‹ L'Opéra-Comique pendant la Révolution de 1788 à 1801Chapitre 13 sur 38 · livres · texte numérisé non relu

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La recette nominale dépassait donc le chiffre de quatorze millions, et Ton a vu que le mois de ventôse, à lui seul, entrait dans ce total pour une somme de cinq millions et demi! Il n'est peut-être pas sans un certain intérêt de curiosité de donner, jour par jour, le détail de te recette .ormidabJe de ce mois :

256.850 209.700 124.125 221.275 230. GOO 220.350 158.375 219.800 188.075 191.025 19à.b75 214.225 162.150 156.100 262.625

Il va &ans dire que si Ton recevait beaucoup, en apparence, on payait en proportion. J'ai déjà signalé les 000 livres de mort aux rats inscrit3s au compte de thermidor ; je trouve encore dans le compte de ce mois le détail suivant, qui est assez cjrieux:

Achat de marchandises pour luminaire :

Payé pour le prix de 441 livres de cire jaune à 82 livres la livre, et pour droit de commission 30.523 1.

Payé à Bourguignon frères pour 150 livres de bougie blanche à 90 Jivres la livre 13.500 1.

Payé à la O e Desbrosses pour le prix de 36 livres de bougie jaune à 36 livres la livre. 2.160 1.

Payé au G en Mallet pour le prix de 100 livres de bougie à 95 livres la livre 9.500 1.

Payé à Bourguignon frères pour le prix de dix milliers d'huile à courant d'air à 18 livres la livre 180.000 1.

Le compte de frimaire contient quelques autres détails qui ne sont pas moins singuliers :

Payé au C ea Richer son mémoire de doux. 1.620 1.

Payé auxC« M Bonvoisin et Martin, peintres, pour le blanchissage de tout l'intérieur de rOpéra-Comique national 25.682 1.

Payé pour achat de seaux d'osier à incendie 2.210 1.

Payé pour quatre paires de pistolets 985 1.

Payé au G en Fouquet son mémoire de copie de musique de la pièce de la Caverne 11.620 1.

Payé au Fouquet pour 15 mains de papier de musique 1.500 1.

Payé un mémoire de papier et plumes 6.200 I.

Payé au G en Desroux son mémoire de mercerie 15.340 1.

Payé pour deux paires de brodequins pour 1 e On Michu et laO c Carline dans la Caverne 4.000 1.

Mais ce qui paraît vraiment étrange à l'œil, c'est l'alignement <Jes chiffres fabuleux qui représentent les droits des auteurs pendant cette période du cours forcé des assignats. On voit telle pièce, représentée une seule fois, qui, pour cette unique représentation, rapporte à ses auteurs jusqu'à 27,000 francs.

Voici, pour donner un exemple, le compte détaillé des droits perçus par les auteurs pendant le mois de ventôse (19 février-2G mars):

Zèmire et Azov (1 représentation).... 15,6561. 17s. 9d.

Camille ou le Souterrain (4 repr.) — 60,548 15 5

A zémia (2 repr.) 87,424 6 7

Le Comte d'Albert (2 repr.) 33.256 6 7

Lodoïsha (2 repr.) 39.467 17 8

Bathilde et Eloy (1 repr.) .... 24.391 8 10

Raoul Barbe-Bleue (1 repr.) 10.041 8 10

Paul et Virginie (1 repr.) 16.638 17 9

Euphrosine (2 repr.) 48.216 6 7

La Belle Arsène (1 repr.) 22.508 17 9

La Caverne (1 repr.) 24.548 17 9

L'Amant jaloux (2 repr.) 30.331 17 11

L'Ami de la Maison (1 repr.) 20.607 8 10

Le Déserteur (1 repr.) 14.468 17 9

Juliette et Roméo (1 repr.) 27.767 8 10

Les Dettes (1 repr.) 16.186 1 8

L'Épreuve villageoise (2 repr.) 14.127 6 8

Le Maréchal ferrant (1 repr.) 19.174 16 8

Biaise et Babet (1 repr.) 7.531 1 8

Le Nouveau Don Quichotte (1 repr.). . .

La Famille américaine (8 repr.)

L'Incertitude maternelle (1 repr.) ....

Les Jumeaux de Bergame (1 repr.)

Ije Jockey (5 repr.)

L Enfance de J.-J. Rousseau (2 repr.). .

Les 2 Petits Savoyards (1 repr.)

Ceci donne un total de 927,906 livres 14 sols 10 deniers.

Tous les comptes de cette époque affectent un caractère véritablement fantasque, et cette sarabande de chiffres finit par donner le vertige. C'est ce qu'on va voir encore par la série d'emprunts que nos pauvres comédiens, en dépit de leurs recettes fabuleuses, furent obligés d'effectuer de nouveau pendant le cours de cette année 1795. Les premiers se firent au cours normal, mais les derniers prennent des proportions tout à fait gigantesques.

Dès le mois de janvier, la Société de l'Opéra-Comique se voit dans la nécessité de réaliser un double emprunt, dont le total n'est pas moindre de 85,000 livres. L'un des préteurs, nommé Liger, verse dans sa caisse 40,000 francs, l'autre, Simon-Pierre Gasse, 45,000. L'état des sommes dues alors par la Société s'élève au chiffre énorme — et réel — d'un million 267,443 livres !

Cependant, trois mois plus tard, il faut encore emprunter 24,000 livres, dont la moitié est fournie par c la Citoyenne Anne-Marthe Darbes, Vve Berton i, et l'autre moitié par c la Citoyenne Agathe- Victoire Bonnet-Duche-

min ». Mais au mois d'août, les registres nous font connaître toute une liste d'emprunts faits simultanément par la Société, et dont le total donne le chiffre de 536,875 livres. Voici cette liste :

Ce* Desroui 15.000 liv

Ters 30.000

C™ Adeline 80.000

C» n Sivrac ,. 15.000 \

Le même et son épouse 40. 000 ! 95.000

Le même, seul 40.000 )

O Gautrin 22.500

C«« LaffUard 15.000

Gcn Velloni 30 000

G«» Paulin 1.875

G en Mathès 30.000

C c l Herriliska Tourterelle et son épouse. 40 00(1

C pn Audouins «30.000

C* n Renaut et son épouse 20. 000

Les héritiers Lalouette .... 82.500

< Martin, Saint-Martin 15.000

G* n8 Desroui et Vial 30.000

C™ Roux 40.000

C*' Guérin 80.000

G oa Houdon 15.000

G en Vial et son épouse 15.000

Total 536.875 livres.

Mais ce total colossal de 536,875 livres faisait, c'est le cas de le dire, plus d'embarras que de besogne, car, au taux où se trouvaient alors les assignats, il représentait à peine une somme de 12,000 livres. Aussi trouvons-nous encore, à la date de vendémiaire (octobre), un dernier emprunt de 30,000 livres, consenti au profit de la Société par un négociant nommé Pierre Vigarousse. Bien que le caissier ne s'explique pas à ce sujet, il y a lieu de croire que cette somme de 30,000 livres n'était plus nominale, car autrement, et au cours des assignats, elle aurait à peine représenté 600 francs.

Cependant, malgré la détresse générale, ou, pour mieux dire, à cause même de cette détresse, l'administration des sociétaires, qui avait souci de la situation de son person-

nel, crut devoir prendre des mesures pour atténuer autant qu'il était en son pouvoir, en ce qui le concernait, les effets de la crise qui pesait si cruellement sur la population parisienne par suite de la disette et du renchérissement effroyable de toutes les denrées. Le caissier, dans son charabias ordinaire, nous donne cette preuve de la sollicitude des sociétaires; la note que voici est extraite du compte de floréal (avril-mai):

Gratifications provisoires vû les circonstances, et qui seront payées de mois en mois. — De la somme de quatre mille sept cent soixante livres, que le comptable a payée aux divers employés de ce spectacle et compris dans l'état détaillé cy rapporté, émargé pour gratification provisoire à eux accordée pour le présent mois floréal par les artistes sociétaires, et sans néanmoins déroger aux clauses de leurs engagemens et vû la difficulté des circonstances, laquelle gratification n'aura lieu de mois en mois qu'autant que ces mêmes circonstances et l'augmentation du prix des places ne deviendroient pas nuisibles aux intérêts de Ja Société, qui dans ce cas seroit forcée de supprimer les dites gratifications.

Aux ouvreuses de loges, pour les mois germinal et floréal, de la somme de deux cent soixante-dix livres, qu'il a de même payée aux ouvreuses de loges du spectacle pour les mois germinal et floréal, suivant un autre état détaillé cy rapporté et émargé d'après les mêmes raisons et moyens énoncés à l'article précédent (1).

Avec le bouleversement introduit dans les comptes par remploi des assignats et des mandats, il est impossible d établir, même d'une façon approximative, l'état des recettes encaissées par le théâtre Favart pendant Tannée 1795. En réalité, cette année dut être cruelle pour les sociétaires, car la misère publique, les mouvements insurrectionnels répétés, l'élévation croissante du prix de toutes les choses nécessaires à la vie n'étaient point de nature à iendre florissante la situation, déjà si précaire et si peu

(1) La Société de l'Opéra-Comique suivait ici l'exemple du gouvernement. Deux mois auparavant, en nivôse, et pour les mômes raisons, la Convention, sur un rapport de Thibault, avait décrété, en faveur de tous les fonctionnaires dont le traitement n'atteignait pas 12,000 livres, une indemnité mensuelle dont la proportion était en raison inverse de l'importance de ce traitement.

favorable, des entreprises théâtrales. Cette situation, en ce qui concerne l'Opéra-Comique, devait être d'autant plus difficile que quelques-uns de ses artistes, et des meilleurs, renonçaient à rester ou à entrer dans la Société, trouvant plus avantageux de se faire attribuer des traitements fixes considérables, en se contentant du titre de simples pensionnaires. Les registres nous donnent à cet égard des renseignements précis et nous fournissent les chiffres des appointements de ces artistes, chiffres parfois singulièrement élevés pour l'époque. Je me contenterai de citer les suivants :

Martin 16.000 fr. M»" Du gazon. iS.OOOfr.

Elieviou 12.000 Gontier.. 12.000

Gavaudan.... 10.000 Martin.., 8.000

Fay 6.000

Micallef 6.000

Dozainville... 5.000

Il est vrai que sur les 23 parts qui formaient le fond ordinaire de la Société de l'Opéra-Comique, 16 trois quarts seulement étaient employées, et qu'il en restait 6 un quart de libres; mais le montant de ces 6 parts un quart était certes bien loin d'égaler les 93,000 francs que se partageaient les neuf pensionnaires de la liste ci-dessus. Quoi qu'il en soit, le nombre des sociétaires, qui était de 24 l'année précédente, se trouvait alors réduit aux 19 artistes suivants: Michu, Gamerani, Philippe, Granger, Ghenard, Solié, Paulin, Saint-Aubin, Fleuriot, Mesdames Desbrosses, Carline, Philippe, Saint-Aubin, Grétu, Jenny, Renaud-d'Avrigny, Trial-Méon, Armand, Peicam-Chevalier.

L'année 1796 sera moins troublée, moins dramatique que son aînée ; pourtant elle restera bien difficile encore à parcourir pour notre pauvre Opéra-Comique, dont la situation financière était singulièrement embarrassée. * Avant de l'aborder, il me faut signaler un désaccord qui était survenu entre ce théâtre et les auteurs qui alimentaient son répertoire, désaccord qui motiva l'envoi aux sociétaires d'une lettre de Ginguené, récemment nommé directeur général de l'instruction publique au ministère de l'intérieur. Cette lettre démontre que le gouvernement directorial était désireux de ramener jusqu'à un certain point les théâtres sous la surveillance du pouvoir et de les gratifier, au moins de façon apparente, d'une protection que ceux-ci, cruellement éprouvés par les circonstances, étaient peut-être disposés à accepter. Voici la lettre de Ginguené :

Paris, le 2 frimaire, Tan 4 e de la République une et indivisible.

Le Directeur général de VInstruction publique aux citoyens sociétaires du théâtre de V Opéra-Comique national de la rue Favart.

Le ministre de l'intérieur m'ayant chargé, citoyens, de la direction générale de l'Instruction publique, et son intention étant de donner enfin à la partie des théâtres une attention que réclament depuis longtems dans cette commune et dans toutes les autres l'avantage de l'art dramatique, la conservation des propriétés des auteurs, l'amalgame de leurs intérêts et de

i/OPÊRÀ-COMIQUE

ceux des directeurs, enfin l'exécution des lois déjà rendues et de celles à rendre encore sur cette branche intéressante de la morale publique, il est important que pour completter l'ensemble du travail que je projette et auquel tous les artistes sont intéressés, vous me fassiés passer chaque jour exactement une feuille qui contienne le spectacle donné la veille et ia recette qu'il a produite ; il sera de même important que par le premier envoi vous /emontiés jusqu'au 1* Vendémiaire de l'an 4% époque fixe de laquelle partira désormais mon travail et ma correspondance avec les théâtres.

Je dois vous prévenir aussi que chargé dés ce moment par le ministre de présenter un mode d'exécution des lois relatives au droit de propriété des auteurs, je désirerais avant tout que vous voulussiés bien vous transporter à la Direction générale, quay Malaquais. pour y conférer avec le chef du bureau des théâtres sur les motifs qui excitent en ce moment les plaintes des auteurs et sur l'abus qui paroît s'introduire, malgré la loi formelle, de jouer leurs ouvrages sans leur aveu et sans le paiement de la rétribution qui leur est due.

Je vous invite à concourir avec moi aux mesures de conciliation et de justice qui doivent rapprocher les artistes compo sans des artistes exécutans, et par le rétablissement d'un accord utile et durable rendre à l'art dramatique toute la splendeur et la liberté dont il a besoin.

Salut et fraternité.

GlNGUKNÉ (1).

Le théâtre Favart était l'un de ceux à la prospérité desquels le nouveau gouvernement attachait le plus d'importance, et celui qui, plus que tout autre peut-être,

(1) Cette pièce est inédite. En voici une autre, inédite aussi, qui montre la cordialité des rapports qui s'étaient établis entre le théâtre et le ministère :

BUREAU Paris, le 21 Frimaire an 4 e de la République

d'écononie politique une et indivisible

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