C.P.ON
le une légère grimace.
joute:
ionner également d'ex-
érardmer... C'est excel-
aître de pension, j'acie mon ministre des [m* Comevin... Allons
e pièce voisine, et on levin. C'est une periie
peignoir bleu déteint; e comme une feuille de lie a beaucoup de vivamérîdional et des airs e une foison de fausses
sur le front. Elle paraît ;z, mais elle est bonne ialcmeni Scipion Mouéduiie comme il emboi. Elle me lape amica- ;pte, avec la satisfaction
pas trop de Unge, le osé pour le prix de ma trousseau, mon oncle -Péchoin fourniront le
fois conclus, M. Corers toute la maison. Les
quelques pensionnaires déjà rentrés ont profité du dimanche pour flâner dans Paris, de sorte que l'institut est désert. Dortoir, salle d'étude, salle de cours, parloir, on ne nous fait grâce de rien. Nous terminons par la salle à manger, aux lambris peints en blanc, sur les moulures desquels les domestiques ont laissé en noir l'empreinte de leurs doigts. — Une table oblongue, recouverte de toile cirée, occupe toute la profondeur de la pièce, et une vingtaine de chaises sont rangées en guirlande tout autour.
— Ceci est le réfectoire, dit M, Cornevin d'un air inspiré, tandis que sa femme verse du malaga dans quatre verres à bordeaux; c'est le cénacle où nos pensionnaires partagent trois fois le jour le repas de la famille... Les élèves mangent avec leurs maîtres; ils écoutentleurs discussions littéraires ou scientifiques et s'assimilent ainsi en même temps la nourriture du corps et celle de l'âme... Mou* ginot, un verre de malaga!... Je bois au succès de l'oncle et du neveu !
Nous trinquons, puis mon oncle tire sa montre. Les affaires le réclament; il prend congé des Cornevin, m'embrasse, et nous le reconduisons jusqu'à la porte de la rue.
— Au revoir, Jacques ! s'exclame-t-il. Souviens* toi de la devise de cet empereur philosophe de l'ancienne Rome : « Laboremus! » et grave-la dans ton cœur.
m en reviens, tout contrit, [levin, quand la porte bâ- ; de l'oncle Scipion passe il fait un dernier signe de ouveau : « Laboremus ! »
>ut de bon.
retournés à leurs occupaandonnant à mes médita- ;tué derrière la maison et nnase. Le jardin, presque , oii des fouillis d'arbustes nches roussies par la bise de mon âme attristée. H : comme moi. Quelques s pâles chrysanthèmes y 9 que de grands saules y s argentées. Le brouillard de nouveau le ciel crépus- )jets de sa fine buée grise, e couvent tinte avec lenlique sonnerie du soir — ;nds à Paris — réveille ipressions de province. Je nomeni à Villotte, et la 1 me tombe sur le cœur.
; puis je repense à Alice, dedans de moi avec la 1 sonnerie de cette cloche is ma poche le calendrier
OÙ chaque lettre rouge marque joyeusement les dimanches où je reverrai ma petite amie, et je baise tendrement le mignon morceau jie carton où se sont posés les regards bruns d'Alice.
s mon installation à fin, j'ai revu la petite issé un bon dimanche a (ait visiter le Louvre avons diné au restaueiileur cœur à la penn'acclimater. J'ai écrit lettre affectueuse pour t je les avais quittés, loin, ainsi que l'avait l'ont pas été fâchés au le moi, et tout s'est ible. Dans une lettre antre ma perversité et Victor a résigné ses e son frère et s'est en-
gagé, tant en son nom qu'en celui des Mouginot- Tupin, . à contribuer pour deux tiers aux frais de mon éducation. On a envoyé de Viilotte mon modeste trousseau, qui a été complété ici; de sorte que je suis à peu près nippé et équipé comme les autres élèves. Mon oncle Scipion s'est exécuté généreusement; le surlendemain de mon installation, un commissionnaire poussant une voiture à bras a remis entre les mains de M*"® Cornevin tout un assortiment de toile des Vosges, plus une cargaison de fromages de Gérardmer, encerclés dans leur boîte de sapin.
Maintenant il ne me reste plus qu'à me conformer aux recommandations de mon oncle et à pratiquer la devise de l'empereur philosophe de l'ancienne Rome : a Laboremusl »
J'ai bonne volonté de travailler, mais les commencements sont durs. Je suis tout d'abord désorienté par les nouvelles méthodes de l'institut Cornevin. On m'a placé dans la seconde division, celle des débutants, et je me vois encore entrant pour la première fois dans la grande salle des cours pour assister à la leçon de mathématiques, donnée par M. Oscar Feucherot, qui paraît être le professeur à tout faire de la pension.
Dans la vaste salle nue, blanchie à la chaux, uniquement meublée d'une estrade, d'un tableau noir et de plusieurs rangées de bancs, huit élèves de douze à quatorze ans sont éparpillés en des
CLE SCJPION 177
: nonchalantes. Presque tous cre Roumains, deux Serbes, Domingue. La nadonalicé hentée que par un jeune ïvin et par mot. — Sur l'esprofesseur. Oscar Feucherot, r sans pain, maigre, flottant emenrs noirs. Il a le visage f, les joues pâles et creuses, :s; ses cheveux bruns rejetés ant sur son cou découvrent
il agite nerveusement ses eux et semble se bercer de lirases qu'il scande d'un air , ; pompeusementmonotone.
adenc^e parait agir comme :s élèves, elle lesîiypnotise; u les paupières comme des ■mir, et ils ne luttent contre bourrant de sucreries. Moi, es yeux et les oreilles, j'esmais je ne saisis au vol que
et inconnus. Encore imbu Pestel, j'ai gardé aux malère rancune; en premier ont valu force bourrades ec parce que mon cerveau se lent. Hélas! les théorèmes 1 de Villotte étaient clairs
" 'UWW
ne eau de roche à côté des rébus d'Oscar lerot. A l'institut Cornevin, les mathémaris'appellent « la philosophie des nombres; »
ité des triangles se nomme a l'eurythmie des >s triangulaires, d et le reste à l'avenant. Au d'une demi-heure d'attention, il me semble aa tête devient grosse comme une citrouille 'elle va éclater. Heureusement, de temps à , M. Feucherot entrelarde ses étranges for- 5 de digressions sur les poètes contemporains ciiadons de fragments poétiques qui n'ont le lointains rapports avec la science des nom- Ces fugues me reposent, ta musique des me charme et, en somme, je me montre ■e plus attentif que le gros de la classe : ce ae gagne les bonnes grâces du professeur.
)rès la leçon de mathématiques vient le cours igues mortes, où M. Cornevin nous explique îthode pour apprendre le latin et le grec en ans.
midi, on sonne le déjeuner, et les deux divivont prendre leur repas dans la salle lam.fe, en compagnie de M. et de M"* Cornevin, [. Feucherot et d'un autre professeur, vif ne un écureuil, qui est chargé du cours de n. Nous sommes à peine une vingtaine d'éen tout, parmi lesquels l'élément exotique ne.
s repas sont abondants, la chair esc délicate ;
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iirecteur et la directrice aiment nous bénéficions des appétits les époux Comevin. Seulement nt de singulières évolutions. Il où le saumon forme la base de Imentaire ; d'auœs où nous e dinde aux marrons. Dans les : mon arrivée, l'apparition du -dmer dans sa boîte de sapin a
brillantes marques de $atisfàcparaissent déguster avec plaisir
pâte grasse rehaussée par l'as- ; anis. Mais au bout de deux itance de M""' Comevin à servir ramage anisé au dessert, a iîni ;s les moins difficiles, et, quand
fait son entrée, des grognement sourdement autour de la ■>, c'est que, par suite sans doute I de la cuisinière, les deux divine ces interminables fromages on oncle et forment le solde de
Aussi, à chaque récréation, '. reproches humiliants. On me de la monotonie des desserts, 1 butte à de cruelles vexations.
: grand Valaque aux cheveux )Uvâtre, qui me poursuit dans ; colle au mur et m'empoigne
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les deux bras en me criant dans son baragouin :
— Ze souis saoul de ton fromaze!... Dis à ton oncle de le sanzer ou ze t'étrangle!...
Pour échapper à leurs menaces exaspérées, je déserte la récréation et m'isole tristement dans une pièce voisine. Une après-midi où les vociférations ont été plus violentes, après la constatation de l'état trop avancé du Gérardmer maudit, je me suis réfugié dans la salle d'études où le poêle ronfle doucement. En y entrant encore tout effaré, j'aperçois le long Oscar Feucherot assis près du poêle et occupé à griffonner sur d'informes morceaux de papier. A ma vue, il fourre ses chiffons dans sa poche; l'un d'eux glisse à terre, je le ramasse et, avant de le lui rendre, je jette les yeux sur la page manuscrite où des- lignes d'inégale dimension se succèdent séparées quatre par quatre. Je m'écrie, en tendant le chiffon de papier à M. Feucherot :
— Ce sont des vers, n'est-ce pas?
— Oui, répond avec dignité le professeur, qui m'a pris en gré et daigne m'honorer de sa confiance, oui, ce sont des vers.
— C'est vous qui les avez faits, monsieur Feucherot?
— C'est moi... Pour me consoler des ennuis du réel, j'évoque la Chimère accroupie au^^euil de l'Art et je fais chanter selon un rythme nouveau les mots magiques qui tombent de ses lèvres.
l'oncle scipion i8i
— Oh! je vous en prie, récitez-les-moi!
Visiblement flatté de ma demande, il consent
à me lire son griffonnage, et d'une voix lente, presque sacerdotale, il déclame :
Je reviens du pays des vertes nostalgies,
Où mon Amie au blanc visage lilial
Sourit de son sourire auguste et filial
Aux roses d^ autrefois, par les couâoants rougies.
Je reviens de Vexil glauque des longs sommeils.
Où derrière la vitre embrumée et que gerce
Le givre, une musique obsédante me berce,
Comme un chant très lointain tombant 'des cieux vermeils,..
Je n'y comprends goutte, et cependant je suis ravi. Est-ce un secret penchant qui m'attire vers le rythme? est-ce la sonorité des mots qui me chatouille l'oreille, et ces vocables, comme dit M. Feucherot, ont-ils le don à eux seuls de m'imbiber de poésie? Je me sens transporté dans un monde nouveau, j'admire naïvement le galimatias de mon professeur, et je lui exprime mon admiration en termes enthousiastes :
— C'est très beau!... Que vous êtes heureux, et comme je voudrais en faire autant !
Oscar Feucherot sourit et se rengorge :
— Il faut non seulement, répond-il, être spécialement doué, mais avant tout il est nécessaire de posséder la science de la métrique... Si vous voulez, je vous l'enseignerai.
iSi l'oncle scipion
J'accepte avec reconnaissance. Il me semble que si je pouvais écrire en vers, j'arriverais à jpénétrer plus sûrement au fond du cœur d'Alice.
A partir de ce jour, M. Feucherot, pendant les heures de récréation, m'initie aux secrets de la prosodie : il m'apprend l'art de dénicher des rimes neuves, opulentes et rares, d'assouplir le vers au moyen de l'enjambement et de la césure mobile, et d'y accoupler des mots étranges, des épithètes inattendues et suggestives. Grâce à ce commerce quotidien, une intime familiarité s'établit entre nous. M. Feucherot me confie ses ambitions et surtout ses déboires. Les besognes du professorat lui encrassent le cerveau, et il se compare à Apollon gardant les troupeaux chez Admète.
— Avec votre talent, lui dis-je, il me semble qu'on doit arriver tout droit à la gloire et à la fortune.
Il sourit ironiquement en contemplant ses vieilles bottines aux talons tournés :
— A la gloire, c'est possible, réplique-t-il> mais à la fortune!... En ce temps-ci, la poésie ne nourrit pas son homme... Pour vivre, j'ai accepté un emploi chez Cornevin... Je trouve ici du moins la pâtée et la niche, à défaut d'espèces sonnantes.
— Pourtant, M. Cornevin doit vous payer un bon prix?
— Il doir me payer, en effet, et peut-être nte
payera-t-il un jour, car il est honnête, mai n'ai pas encore vu la couleur de son argent.
J'ouvre des yeux étonnés ; d'après le traii vie qu'on mène à l'institut, je croyais les Corni au-dessus de leurs affaires.
— II faut voir les dessous, repart Feuchen (àut voiries dessous!... Comevin, et je l'enl fort, est plutôt un homme d'imaginadon qi commerçant. Avant de diriger l'institut, il i éditeur; malheureusement, il a la manie d'éi et de se faire imprimer. Or un libraire qui è ses propres Uvres, c'est comme un pâtissier mangerait ses petits gâteaux... A ce métie s'est ruiné, et sa pension, je le crains, n'est une heureuse spéculation... II nourrit trop 1 ses élèves... Mais quoil dans notre monde, oi sait pas calculer... Comevin a un cœur d'oi femme a une tête de linotte... Au demeurani sont d'aimables compagnons.
Certes, les Cornevin sont aimables, il n pas à aller contre, et si on n'apprend pas gra chose chez eux, du moins on n'y engendre pj mélancolie. Une fois par semaine, on ouv deux battants k porte qui fait communique salon et la salle à manger, et M"" Cornevin robe ponceau, coiffée à la grecque avec des I delettes rouges dans ses faux cheveux flotts reçoit ses invités qui arrivent en omnibus de les coins de Paris. Le vestibule est transform'
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vestiaire; les élèves frisés, tirés à quatre épingles, donnent le bras aux dames.
La composition de ces soirées hebdomadaires est très curieuse. — Il y vient de vieux messieurs chauves, engoncés dans leur faux col, cravatés de blanc, qui disent des fables; des dames mûres, aux toilettes à la (bis fanées et tapageuses, qui écrivent dans des journaux de mode; des poètes jeunes et barbus, vêtus de vestons de velours noir, qui parlent comme Oscar Feucherot, s'accoudent avec ténacité au marbre de la cheminée et récitent d'une voix creuse d'inintelligibles sonnets; des jeunes filles maigres et pâles, aux gants blancs nettoyés à la gomme, aux pauvres petites robes fripées, qui jouent des morceaux à variations. M. Comevin débite lui-même un poème biblique de sa composition, La SMon d'Eve, où Eve n'en finit pas de mourir. M™= Comevin chante en s'accompagnant sur la harpe. Nous autres, nous remplissons le rôle de la claque, et nous ne ménageons pas les applaudissements.
Vers onze heures, on sert du thé, du punch et des gâteaux secs, puis on pousse les chaises contre le mur, et les vieilles comme les jeunes, les élèves comme les maîtres, se livrent au plaisir bruyant d'un quadrille américain. Tout ce monde danse et se trémousse avec une joie enfantine. Il y a surtout le petit professeur de dessin qui montre un entrain enragé; quand on arrive à la pastou-
l'oncle sciPiON i8r
r^, il a une façon vibrante de crier : a Tous en rond! v qui donnerait des jambes à un ataxique. On se prend les mains, et la guirlande de dan* seurs tourne frénétiquement dans le salon, dont le parquet tremble. Parfois le rond se transforme en une farandole qui s'élance bondissante à travers la salle à manger, la salle des cours, l'étude. Je parloir, dégringole le grand escalier, s'égrène dans les couloirs et débouche triomphalement dans le salon par un escalier de service, tandis que la malheureuse pianiste, plus essoufflée que les danseurs, tape avec désespérance sur le piano éreinié. — A minuit moins un quart, chacun s'emmitoufle, chausse ses galoches et s'esquive en hâte pour ne pas manquer l'omnibus. — Et cette petite fête, dont les Cornevin ne se lassent pas, recommence tous les jeudis.
Plus encore que ces amusantes soirées, j'aime les dimanches que je passe dans le magasin de toiles du faubourg Saint-Martin. Dès huit heures, je soigne ma toilette et, avec une joie sourde, je gagne à pied le logis de Scipion Mouginot, où je suis accueilli par le pâle sourire de M""* Clémence et les airs de reine de la petite Alice. La plupart du temps mon oncle n'est pas à la maison. — Il est très occupé, me confie M™' Clémence, très absorbé par ses recherches; il ne se repose même pas le dimanche. — Ma journée s'écoule tout doucement entre la mère et la fille, et quand
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M*"® Saintot est prise elle-même par un travail pressé ou par les préparatifs du dîner, je reste seul avec Alice. Alors, brusquement atteint dé mutisme, je me contente de Tadmirer, sans oser lui dire combien je la trouve belle.
Un jour cependant que nous sommes en têteà-tête, tout en continuant mon rôle de personnage muet, je fouille nerveusement dans ma poche de côté, j'y tâte avec anxiété une feuille de papier anglais, pliée en quatre, où j*ai recopié avec amour des vers de mon cru, destinés à celé-* brer la « liliale » beauté de M^*^ Saintot. J'ai profité des leçons de mon professeur, et je suis arrivé à mettre sur leurs pieds des strophes passables. Seulement, en dépit de mes efforts, je n'ai pu parvenir à imiter le style hiératique de mon maître ni à trouver des rimes riches. Ma poésie me paraît dire trop clairement ce que j'éprouve, et puis je donne avec excès dans le genre élégiaque, à ce que prétend Feucherot, auquel j'ai communiqué mes vers.
Tels qu'ils sont, j'ai pour eux la prédilection d'un père pour des enfants qu'il a eu grand mal à élever. Pendant toute une semaine j'ai relu, avec des larmes aux yeux, cette poésie, qui débute ainsi :
Seul au fond de sa dettteure, A toute Imirc,
a sauUs du jardin, mureux révt et pleure; rur saigite et son chagrin Est sans fin...
Strophes comme cela. En avais très réussies; mainte mon papier de ma poct m'évanouirai de honte ei ;. Le temps s'envole, et où je serai obligé de ret< .voir montré mes vers à i Enfin je prends mon grs nt où Alice me reconduti ^asin, je balbude:
lelque chose pour vous...
)n papier dans la main ilier, mais d'un geste efTai
m, ne les lisez qu'après i
ve avec deux pouces de n
ïute ta semaine qui sui fpliant ma feuille de papie 1er quel accueil elle aura fi a-t-elle fâchée ou aura-i-el isâge prendrai-je, dimancl \T malheur elle se moque
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il me semble que je ne résisterai pas à un pareil désastre...
Lfe dimanche tant désiré et tant redouté arrive enfin. Je traverse fiévreusement tout Paris, je monte avec un battement de cœur l'escalier de l'oncle Scipion, j'entre... et j'apprends qu'Alice est absente. Elle est en visite chez une amie et ne rentrera que le soir. Immédiatement la fièvre qui m'agitait est remplacée par un abattement morne. Je ne sais plus à «quoi employer ma journée, et je reste toute Taprès-midi le nez sur un livre dont je parcours machinalement les pages sans en comprendre un traître mot. Alice revient à l'heure du dîner et mon cœur se remet à battre. Nous sommes seuls dans le magasin, et tandis qu'elle se débarrasse de son chapeau j'articule à grand'peine :
— Avez-vous lu les vers que je vous ai donnés dimanche?
— Au fait, répond-elle €fn renouant le ruban de ses cheveux, vos vers... Oui, maman me les a lus... Ils sont très gentils!
Et c'est tout. Sans transition elle passe à un autre sujet et me conte en détail les plaisirs de sa journée. Mes traits se tirent, le magasin me semble tout d'un coup enténébré, et ma soirée s'achève dans lin noir désenchantement. — Alice ne paraît même pas se douter que mes vers ont été composés en son honneur. Je commence à
L ONCLE SCiriON
soupçonner que je ne suis pour elle qu'un sans imporunce. A treize ans elle esc pi jamais la petite reine qui se Laissait adore les bois de Villotte. Son idéal esc ailleu visées vont déjà plus haut et plus loin qu Elle est trop belle et trop aflînée pour se j d'un collégien gauche et mal accoutré, répète désespérément ces choses, mais i tout je ne puis m'empécher de l'aimer. .
Tandis que je m'obstine et me morfond mon rôle de soupirant incompris, taiid Scipion Mouginot bat le pavé de Pari:
recherche de son a filon b introuvable, pi qu'Oscar Feucherot m'initie aux arcanes poésie nostalgique, le temps court; les sen les mois se passent et l'institut va son bonh de chemin, à travers des cahots et des I des montées et des descentes, des matins d< et des soirs de brume, comme une lourde i de bohémiens qui roule par monts er valli personnel variable, vivant au jour le jour.
Malgré les annonces des grands journ; public reste rétif; il ne mord pas aux noi méthodes, et le nombre des pensionnaires nue. Vers le printemps de la deuxième nous ne sommes plus que huit élèves d grande maison de l'avenue de Montrouj disctpUne de la pension s'en ressent et la '
des menus aussi. Le saumon des jours d'abondance a été remplacé par de la morue que nous dévorons, accommodée à toutes les sauces, et le rata de mouton, dédoré du nom plus noble de « navarin aux pommes, » alterne trop fréquenament avec le poisson salé. Il est juste d'ajouter que ces jours d'épreuve n'altèrent sensiblement ni la bonne humeur de M™* Cornevin, ni la rêverie insouciante de son mari. Le directeur de l'institut semble toujours, perché à des hauteurs tellement aériennes que les tracas matériels de la vie journalière glissent inaperçus sous ses pieds. Il a foi en sa méthode, et cela le console de tout. Quelquefois pourtant, comme il est légèrement porté sur sa bouche, son front se rembrunit aux heures des repas, à l'aspect de l'inévitable navarin ou de l'obsdnée morue à la béchamelle. M™* Cornevin continue à jouer de la harpe et à friser ses boucles brunes; mais les soirées du jeudi sont suspendues, le petit professeur de dessin a disparu, et on a congédié l'inutile concierge qui trônait dans la loge voisine de la grille.
Après Pâques, les deux époux ont imaginé de s'installer à Bourg-la-Reine, dans une maison de campagne qu'un de leurs amis absent a mis à leur disposition, et d'y transférer l'institut pendant la belle saison.
— Les élèves travailleront plus sainement en plein air, prétend Évariste Cornevin.
Mais Oscar Feucherot soupçonne que M™* Cornevin use de ce biais pour échapper momentané. xnent aux trop persistantes réclamations de ccrrains fournisseurs. Cette maison des champs étant dépourvue de mobilier scolaire, la directrice, un beau matin, a convoqué élèves et professeurs dans la salle des cours et nous a tenu à peu près ce langage :
— Mes amis, afin de nous installer complètement ce matin à la villa, nous emporterons avec nous deux bancs et une table de travail, dont se chargeront les fiacres qui nous conduiront à Boqrg-la-Reine... Mais, comme les domestiques sont partis en avant, je compte sur vous pour me donner un coup de main afin de transporter ce matériel sur le trottoir de l'avenue. Là, nous arrêterons les premières voitures qui passeront et nous serons rendus là-bas pour le déjeuner...
La proposition est accueillie gaiement et on s'exécute de bonne grâce. Oscar Feucherot et trois grands élèves empoignent la table et la portent dehors, tandis que les plus jeunes s'attellent aux deux bancs. Puis nous nous campons tous sur le trottoir, attendant le passage des fiacres. En Voici justement deux qui remontent à vide l'avenue en trottinant; deux voitures à galerie, tout à fait notre affaire.
M. Cornevin leur fait signe, elles s'arrêtent; mais, à la vue du matériel et du personnel à trans-
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porter, les cochers secouent la tête, fouettent leurs haridelles et s'éloignent en arrondissant le dos,
— Poussons un peu plus loin, insinue M"^® Cornevin, nous en rencontrerons d'autres plus complaisants.
Nous rechargeons bancs et tables sur nos épaules et nous descendons procession nellement Fayenue avec le directeur et sa femme en serrefile. Nouveau passage de sapins hélés par la voix aiguë de M"^® Cornevin, nouveau refus énergique des cochers, dès qu'on leur explique l'affaire.
— Ne nous désespérons pas, mes amis, .poursuivons ! s'écrie héroïquement Êvariste Cornevin; tout vient à point à qui sait attendre...
— • Ho ! hisse ! — Le mobilier se balance derechef sur nos épaules et on repart. Nous laissons derrière nous la porte d'Arcueil, puis les fortifications, et nous voilà sur la grande route de Sceaux, où naturellement les fiacres ne foisonnent pas. A mesure que nous avançons, le chimérique espoir de rencontrer un véhicule secourable diminue quant et quant; mais nous sommes déjà trop loin pour songer à revenir sur nos pas vers l'institut désert, et M. Cornevin nous excite du geste et de la voix :
— éMactote anima, generosipueri /.., Hardi, mes enfants, nous n'en avons plus que pour une petite heure! Vous vous reposerez en route et vous déjeunerez de meilleur appétit!...
.E SCIPIUN 19)
■e mauvaise fortune bon luons de cheminer cahin est trop fatiguée, on pose , on aligne les bancs des ■ Comevin prennent place is asseyons à rotnbre, près ions, et Oscar Feucherot, irs, récite de sa voix caveribot ou une ballade, tandis ubissent à la vue de cette siiculant sous un orifie. — xmps sonné, quand nous ' DUS, moulus et affamés, la
, enfouie sous des arbres et , a une toiture criblée de
d'averse, il y règne une •au suinte le longdes.murs nt une odeur de champinoindre rayon de soleil la ouce : je me livre à d'ex- Lères dans ce pays de pépile à un immense jardin ips de roses, de framboir nbaument. J'y retrouve des 'S natal, je m'y grise de la
mêlée à l'appétissant par* ) seul revers. delà médaille, e arrivée à Bourg-la-Reine
194 l'oncle SCI pi on
je reste sans nouvelles d'Alice et de mon oncle. 1 — Scipion Mouginot est trop afTairé pour m'écrire ou venir me visiter. D'ailleurs il est en retard d'un trimestre avec les Cornevin et n'a aucune hâte de les revoir. Alice pense sans doute à tout autre chose, et, quant à moi, je n'ai pas un sou pour faire le voyage. Depuis notre émigration à la campagne. M™® Cornevin, qui est chargée de remettre chaque semaine aux élèves leur argent de poche, m'a complètement oublié dans la distribudon hebdomadaire, et je n'ose rien réclamer, sachant que mon oncle est son débiteur. Les deux époux ne paraissent nullement impadents de réintégrer leur domicile de l'avenue de Montrouge. Cependant, vers le premier août, le retour des propriétaires de la villa les oblige à leur céder la place, et nous repartons enfin pour Paris.
A peine sommes-nous rentrés dans la grande maison de l'avenue qu'une nouvelle crise assaille Vinstitut littéraire et scientifique. Les repas de* viennent de plus en plus maigres ; on a supprimé les pedts pains de notre premier - dé jeûner, que remplacent désavantageusement des tranches de pain rassis. Pendant la classe, nous entendons à travers les portes closes d'orageuses scènes de fournisseurs mécontents, qui vocifèrent dans le vesdbule. — Un matin, pendant que nous sommes en train de boire notre lait en famille, la porte
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ivre : un huissier, escorté uvaise mine, se présente i Evarîste Comevin, lui • saisir le mobilier. '
lève les bras au ciel; sur sa chaise, en proie à lus nous empressons auanger offre un aspect de n navrantes; seuls, l'huisisibles, s'attablent devant ■s et préparent le procèslégales sont remplies et n est calmée, M. Corneair et, d'une voix brisée,
forcé de nous congé-
i'ai pu, s'écrie*t-il, contre lais le bâtiment fait eau s contraint de mettre en nstitut, ce pavillon que enfants, séparons-nous meilleurs... Que ceux ir famille à Paris se rens leurs foyers...' Quant évenir leurs correspon-
lalchanceux directeur, je nevin qui a une nouvelle
içô l'oncle scipion
crise nerveuse, puis je sors tristement de l'institue devenu la proie des huissiers.
Encore abasourdi par ce dénouement imprévu, je traverse rapidement tout Paris et j'arrive haletant au 1 18 du faubourg Saint-Martin. J'ai beau heurter à la porte du magasin, personne ne me répond. Les bottes de chanvre ont disparu, la plaque indiquant « l'entrée des ateliers » a été enlevée. Inquiet, je redescends chez le concierge et j'apprends que mon onde, ainsi que M°" Sainloc, ont déménagé.
Ils habitent depuis le i y juillet rue de Condé et, toujours absorbé par ses affaires compliquées, Scipion Mouginot a oublié de me prévenir de son changement de domicile.
d'Ëvarisce Comevin sans un sou en poche, i Paris, je me hâte de ■dresse indiquée par le aint'Mâràn. La me de :t j'ai bientôt trouvé le ion Mouginot. C'est un e taille, ayant une mashautes fenêtres à pedis tyle sévère, a pris cette :nt aux vieux murs les i de Paris. De chaque rche, de larges aBiches ■de-chaussée. Je m'apen gros caractères :
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