‹ L'oncle Scipion (volume 2)Chapitre 5 sur 10 · CLI SC.P.ON · texte numérisé non relu

CLI SC.P.ON

la musique, on y danse, ies :: on s'y amuse, ension où l'on danse bouleiceprions du régime scolaire;

rassérène un peu, et je delà ira aux soirées de l'institut r serai.

s, répo'nd-elle en levant les ent, mère est très occupée et la danse; mais, dans tous les i toutes les semaines, et nous

distraire de notre mieux...

DUS irons à la campagne, et c'est joli, les bois de Mont-

lu que les bois de Villotte?

comparaison ! réplique-t-elle dédain.

!c lequel elle parle des bois nble friser l'ingratitude, et je

rtant bien dans la friche du I des fougères !

; ? quelles fougères ? inter* de quelqu'un qui ne com-»

lous étions assis un matin de s alouettes chantaient et que

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— Ah! oui, murmure-t-elle avec un sourire vague.

Mais je vois bien qu'elle ne sait plus de quoi je parle. Elle a oublié ce détail de son séjour à Villotte, et son oubli est pour moi un amer crèvecœur...

Nous déjeunons sommairement, rapidement, presque au pied lev^; puis mon oncle Scipion endosse son pardessus noisette, et je coiffe mon chapeap de paille. Voici le moment de la séparation. M'"' Clémence me jette un regard mouillé et me serre la main. Je m'approche d'Alice et je l'embrasse, ayant, moi aussi, bien envie de pleurer. Quant à elle, secouant gentiment ses boucles noires, elle me dit pour me réconforter :

— A bientôt, Jacques I... Vous viendrez nous voir l'autre dimanche.

Dans mon désarroi, je n'ai plus la norion des jours de la semaine, et je balbutie d'un air ahuri :

— Quand est-ce... l'autre dimanche ?

Alice éclate de rire :

— Mais dans huit jours, naturellement, puisque c'est dimanche aujourd'hui... Attendez, je Vais vous donner de quoi être mieux renseigné.

Elle fouille dans son pupitre, et en rapporte un mignon calendrier.

— Tenez, ajoute-t-elle avec un nouveau rire, les dimanches sont marqués là-dessus en lettres

rouges... De cette façon, vous ne pourrez vous tromper.

Je serre précieusement dans mon gilet le !

venir d'Alice, et nous voilà partis.

Le ciel est légèrement voilé de brume, ma:

pavé est sec, et no.us descendons lestemen faubourg, où s'écoule un double courant de v cules bruyants et de piétons affairés. Le perpé roulement des voitures, l'affluence des passa les cris de la rue, la hauteur des maisons, tout m'effare et m'étourdit. A un certain endroii flot qui dévale du faubourg se mêle au toui lonnement d'une fbule plus tumultueuse em qui se répand dans une large voie transver:

plantée d'arbres, et mon oncle Scipion me c

— Les boulevards I

Nous coupons péniblement ce courant i cesse renouvelé, ces files de voitures qui s blent enchevêtrées les unes dans les autres, nous retombons dans une longue rue aussi p( leuse, aussi affairée que la précédente. La fi esc partout, dans cette immense ville, dont '. traordinaire grouillement commence à m'effra Cette rue noire et longue d'une demi-lieue bouche tout à coup sur un vaste espace li neux. Le soleil transparait derrière le brouilL j'aperçois, dans une clarté laiteuse, la co' verte d'un grand fleuve et, sur chaque b( parmi des bouquets d'arbres, une perspectivi

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hautes maisons et de palais; au-dessus des toits surgissent des tours, des dômes ardoisés, de sveîtes flèches d'églises. Nous passons sur un pont monumental, orné d'une statue équestre, et Scipion Mouginot, avec un geste plein d'ampleur, médit:

— Les quais et la Seine !

Maintenant nous sommes sur l'autre rive. Nous montons à travers un dédale de rues tortueuses, où de nouvelles foules circulent au milieu du même brouhaha de voitures et de clameurs perçantes. Je suis tellement étourdi que je ne vois plus rien; un cercle de migraine commence à étreindre mes tempes, et j'ai peine à suivre mon oncle infatigable, qui me tire par la main. Enfin, nous entrons dans la grande rue de Montrouge. Les maisons s'espacent davantage, les jardins plus nombreux mettent de l'air autour des habitations, et je respire plus facilement.

— • Nous voici arrivés, murmure mon oncle.

Il s'est arrêté devant un mur de pierre de taille, sur lequel de grandes lettres noires s'étalent à l'aise, et je lis :

INSTITUT LITTÉRAIRE ET SCIENTIFICiUE

Directeur : E. Corne vin

Scipion Mouginot pousse une porte bâtarde pratiquée à droite de la grille, parlemente avec un

concierge et, à travers une cour ornée de maigres parterres, m'entraîne vers un bâtiment carré où la même inscription est répétée en lettres dorées. Dans le vestibule, une porte à deux battants est surmontée de cette indication : Cabinet du Virée leur. Mon oncle y frappe et ouvre sans attendre la réponse.

Au bruit de nos pas, un monsieur enfoncé dans un fauteuil de bureau, au milieu de la pièce entièrement tapissée de livres, se retourne et se lève avec pétulance :

— Mouginot !

— Mon vieux Cornevin !

Les deux amis se serrent la main avec effusion, tandis que, les yeux écarquillés, je contemple le directeur de l'institut.

Èvariste Cornevin n'a ni la solennité pédante ni la mine farouche du cuistre Pestel. C'est un homme entre deux âges, de taille moyenne, aux gestes nerveux, à la barbe rousse clairsemée, aux yeux d'un bleu pâle qui semblent noyés dans le rêve. 11 est chaussé de pantoufles, négligemment vêtu d'un complet couleur cannelle, et une casquette de cuir fauve coifTe sa réte longue au front extatique.

— Comment vont tes affaires ? demande l'oncle Scipion avec un accent plein de sollicitude, et comment se porte l'aimable M""' Cornevin ?

— Merci, ma femme va bien, moi de même; quant aux affaires, elles cheminent doucement, leniopede... Depuis la rentrée, rien ne se dessine encore franchement; mais j'ai résolu de frapper un grand coup sur le tam-tam de la publicité... Tiens, voici l'épreuve d'un cliché pour les grands journaux...

Il déroule une longue bande de papier blanc, où on lit en caractères d'imprimerie :

Insiiiui liuéraire ei scientifique, dirigé par £varisie Cornevin, docteur ès-lettres. — "Préparation aux Écoles spéciales. — !7^uvelle méthode d'enseignement des langues mortes et vivantes. "Dix années de succès.

— Très bien, affirme mon oncle. A notre époque, c'est avec des annonces qu'on soulève le monde... Le public sera empoigné.

: — Je le crois, reprend ingénument M. Cornevin; seulement la quatrième page des journaux coûte cher, et je suis accroché par un détail... Les (bnds sont bas.

— Ecoute, insinue Scipion Mouginot, comme pris d'une soudaine inspiration, confie-moi ton cliché... Je connais une agence qui se chargera de l'affaire dans les prix doux et qui te donnera du temps... En attendant, je t'amène toujours un élève.

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oi, Mouginot! s'exclame ■ers moi un regard curieux

ore, mais d'un sourire in-

, continue mon oncle en 1 fils !... Un garçon qui te ri... Une précoce intelUromet de s'épanouir merpion Mouginot, réplique levin, ne peut être qu'un

rend la main, prend une u et me l'offre :

>n. Usez ceci pendant que es... C'est le programme

is un coin pour feuilleter que jusqu'à ce jour on les langues mortes aux ;vin se charge, en deux :r couramment le grec et usieurs langues vivantes.

e à comprendre la mé« idiquée dans le programme et mon oncle causent fenêtre. Us m'ont oublié.

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parlent à voix haute, et forcément des fragments de leur conversation entrent dans mes oreilles.

— Tu sais, dit timidement M. Cornevin, l'institut ne fournit pas le trousseau... Quant aux conditions pécuniaires, je te traiterai en ami.

— Cornevin, s'écrie mon oncle avec un noble geste de désintéressement, tes conditions seront les miennes. Laissons de côté ces mesquines questions d'argent.

— Non, non ! réplique vivement le directeur de l'institut, traitons-les sur-le-champ, au contraire, pour n'y plus revenir... Voyons, mille francs et le trousseau, est-ce trop?

— Mon cher, la culture intellectuelle ne saurait être estimée trop haut... L'enfant sera encore et toujours ton obligé.

— Les trimestres sont payés d'avance, insinue doucement M. Cornevin.

— A merveille... Seulement, si tu n'y vois pas d'objecdon, je te réglerai en nature... Ma caisse est momentanément à sec, mais j'ai en magasin de la toile des Vosges extra-fine... Dans un établissement comme le tien on a toujours besoin de linge, et tu en prendras chez moi à discrétion.

La toile des Vosges extra-fine ne paraît pas enthousiasmer M. Cornevin; il reste silencieux et

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