cieuse robe de poult de soie, dont l'ourlet baigne déplorablement dans la crotte.

ONCLE SCJPI9N

Nous arrivons essoufflés. M"* Mouginot en coup de vent la porte de l'officine, dép boueux Arisdde sur une banquette, et, vt ment, me plante devant l'oncle Victor, loque:

— Tenez, crie-t-elle, voilà encore une se tesse de votre indigne neveu !

D'abord le pharmacien ne comprend pas, quand sa femme a retrouvé assez de souffle lui expliquer mon rorfaic, il fronce terribh les sourcils : .

— C'est un cancre malfaisant, grogne>t<i un accès de colère blanche, mais je lui ôtei moyens de nuire !... En attendant que j'aie p parti, il ira croupir dans l'ancien laboratoire

Là-dessus, d'une main dure comme une de homard, il me serre le bras. En un clin d'i me trouve verrouillé entre quatre murs et donné à mes remords.

Des remords?... En ai-je réellement? A ment je conviens que la façon dont je m^ vengé d'Aristide n'a rien de chevaleresqui abusé traîtreusement de sa sotdse pour le choir... Mais quoi? si je l'avais provoqué combat singulier, comme il est très capon, serait dérobé... D'ailleurs, pourquoi m'irri avec ses airs suffisants, et pourquoi me pai comme à un domestique ? Il n'a' eu que ce méritait... Cale dégoûtera de porter des cosi

lOO L*ONCLE SCIPION

de velours rouge... Il était joli, en sortant de son bain de boue!... Au souvenir de la grotesque posture d'Aristide dans les flaques jaunâtres de la chaussée, je ne puis m'empêcher de. rire, et cet accès d'hilarité fait envoler les légers remords qui m'avaient un moment eflïeuré!... Non, décidément, je ne regrette pas d'avoir gâté son velours groseille... Je le ferais endore si c'était à refaire...

Cependant, tandis qu'Adèle, avec un couteau de cuisine, racle la culotte et la veste de ma victime, dans la pharmacie on prononce ma sentence : à partir de la rentrée d'octobre, je serai enfermé chez Pestel comme pensionnaire.

Mais d'ici à octobre il y a encore six semaines, pendant lesquelles on va être obligé de me garder à la maison. Or, M*"^ Victor Mouginot déclare qu'il n'y a plus de sécurité pour Aristide si je séjourne sous le même toit que lui.

— Votre neveu, répète-t-elle à l'oncle Victor, a tous les mauvais instincts; si on le laisse^ ici, il est capable d'attenter aux jours de mon fils !

On est fort embarrassé de ma personne. On ne peut pas me faire coucher dehors, et, d'autre part, le pharmacien éprouve quelques scrupules à prolonger, pendant plusieurs semaines, ma séquestration dans l'ancien laboratoire. Tandis qu'on discute et que chacun propose une solution, je continue à croupir dans ma prison, oii

me mon repas. Quand 'élève Arsène Camus le geôlier pourvoyeur, rand garçon de vingtdes airs craintifs et de 1 soir, après avoir déu mon pain, ma viande inté devant la porte et

)nsteur Jacques !

i cette ouverture, je ncentre mon attention 1 vient de me servir; ge pas, et, après avoir

-ce pas?

dans l'ancien labora- [ heures, mais je n'en mpire.)

Arsène, je vous assure.

s, on vous y gardera ue vous ne pensez, et, luierez... Après le tour de, ils ne se soucient li, et ils se demandent

de vous, en attendant aire chez M. Pestel...

1 les écoutant discuter, nsieur Jacques.

— Quelle idée, Arsène?

— La fête de chez nous tombe le jour Notre-Dame de septembre, c'esc-à-dire dim prochain, et, tous les ans, à cette ép M. Mouginot m'accorde un congé pour î Trémont voir mes parents... Si ça vous agréable, monsieur Jacques, je pourrais prc au patron de vous emmener avec moi làde vous y laisser... Trémont est à deux { Jeand'heurs, où vous avez de la famille. Ui en route, vous feriez d'une pierre deux coi vous iriez passer vos vacances chez vos ci Delorme-Grodard, qui seraient très conte:

vous voir... Qu'en pensez-vous?

Ce que j'en pense?... Parbleu, je trouve d'Arsène excellente. Cinq semaines de li même au village, même chez les cousins Del me souriraient grandement. — Mais, da dispositions d'esprit où sont mon oncle ■ tante Mouginot, il n'y a guère apparence consentent à me donner la clef des champs prime mes doutes à Arsène, qui me répont niquement:

— Ça, c'est mon affaire... M'autorisez-i proposer la chose à votre oncle, comme \ de moi ?

Je donne de grand cœur à ce brave l l'autorisation demandée, mais je crains for ne s'illusionne. Ce voyage à Trémont me

L ONCLE SCIPION lO]

tellement improbable que je ne veux plus même y penser.

Il faut croire, néanmoins, que ma tante Victor a grande hâte de se débarrasser de moi, car, contre mon attente, elle ne fait aucune opposition à la requête d'Arsène. Abandonné à son libre arbitre, l'oncle Victor n'hésite pas à dire oui. Si dur qu'il soit, il ne s'acharne pas à punir pour le plaisir de punir; il aime avant tout sa tranquillité, et il songe sans doute qu'une fois son neveu parti les scènes de famille deviendront moins fréquentes. — Donc, le samedi madn, on me signifie que j'aie à préparer mon paquet de nuit, parce que je partirai pour Trémont avec Arsène, le même jour, à quatre heures après midi.

Je ne me le fais pas répéter, et je vais recevoir les dernières instructions de ma tante, qui se borne à proclamer en haussant les épaules : — qu'Arsène est bien bon de se charger d'un garnement tel que moi, et qu'il ne se doute guère des tracas qu'il se prépare... Quant à elle. Dieu merci, elle n'est pour rien en cette affaire; elle n'a qu'à dire : « oimen et bon débarras ! »

Là-dessus, je prends congé, et je vais faire mes adieux à la maman Péchoin.

L'aimable vieille est plus indulgente que sa fille, et, tout en blâmant mes méfaits, comme elle a bon cœur, seule elle s'avise d'un détail donc les Mouginot ne s'étaient nullement inquiétés :

sentes-tu pour longtemps, petit? dele.

probablement jusqu'à la rentrée, maloin.

i-t-on donné un peu d'argent?

ids négativement, ma poche étant ab- 'ide.

s'écrie-t-elle, voilà bien les ladreries de tiot!... Y a-t-il du bon sens d'envoyer chez des étrangers, sans lui donner ; poche!,..

enchantée de pouvoir taper sur son l'elle exècre; elle se lève en haussant ., va fouiller dans son secrétaire d'où e pièce jaune singulièrement brillante.

:'es conduit très vilainement avec ce .stide, reprend -elle, mais ce n'est pas

pour te laisser pardr sans le sou...

là un louis de vingt francs pour tes )enses... Économise-le et sois sage !...

je regarde un moment la pièce d'or isante; je n'en crois pas mes yeux...

'udain accès de sensibilité reconnais- nouille les paupières, et je tombe en lans les bras de la bonne maman

au moment où le soleil ïscendre vers les colliaes 1 embraser d'une plus i vitres du couvent des apons, Arsène et moi,

haute, où s'embranche émont. Arsène porte le :ue mon unique bagage, reste de mes effets par |ue je serai installé chez e marche allègrement, i à la pharmacie et fier ■ le cou. 11 y a bien au se qui de temps à autre

la certitude d'être ene pensionnaire, dans la

NCLE SCIPION

cage du vautour Pestel. Maïs, pour me consoler, je songe que j'ai encore cinq semaines de Uberté devant les mains; à mon âge, cinq semaines semblent une réserve inépuisable, et je ne pense plus qu'à jouir de l'heure présente.

Pour couper au court, nous nous engageons dans le grand bois de Combles. La futaie est déjà sombre; de loin en loin seulement, quelques taches rouges d'un soleil oblique l' éclairent d'une lueur mystérieuse. Au bout d'une demi-heure de marche, les taches rouges elles-mêmes s'évanouissent; il semble que nous cheminons dans la nuit, quand brusquement les feuillées opaques s'éclaircissent, et nous débouchons sur le plateau, où plane encore une violette clarté ctépusculaîre.

De longues charrettes chargées de gerbes d'avoine détachent sur l'horizon leurs mouvantes silhouettes noires; çà et là, des feux de fanes de pommes de terre édrent vers le ciel leur mince fumée bleue, et le vent d'est nous apporte des tintements de cloches carillonnant pour la fête du lendemain. Peu à peu, le plateau s'incline, un bruit d'eau courante monte vers nous du fond d'une gorge ombreuse, une pointe de clocher émerge d'un vague fouillis d'arbres, et Arsène me dit:

— Nous voici bientôt chez nous...

Trémont est un village dont l'unique rue ser-

les. Un ruisseau, I pays et qui se j : bras, baigne de laisons. De dlsta nceau de pierre permet d'accédei continuel glou|

un de ces poncs ouvre de plain-[ anc à la fois de I un clin d'œîl il igre paysanne c père lui donne de bienvenue; ■ le dos. Après c 1, il me présente eveu du patron c

tron s doit être our ces braves g ' choie comme : me fait asseoir au de mouton, r; la maman Cai s dans l'âtre, qu s me regardent a — J'avoue que es d'attention p

contre-balancer le mouvement de dé j'éprouve tout d'abord. — N'étant jai la pharmacie Mouginot, ignorant la vi et étroite des paysans, ayant de plus 1 de rêves dorés, je trouve un peu bie sans prestige l'intérieur des parents d

Je jette à droite et à gauche des re| tenancés; à la clarté de la lampe à be manteau de la cheminée, j'examine grossièrement planchéié, les murs t d'une sommaire batterie de cuisine, le lard accrochées aux poutres du plafoi cheminée noire oii une chaudronnée de terre pend à la crémaillère, les visa enBn, des deux paysans, dont le tr vigne a prématurément courbé l'éc moi, pedt citadin habitué au confor de la maison Mouginot, ce logis camj semble d'une rusticité presque misé m'y sens dépaysé.

Le souper, qui suit de près notre contribue pas à me faire revenir de i dons. Il se compose, comme chez la paysans du Barrois, d'un quartier i pommes de terre et d'une salade de crème, le tout servi sur la table sans i les mêmes écuelles de terre brune v arrosé d'une bouteille de piquette. 1 course m'ait mis en appétit, je mange s

rs dêsonentés de larbares.

, se sont visiblea maman Camus ssiettée de cerises u de brioche de ic dans une mau- \ouu~à4iras de la les cerises sèches je ne touche au ise. Dès qu'on se rsène ou est ma rd par un sourire ;xplique que les ïgés; il paruge, n a décidé que je >le. Cela achève sser la nuit chez it désagréable, et ïaquet de nuit, je irueenténébrée,

fe sert de dortoir e, et ceux-ci sont Arsène m'y in trotimentdegêneet ■ns, pour ne pas ,s de chambrée.

Ut de campagne

L ONCLE SCtPlON

où j'enfonce dans la plume et dont les gros draps merâpentlapeau. Je dors mal; à chaque Instant, un bruit insolite m'éveille en sursaut. Je ne sais plus où je suis, et je m'effare.en écoutant la respiration sifflante des dormeurs, le glouglou plaintif du ruisseau qui coule devant la maison et des grignotements de souris dans un angle du mur. Pourtant, au petit matin, je finis par m'endormir profondément et suis brusquement tiré de mon sommeil par des éclats de rire. — Une flambée de soleil passant par les vitres sans rideaux illumine mon lit, et les deux enfants de l'instituteur, réveillés depuis longtemps, s'ébaudissent au spectacle de ce petit « monsieur de la ville, B coiffe pour la nuit d'un bonnet à trois pièces. Leur grosse gaieté villageoise, un instant réprimée, puis repartant de plus belle, accroît encore mon embarras, je jette le bonnet à trois pièces et je me lèïe, très ennuyé d'être obligé de m'habiller sous les regards curieux de ces deux gamins. Aussi, quand Arsène vient me délivrer de la compagnie de ces jeunes sauvages, la première question que je lui adresse trahit mon état d'énervementet de malaise:

— Arsène, lui dis-je, quand me conduiras-tu chez mon cousin Delorme ?

Rien qu'à voir ma mine allongée, le bon Arsène devine que je ne suis pas enchanté de mon séjour à Trémont. 11 rougit.

jcirioN m

sez pas trop chez nous, 1-il d'un air contrit; vous 3as toutes ses aises... Je ler chez M. Deiorme :; mais, puisque vous nous partirons tout de

le nuit sous son bras et, du père et de la mère

idenne abbaye située au lilieu d'une magnifique m versant de la vallée.

:use, la Saulx serpente à re dont les massifs s'en- :s échappées de prairies, inondés de soleil. Indé- , le domaine comprend ie situées au bord de la on cousin Oelorme est

aie dans sa longueur, et, tueuse avenue de hêtres, les branches une aile du n péristyle et une rangée coin de demeure aristoun coup de soleil, me ssor à mes rêves de vie . Jusqu'alors» je n'avais

vu de châteaux que dans les livres ou dans mon imagination; la réalité et la proximité de celui-ci chatouillent agréablement ma gloriole et mes goûts de grandeurs. Ma seule crainte, c'est que l'habitation des Delorrae ne me paraisse mesquine à côté de l'ancienne abbaye, et que là encore je n'éprouve une déception. Aussi je n'ose pas questionner d'avance Arsène Camus, et je me borne à cheminer silencieusement derrière lui en admirant les fûts élancés des hêtres, dont les ramures flexibles retombent au-dessus de la rivière endormie, — Nous voici arrivés au mur de clôture; nous franchissons une grille et nous nous engageons dans un chemin tout noir de débris de crasses de fer. Au bout d'un petit quart d'heure, ce chemin débouche sur un demicercle de bâtisses desrinées à l'exploitation de la papeterie, et à l'une des extrémités j'aperçois une maison bourgeoise que décore un perron enguirlandé de vigne vierge.

— Voici où demeure votre cousin Delorme, murmure Arsène.

Je ne sais si le cousin Delorme a été prévenu par mon oncle Mouginoc, mais au moment où nous arrivons dans la cour, une fillette de mon âge, penchée à la grille du perron, rentre précipitamment dans l'intérieur comme pour nous annoncer. Deux minutes après, le cousin en personne descend au-devant de nous. Il n'a pas

Aefsttyc crade. ïcn >. Cest ax: joss le !é. à Li pèTKOixKiâe s, i la bart>e n: Je et Kse. II m'cclcK Je

ie^-il gaiement. Les 1 déddés à te Uisser mère?... Mieux vaut Aisène, et merd de 1. Vous savez que tou s naîatenaDt, Jacques, : tes cousines...

; nous gravissons le me spacieuse pièce, blancs, entièrement ée de bois de cerf et dlieu de laquelle se lurée de chaises can- : dame encore très tnent d'embonpoint, lisants, aux cheveux : chignon, me prend tentivement et m'ap- > joues :

e à notre Sophie!

envenu chez nous, de ta pauvre mère...

acques !

Zélie, c'est la fillette qui guettait sur le perron. Il paraît qu'elle a deux ans de moins que moi, maison ne s'en douterait pas, tant elle est d'apparence robuste. Elle est bien découplée avec une figure ouverte, intelligente, énergique comme celle de son père. Elle a les traits un peu gros, les mâchoires un peu trop carrées et les pommettes saillantes, mais son teint est éblouissant, ses yeux d'un bleu pur sont pleins de lumière* sa bouche assez grande a une expression de bonté et un sourire charmant; d'épais cheveux châtains encadrent son fi-ont volontaire et retombent en une lourde natte sur le dos. Elle m'embrasse de tout cœur et ne me lâche plus la main.

— Mes enfants, reprend la cousine Delorme, allez vous amuser au jardin, tandis que je dresserai la table... On vous appellera pour dîner.

Avec impétuosité, ZéÛe m'entraîne, et nous dégringolons dans le jardin dont la rivière borde une des extrémités. — Ce jardin est plutôt, à proprement parler, un potager. Seulement les carrés de légumes sont entourés de larges platesbandes où foisonnent des fleurs vivaces : œillets d'Inde, campanules bleues, compagnons rouges, roses trémières, balsamines panachées. D'espace en espace, des quenouilles de poiriers et de pommiers bien affruités; le long d'un mur, une treille de chasselas dorés où bourdonnent des abeilles^ et dans les coins, de vieux pruniers pliant

ces prunes violettes, allonans le pays des quaichts. — lûrs et de fleurs d'automne ; dont ma cousine Zélïe me La fillette, avec sa vivacité imeur, sa simple robe d'in- : à la taille et laissant tous %s, se meut familièrement le. Il y a dans sa petite perde l'honnête parfum des de la pureté des eaux couaine des fruits. Elle connaît r leur nom, sait leurs pro- 1 médicinales, m'explique nt et à quelle époque on les ; son expérience en matière ; sans m'enthousiasmer. J'ai ntièrement dans te monde anesques aventures, que la ; me paraît trop prosaïquerre à terre. Seulement, tout it si naturellement, elle en nadon et de simplicité, que nps long, et lorsqu'on nous is de midi, les heures me rec la rapidité d'une hiron-

: joyeux dhier dans la salle mètres ouvertes laissent en-

trer, avec un parfum de clématite, le bruit frais des écluses de la Saulx ec le carillon des cloches du dimanche I Comme me voilà loin de la parcimonieuse ostentation des dîners de gala de la tante Mouginot ! Ici, tout est simple et servi avec une profusion hospitalière ; — le beurre est frais battu; les concombres, découpés dans un bateau de faïence, répandent une salubre odeur de pirriprenelle. Un cochon de lait cuit dans sa gelée, un poisson péché le matin même, composent le menu, qu'achève une large tarte confectionnée avec ces mêmes prunes violettes que j'ai reluquées dans le jardin. Oii ne vous mesure pas les morceaux comme à la pharmacie Mouginot; rien qu'à voir la mine épanouie de M"^ Delorme, lorsqu'on lui redemande d'un plat, on sent qu'on lui fait plaisir en ayant bon appétit, et cela suffit pour vous mettre à l'aise; aussi, quand nous sortons de table, sommes-nous déjà tous de vieilles connaissances. Après dîner, on me montre la petite chambre que je dois occuper. Elle est tapissée d'un gai papier à fleur, le lit de fer est voilé de rideaux bien blancs, la fenêtre ouvre sur les arbres du parc. Je la prends incontinent en amitié, et Arsène Camus, qui retourne dans sa famille, promet de me faire expédier mon petit bagage dès qu'il sera rentré à Villotte.

Quelle série de jours heureux j'ai passés dans cette hospitalière maison de Jeand'heurs! C'est

surtout en y repensant plus tard, que j'en savoure toutes les délices. Dans le moment même ils s'écoulent si unis, si peu accidentés, que j*en apprécie mal l'infinie douceur.

Mon cousin Delormeest occupé toute la journée à sa papeterie; sa femme est absorbée par les détails du ménage, de sorte que nous vagabondons tout à notre aise, Zélie et moi. M"^^ Delorme n'a pas la pruderie soupçonneuse de ma tante Mouginot, et elle ne craint pas de nous laisser en tête-à-tête. Zélie est habituée à sortir ^seule, et elle me promène par tout le pays. Elle semble fîère de moi, elle s'ingénie à me procurer des distractions. Nous chassons aux papillons dans les avenues du parc, tious péchons aux écrevisses dans la Saulx, nous poussons même jusqu'aux lisières de la forêt des Trois-Fontaines. Je conte à ma cousine mes déboires à la pension Pestel, mes démêlés avec Aristide et mon admiration pour la petite Alice. Je ne taris pas sur ce chapitre, et Zélie m'écoute sans impatience, sans un mouvement de jalousie, bien que je m'étende à satiété sur la beauté, l'esprit et l'imagination de la petite Parisienne.

— Elle doit être bien jolie! se borne-t-elle à dire en soupirant; je voudrais lui ressembler. '

Zélie ne ressemble pas à la petite Alice. Elle n'en a ni l'élégance affinée, ni les airs de reine, ni les inventions romanesques. Élevée à l'école des

sœurs, elle n'a guère lu que son catéchîs évangile. Pourtant il est juste de re qu'on ne s'ennuie jamais avec elle; sa tion est toujours attachante, bien qi étroitement renfermée dans un cercle di "sances pratiques. Parfois j'essaye de l'in mes contes bleus, et de l'emmener avec une envolée vers le fabuleux pays de mais elle se fatigue vile à me suivre, un tension d'esprit lui plisse le front, et brusquement la tête :

— A quoi bon, s*écrie-t-elle, se to de choses qui n'existent pas?

— Oui, mais c'est amusant de rêv« pourrait arriver...

— C'est bien plus amusant de p< choses qui arrivent pour de vrai, de sa ment le blé pousse, comment les chry changent en papillons, comment les 1 viennent des fruits...

Pas moyen de la faire sortir de ce rais( vulgaire. Elle est complètement rétive au et aux fàux-semblants, ma cousine Zéli en quoi elle me paraît de beaucoup inl la petite Alice. Mais, en revanche, elle esi enfant, si franche, si aimante, que je lui ses défectuosités en considération de la admiradve qu'elle a pour moi- Un matin, nous étions allés dans

i mon- cousin tenine sommes-nous inds les cris aigus

t un geai qui est

!a fontaine oîi les leviné juste : un s cordelettes de la le; il se débat si ié l'engin à ras de ; premier du gros ; me prëdpite, et, le prisonnier, qui ellement le doigt cri que je pousse s'agenouille, me fe sans pitié, puis : saisit mon doigt ■X suce le sang de

il me semble que miracle, et je ne ne douceur non ;uiie, ma cousine edans la fontaine

encore mal?

s m'a guéri, cou-

sine ZélJe... Le sang ne te fait donc à toi ?

Elle rougit.

— Ces coups de bec d'oiseau son venimeux, réplique-t-elle, et j'ai pen mieux était de sucer tout de suite la dé

Je me sens si pénétré de reconnais je lui sauce au cou et que je l'èmbras tiers je m'exposerais au bec cruel d'tin proie pour voir recommencer la cure.

Nous ramassons le geai aux plur riffées, puis nous nous en revenons sil un peu troublés à la papeterie...

Au milieu de cette libre et plaisante campagnarde, sous ce léger ciel de s les jours fuient avec une désolante Chaque marin.enm'éveillant dans la c qui donne sur le parc, je regarde le cal je constate avec terreur que le morne proche de plus en plus où il faudra di mes hôtes de Jeand'heurs. Déjà les s'accourcissent; déjà la fraîcheur des annonce l' arrière-saison. Ce n'est pas tour à Villotte qui m'effraye, que la languir en captivité chez Pestel. Je Si ne m'habituerai jamais à cette claustra quatre murs pendant de longs mois gourmades du maître de pension et tique à haute dose pour tout agrémi

Lte mes derniers quiet et nerveux, )roche d'un éperit d'être en péril.

Uents pour moi, et le régisseur, avoir deviné la

souper nous res- , sur les dalles du r silencieusement

d'habitude, Jao ;z nous?

contraire !

iirer en pension

mot.

que ce n'est pas irmé encre quatre : mieux. Dans le icle Mouginot de le te mettre en 4ais il paraît que )i un savant et un 3ÛI, il n'y a pas à

le à la dérobée la jis que ses yeux

L ONCLE SCIPIC

limpides se fixent sur moi avec une expression anxieuse, comme si elle attendait impaciemment qu'une réponse secrètement désirée tombât de mes lèvres.

Je sais bien que je n'aurais qu'un mot à dire pour que le cousin Delorme renouvelât sa proposition et tentât d'obtenir des Mouginot mon instailadon déiîninve à Jeand'heurs. Et cependant ce mot ne peut sorrir de ma bouche. Toujours poussé par ma gloriole et endché de mes idées ambideuses, je trouve que ce pedc pays de Jeand'heurs est un théâtre trop obscur pour un personnage de mon espèce. Je croîs plus que jamais aux perspectives brillantes, évoquées par la faconde de mon oncle Scipion; je songe, d'ailleurs, qu'un séjour prolongé à la papeterie me séparerait à tout jamais de l'admirable pedte Alice.*

— EnBn, poursuit M. Delorme, loi, Jacques, qu'est-ce que tu veux devenir?

— Moi? cousin Delorme, mais..., je voudrais... Je voudrais aller à Paris et y faire fortune I

Le cousin hausse les épaules et n'insiste plus. En même temps, j'entends à côté de moi s'exhaler un gros soupir. Je me retourne, et U me semble que les yeux bleus de Zélie sont devenus subitement humides et brillants, comme si la rosée du soir les avait mouillés.

Ncti scirioK

Plus l'époque de la rentrée approci plus je sens de répugnance à retoi sous la griffe du vautour Peste ^O septembre, mon cousin Delorme reçoi laconique billet de l'onde Victor et m'en d lecture après souper. Le pharmacien nous que la pension rouvre ses portes le lundi ^ tobre, mats que les pensionnaires ont la fk de s'y installer dès la veille. En conséqueni m'invite à repartir avec armes et bagage!

façon à arriver le dimanche dans la matinée.

Après avoir pris connaissance de cette in^ tion, je gagne pensivement ma chambretn m'accoude à la fenêtre et je regarde la monter au-dessus des arbres du parc. Elle est

OKCLE SClPtON

ronde, et je me dis avec tristesse que le sera tout à fait pleine je- languirai iné chez Pestel. La nuit est très calme, et :e placidité nocturne les moindres bruits ;nt perceptibles. Très loin, vers l'ouest, lirection de la forêt de Trois- Fontaines, > un roulement sourd suivi d'un sifflement ;st un train qui file vers Paris et s'arrête on de Sermaize. J'écoute avec mélancolie r décroissante de ce convoi qui fuit dans té, et qui, demain, au petit jour, entrera Tande ville où demeurent l'oncle Scipion îte Alice. Je ne puis m'empêcher d'enirt des heureux voyageuiï que la vapeur , et, soudain, une audacieuse pensée illur )n cerveau : a: Pourquoi ne seraîs-Je pas ire de ces heureux?... Il me suffirait de ici dès l'aube, de façon à me trouver à pour l'heure où passe le train du matin, on marcheur, et, en traversant les bois ■Fontaines, il ne me faudrait pas plus de :ures pour atteindre la siadon. Le trajet aize à Paris, en troisièmes, ne coûte que 1 treize francs, et j'ai encore intact, dans se, le louis d'or que m'a donné la bonne l'échoin. Je débarquerais dans la capitale leures du soir et je courrais droit chez :ipion. Je suis certain qu'il m'accueillerait m'a-t-il pas recommandé, à deux reprises.

in

ait ? Or, il n'y a .e Taie de m'intté, une odieuse [roit en faussant .n, qui sont des roteccton à mon

t d'évasion penndemain, tandis Zé\ic le long de éiieusement. Le c'est de quitter

les prévenir et hospitalité. Mais ifîermon projet t montré à mon

discipline, et il

à mon départ.

de la papeterie te, et je finis par ipre à mettre ma

iccupation, et, à lù nous nous en leterie, elle me icicude :

lurquOL ne me

oup est propice

aux confidences, et elle m'encourage à me rasser de mes scrupules.

— Zélie, dis-je brusquement, je vais te « un secret, mais, auparavant, jure-moi de répéter à personne.

— A personne?... Pas même à papa maman ?

— Pas même à tes parents.

Elle s'arrête ei fixe sur moi ses yeux Utr largement ouverts :

— Est-ce quelque chose de mal?

j'hésite un instant, puis je reprend:

aplomb :

— Non, non... Il n'y a rien de mal... Pn m de ne point me trahir?

— Je te le promets.

Et, d'un air moitié sérieux, moitié plaisai prononce la formulette naïve dont les enfa chez nous ont coutume de sceller leurs sert

Boule de feu, boule ât. fer.

Si je mtns, j'irai en enfer. . .

— Là, es-tu rassuré?... Maintenant, d ton secret.

— Eh bien, Zélie, je suis décidé à ne pli trer à Villotte.

Une lueur joyeuse passe dans les yeux de ma cousine.

Le-t-elle, tu resteras avec

isément... Je veux aller à-

ts, je lui explique brièvedécamper le lendemain :, de prendre le train à iver mon oncle Scipion. — assombris, ec le front lisse . chagrins.

pa et maman, reprend-elle :ompter que M. Mouginot- :ra de t'avoir mal gardé...

rie, ne fais pas cela !

je n'ai pas le courage de ... D'ailleurs mon oncle é de venir le trouver si on anchement, les gens de la ;la vie trop dure.- Il faut ;-toi que tu m'as promis de

rette d'avoir juré, litié pour moi... Tais-toi seulement. Je serai arrivé rs tu pourras tout raconter !ur diras combien je suis ; l'ennui et combien je les :és... Et toi aussi, cousine, uniâé... Je me souviendrai

L ONCLE SCIFION

toute ma vie des vacances que j'ai passées d'heurs...

Je crois voir crembler des larmes dans 1 de Zélie ; brusquemenc je lui saute au ce l'embrasse bien fort. Nous rentrons à la ps silencieusement, et pendant le souper nou tous deux le cœur si gros que nous ne p pas parler. — Au dessert, M. Delorme ; une bouteille de vin muscat et remplit le verres à la ronde :

— Jacques, mon garçon, dit-il, c'est i ton dernier jour de congé... Tu connais i nant le chemin delà papeterie et j'espère y reviendras... Ce soir, nous allons trinqi santé et au plaisir de nous revoir.

Je sens un sanglot me serrer la gorge hâte de trinquer et de boire pour me doni contenance. Je m'en veux mortellem tromper mes braves cousins, et je me 1 remonter dans ma chambre en prétexta migraine. C'est Zélie qui m'éclaire dans 1' et, au moment de refermer ma porte, je , un dernier signe d'adieu, tout en posant u sur mes lèvres pour lui recommander le

Une fois rentré dans la chambreite, I de clair de lune, je m'occupe de fourrer da poches les objets que je tiens à emporter :

savon, brosse à dents, mon couteau et un de ficelle. Je m'assure que ma pièce di

E SCIPrON

Ttune, est bien en sûreté gilet, puis je me déchausse :, tout habillé, afin d'être ïrime aube. Je sais que le au coup de six heures, et juand il sera sur pieds. Je de fièvre et ne sommeille nation du départ me tient !^uand je rouvre les yeux, îjà et un coq chante au . Tenant mes chaussures le avec précaution la porte : descends l'escalier sans . Me voilà dans le corri- 13 que la porte de sorde lur, et je me rappelle que lans la serrure avec beauune façon fort bruyante.

Lgnificatif ne réveille mon rt empêché, face à face errouillée. Heureusement e avec le jardin, et par hamps. Je me glisse dounière pièce; la porte de fermée qu'au crochet, et lans lepotager, où je puis uliers... Une fois dans la ;ure, je me sauve à toutes i rivière, ayant hâte de

mettre un long espace entre la pap moi.

Me voilà libre I... mais point encore d toute inquiétude. Dans ma précipicacio suis jeté dans le premier sentier venu, si chir qu'il tne faudrait aller jusqu'au proc lage avant de trouver un pont pour fr Saulx. Je me décide à rebrousser che:

contourner le mur du parc afin de toml tement sur Robert-Espagne, qui touche de Trois-Fontaines. Je repasse, le cœur tr devant la papeterie et le logis des Del gravis la côte et redescends tout d'une versant opposé. Je ne respire qu'en ap dans la brume automnale les toits fui Robert-Espagne.

Le village est déjà éveillé, mais je n'y personne, et je le traverse bravement que j'aie grand'peur de me fourvoyer, demander ma route aux gens que je r et ne suis complètement rassuré que le la lisière de la forêt, je tombe sur ur où je lis ! « Chemin vicinal de Trémoi maize. t>

La route, fraîchement empierrée, mor vers bois jusqu'à un plateau où elle s'eni droite ligne entre les taillis déjà rouillé premiers froids de l'arrière-saJson. Un sol commence à luire à travers des vapeurs a

tintement d'une horloge si — Le train n'arrivant station n'étant plus qu'à urais pas besoin de me suis agité par une petite et ni de m'arrêter ni de s du paysage. Une voix ier comme au Juif errant:

Elle est pourtant jolie, bordée de grands bois ent dans les alisiers!...

et m'est indifférente; je es, je n'ai point d'yeux es de bouquets appédsje n'ai d'autre pensée et station de Sermaize, dont oits rouges au bord de la

mmence à s'abaisser du peu, les arbres s'éclaîrrçois, à mi-côte, le bourg maisons construites en la Sautx qui rampe dans dulations de couleuvre, rée entre le canal et la

!e, la vue d'une boutique pétissante odeur de pain e je n'ai pas déjeuné. Je

-mi

mangerais volontiers, mais il faudrait changer ma pièce d'or pour acheter un pain d'un sou, et j'ai peur que le boulanger me soupçonne de l'avoir volée. Je mets une martiiigale à mon appétit, et je me décide à attendre que j'aie de la monnaie. Me voici à la station, où un timbre électrique tintinnabule sans relâche avec des airs pressés. J'ai encore une heure à attendre, et je me rencoigne dans l'angle le plus obscur de la salle. Je suis maintenant assailli de nouvelles terreurs. Si j'allais rencontrer mon oncle Mouginot-Tupin, qui possède une ferme dans les environs, ou bien l'avocat Jacobi,' qui vient quelquefois boire un verre d'eau ferrugineuse à la source de Sermaize?... Il me semble que tous les gens qui entrent me dévisagent avec des regards inquisiteurs, et que les employés également me jettent des coups d'œil soupçonneux.* Je me fais tout petit, j'essaye de dérober mes traits aux curieux en enfonçant mon chapeau de paille sur mon front, et je trouve que le temps se traîne avec une énervante lenteur. Un coup de cloche : le train est signalé; Le guichet s'ouvre,, je m'y précipite et, posant timidement mon louis sur la plaque de cuivre, je demande d'une voix étranglée une place de troisième pour Paris. La caissière fait tinter ma pièce d'or, la palpe, et son regard attentif me donne des battements de cœur. Lentement elle me tend mon billet et la monnaie de ma pièce, que j'em-

npter. Je me faufile dans .

ic assis deux ou trois villaredouble candis que je âge le va-et-vient des fec- Lis. Au loin, un trembletuterrain commence à être :oups de sifflet déchirent vec un roulement de tongare en secouant le sol.

Les portes s'ouvrent, et je Qpartiment de troisième îse tout ébaubi. Les emdu convoi en ièrmant les ; siffle et le train se remet

sûreté et en route pour t est presque plein, mais mis de mon ahurissement, :s compagnons de voyage, t mon billet dans mon 1 monnaie qui me reste.

: attire l'attention démon ier par la portière; il se et, au même moment, je camarade de classe, Lélucke.

le fils du menuisier, en

gir, et mon premier mou-

vement est un mouvement de défiance. Je ne sais si je dois me féliciter de la rencontre et si Guigne-à-jgauche n'est pas capable de me trahir. Aussi est-ce avec une certaine anxiété que je lui demande où il va. Je l'ai perdu de vue depuis qu'il a quitté la pension Pestel et, avant de renouer connaissance, je ne suis pas fâché d'être renseigné sur ses faits et gestes.

— Oïl je vais? répond-il d'un air crâne, à Paris, parbleu!... Mon père m'a mis en apprentissage chez un fabricant de meubles... Je quitte Villotte sans regrets et je n'y rentrerai pas de sitôt!...

Cette nouvelle me rassure, et lorsqu'il m'interroge à son tour, je n'hésite pas à lui. apprendre que je me rends en visite chez mon oncle Scipion Mouginot... J'ajoute fièrement :

— Tu as sans doute entendu parler de lui?

Non, Guigne-à-gauche ignore absolument

l'existence de Scipion Mouginot. En revanche, il prétend connaître très bien Paris, où il est allé déjà une fois par un train de plaisir. Il se complaît à m'ébahir en me contant par le menu les choses étonnantes qu'il y a vues : le Palais-Royal, la colonne Vendôme et un café-concert des Champs- Elysées. Il me nomme aussi les principales localités devant lesquelles passe le train. Il sait beaucoup de choses, Guigne-à-gauche! sa loquacité, son aplomb me stupéfient, et avec lui je n'ai pas le

temps de m'ennuyer. Les SEiDons se suocù rapidement. Nous anivoos à ooe gare spaàe où des locomotives se cnùseoi en loos seo!

j'entends crier : < Epenuy, vingt minutes d'à; buffet I » Je ne comprends pas tout d'ib mais mon camarade m'explique obligeamn qu'on fait balte à Èpemay pour y manger morceau sur le pouce.

— As-tu faim, Jacques? me demande-t-41 d' voix insinuante.

Si j'ai faim?... Je suis à jeun et mon escoi crie famine; aussi je m'empresse de népoi affirmativement.

— En ce cas, poursuit-il, descendons au bu c'est moi qui paye.

Je suis mon aimable compagnon, et r voilà dans une belle salle, omée de glaces, ga de petites tables de marbre, avec un long coi toir sur lequel sont rangés des plats de viar froides, dks corbeilles de fruits, des assiette; gâteaux, lin tas de bonnes choses... Léchau avec assurance, hèle un garçon et commande pain, du jambon, des raisins. Tout autour tables, des voyageurs se pressent, absorbant c air affairé leurs consomnutions. De temp autre, on entend des bouchons qui sautent a fracas et des bouteilles qu'on vide.

— Aimes-tu le Champagne? dit Léchaudel bouche pleine.

Du Champagne! je n'en ai bu que deux fois, et encore ma tante Mouginot avait-elle soin de tremper d'eau le verre qui m'était destiné; mais j'ai conservé un souvenir tentateur de ce joli vin doré et pétillant. Je fais un signe de tête affirmatif; on nous apporte deux flûtes mousseuses, et nous trinquons gaiement en achevant notre jambon et nos raisins. — Les meilleures choses prennent fin. Un employé crie à la porte du buffet : a Les voyageurs pour Paris, en voiture ! » En même temps, un garçon se campe devant nous et d'une voix brève :

— C'est six francs ! s'exclame-t-il.

Guigne-à-gauche fouille avec précipitation

dans les poches de son pantalon, puis dans celles de son gilet et, tout à coup, sa figure exprime une inquiétante stupéfaction :

— Sacristi! murmure- t-il, je ne trouve pas mon porte-monnaie... Je l'aurai sans doute laissé dans ma valise... As-tu de l'argent sur toi, Jacques ?

Le garçon impatienté nous toise d'un air soupçonneux, la salle se vide et la cloche du départ se met à tinter. Effrayé, je tire en hâte de mon gousset l'argent qui me reste, je jette six francs sur le marbre et nous nous empressons de regagner notre compartiment.

— Mercil dit l'astucieux Guigne-à-gauche en se recasant dans son coin, nous avons bien dé-

e sera a mon tour

de

porte-monnaie, et je iu déjeuner commun le commence à entrenon ancien camarade, ie la pension Pestel, modiBé ses procédés des autres. La convieiupe et la perspective trente sous pour toute subitement. Mon encien condisciple s'est ije ma flûte de chamje réponds à peine à

champ de la fenêtre me emportés par un ir : « Château-Thierry, aux,..; fl puis la phy- [lange très sensiblemaintenant à travers

de blanches maisons s. Le train ne s'arrête ions en soulevant des s les coups de sifflet 5 et plus prolongés;

talus gazonnés aux

j'entends Léchaudel

Voici les fortifications... Nous sommes à !

jn cœur bat très fort, et je me sens pris ; mystérieuse angoisse, le pensée qui ne m'était pas encore venue 'e de me troubler :

», par malheur, mon oncle Sdpion était it, que deviendrais-je, perdu dans cette ie ville, avec trente sous pour toute rese?»

me penche vers Léchaudel :

Toi, qui connais Paris, sais-tu où est le faus; Saint-Martin?

jigne-à-gauche, occupé à tirer de dessous la uette cette fameuse valise où il a oublié son -monnaie, ne me répond que vaguement,

soupçonne qu'il n'est pas plus ferré que sur la topographie de la capitale. Le train tit sa marche et s'arrête sous la vaste nef î de la gare. Tout le monde descend et, au u du brouhaha, Léchaudel s'esquive après oir négligemment souhaité bonne chance...

ié par le flot des voyageurs, je débouche une longue cour pleine d'omnibus, de fiacres ; gens aflairés. — U s'agit maintenant de er la maison de mon oncle. Très ému, je resse au premier passant :

' Le numéro 1 18 du faubourg Saint-Martin, îus plaît?

et vous verrez le l

lion Mouginot... G Irap pour l'armée...

ond pas et se hâte i le bée, coût étourdi iquement des fbuec

au 1 1 8 du faubo ne voix éraillée et t

un garçon de dix-1 [Fé d'une casquette

LS VOUS y conduire, une homme en bloi ; cigare éteint et la i jets de salive sur

dédale de petites i où je me heurte cot ir pressé. Le trajet

compliqué que je e que mon guide pn er. Je l'interroge ri

ôc arrivés?... Conn

inot?

louse me regarde a

une grimace gouailleuse, puis, après un nouveau et prodigieux jet de salive :

— Que q.u'il fait?

— Il a inventé un drap hygiénique pour l'armée... C'est mon oncle.

— Inconnu au bataillon... Tenez, v'Ià le faubourg, et nous ne devons pas être loin de la case de votre oncle.

Nous venons de déboucher dans une large voie, toute retentissante (Ju fracas des camions et des omnibus. Vingt pas plus loin, mon guide s'arrête :

— II 8, c'est ici.

Je regarde — une haute bâtisse d'un jaune sale avec un large portail cintré ouvrant sur deux cours intérieures; à droite et à gauche, au rez-dechaussée, des boutiques de médiocre apparence. Chaque étage de la façade est barré par de larges enseignes. — Tout cela ne ressemble guère à l'idée que je me faisais de la maison prîncière habitée par l'oncle Scipion. Un peu déconHc, je me retourne vers mon complaisant conducteur et je me confonds en remerciements.

— C'est pas tout ça, répond effrontément l'obligeant jeune homme, il y a ma course...

C'est un franc.

Tout rougissant et penaud, je tire de ma poche ma dernière pièce de vingt sous; je la remets au jeune homme en blouse, qui la fait sauter

it dans sa main et n

; tristemeni sous le p asistas au-dessus duqut nerge. > Je mets chape BCure M. Sdpion .Moug '. cour, l'escalier à droii

! iacérieurement cette i : revéche ; je traverse la

de laquelle les eaux n X d'une rigole nauséat urdi encore qu'à la so lemande comment il es

Scipion demeure dans

lans la seconde cour 1' escalier de bois aux dssant à un palier encc s de paquets d'étou pes d le odeur acre. Sur une

et toiles des Vosges. E nez le bouton, s. v. p.

bouton. — Une vaste Dur terne et maussade d oir où s'empilent des e ce comptoir une da innées aux cheveux gri ce et grave, occupée' à

— D'une voix étranglée par la déception ■té, je demande derechef:

Scipion Mouginoc?

Mouginot est sorti, mais il ne tardera itrer... Si vous voulez l'attendre?

1 !... Mais c'est Jacques, s'écrie une fillette

tête curieuse émerge de derrière un >ii, perchée sur un haut tabouret, elle est d'écrire.

ssaute, ec ma figure anxieuse s'éclaire rire. Dans cette fillette au long tablier le noire, je viens de reconnaître la petite

id de son tabouret, i que je ne l'ai vue; encore élancée et entourent comme nnante sa blanche ntne des diamants ie reine; c'est avec qu'elle me tend la mère, la dame du

abilité, m'examine >eu triste, et m'în* m'avoir engagé à

; pendant lequel je ité sur le magasin

L ONCLE SCtFlON

garni de rayons, les rouleaux de toile, le comptoir et les casiers chargés de gros registres verts. J'espère encore que cet atelier n'est qu'une annexe de la fabrique des draps pour l'armëe, mais je suis rourmenté de pénibles pressentiments. N'était la présence de la petite Alice, je me trouverais douloureusement dépaysé dans le magasin de toiles des Vosges, en face de cette dame inconnue au visage attristé.

— .Vous êtes venu pour quelques jours? me demande la mère d'Alice.

— Non, madame, je viens ici pour y rester tout à fait.

— Déjà !.. . Votre famille n'a pas peur de laisser un enfant de votre âge livré à lui-même sur le pavé de Paris ?

— Je ne serai pas seul, puisque j'aurai les conseils de mon oncle Scipion.

— Certainement..., certainement, reprend la dame en secouant la tête. Avez-vous un emploi en vue ?

— Je compte..., j'espère que mon oncle m'en procurera un.

Nouveau silence.. La dame aux cheveux gris pousse un soupir et la petite Alice ouvre de grands yeux étonnés, où je crois surprendre un éclair de compassion ironique. Pour rompre ce silence pénible et aussi pour montrer à ces dames que je ne suis pas un petit provincial ignorant

la conversation sur les louginot :

toujours content de ses

des draps pour l'armée pleine activité ?

ard les lèvres et me lance sa mère recommence à raits mélancoliques prentriscesse navrante, nd-elle, a eu depuis quel- ■boires; des gens malinrvi et il en a beaucoup ns qu'il ne vous en parle eance de ne point faire draps militaires, uit sur moi l'effet d'un u creux de l'estomac. Elle lement que la voix me

dessèche, mes yeux se nés traits se tirer. Mes il me semble entendre îuperbes châteaux en Esobligé de rentrer piteusejis près de pleurer.

un bruit de pas résonne gné d'un léger fredonnee, et Scipion Mouginot

langé : il a gardé sa tour-

nure jeune et son port de tête triomphant; il tient toujours sous le bras sa serviette gonflée de paperasses, et il est vêtu d'un pardessus de couleur tendre. Seulement le maroquin de la serviette est éraflé, blanchi et comme affligé de la lèpre ; le pardessus n'est plus de la première fraîcheur, et les pans aux plis fripés tombent lamentablement

L'oncle jette un regard circulaire sur le magasin; il m'aperçoit affalé sur ma chaise, pousse une exclamation, dépose sa serviette et me tend les bras.

— C'est toi, Jacques?... Quelle agréable sur- /)rise!

Surpris, mon oncle l'est, à n'en point douter; — surpris agréablement? je n'oserais en répondre. — Après m'avoir embrassé, il se recule, interroge du regard la mère d'Alice, et sa physionomie semble exprimer plus d'embarras que de satisfaction.

— Comment te trouves-tu à Paris? me demande-t-il avec des notes graves dans la voix.

— Mon oncle, je ne pouvais plus rester à Villotte, j'y étais trop malheureux... Je me suis sauvé et, comme vous m'y aviez engagé, je suis venu me mettre sous votre protection.

Je dis tout cela le plus rapidement et le plus énergiquement que me le permet mon émorion; en même temps, je braque mes yeux anxieux sur

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