ET DE MORALE PUBLIQUE
Le Ministre de l'Intérieur aux artistes de l'Opéra-Copiique
National
J'ai reçu, citoyens, le mémoire par lequel vous demandez la confirmation d'une réquisition pour huit sujets de votre théâtre, qui vous avait été accordée par les Comités de gouvernement. J'ai transmis votre demande au ministre de la guerre, et je l'ai appuyée. C'est donc à lui que vous devez vous adresser pour obtenir une réponse définitive.
Benezech.
Le Directeur général de l'Instruction publique,
GlNGUKNÉ.
méritait les bonnes dispositions et la bienveillance que celui-ci paraissait désireux de lui accorder. Il avait d'ailleurs besoin d'un appui vigoureux pour lutter efficacement contre la malchance qui ne cessait de le poursuivre depuis Tépoque où, portant encore son ancien titre de Comédie-Italienne, on l'avait obligé de quitter la rue Mauconseil et l'Hôtel de Bourgogne pour venir, à grands frais et au prix d'énormes sacrifices, s'installer sur les anciennes dépendances de l'hôtel de Çhoiseul. Cet appui, il le trouvera quand le moment sera venu, quand son existence et son avenir seront réellement en danger, et c'est à la sympathie dont il sera ainsi l'objet qu'il devra de pouvoir, quelques années plus tard, conjurer une crise devenue terrible et, en se fondant avec son rival, le théâtre Feydau, rétablir son administration sur des bases solides et reconquérir, avec tout son prestige, le succès et la fortune qui pendant si longtemps lui avaient été fidèles.
Pourtant, si le théâtre Favart ne fut pas compromis dans l'esprit du gouvernement, comme nous verrons tout à l'heure que le fut le théâtre Feydeau, ce ne fut pas la faute des aimables citoyens qu'on désignait alors sous l'appellation de « jeunes gens >, et qui, tout â la fin de Tannée 1795, s'avisèrent de le prendre à son tour pour centre de leurs exploits et pour but de leurs manifestations plus comiques qu'héroïques. C'est dans les rapports de police dont j'ai déjà eu l'occasion de citer quelquesuns qu'il faut chercher la trace de ces troubles pour rire, auxquels servirent de prétexte deux des plus jeunes artistes de l'Opéra-Comique, Elleviou et Gavaudan.
On était à l'époque de la réquisition, et voici comment les faits son relatés dans les rapports en question : — c 1 er nivôse an IV (21 décembre). Jeunes gens. Quoique le foyer du Vaudeville soit fermé, cela n'empêche pas les geunes gens iïaristocratiser ; ils se retirent dans les corridors et à l'orchestre; ils se répandent en injures contre le Directoire, qui a donné Tordre de les faire partir tous, indistinctement, même les infirmes, même Messieurs
î/OPÉRA-COMlQUE
Gavaudan et Elleviou (1) *. Le lendemain 2 : — c Jeunes gens. D'après plusieurs renseignements assez précis, il y a lieu de croire qu'ils feront du bruit ce soir au théâtre des Italiens, à l'occasion du départ des acteurs Gavaudan et Elleviou ; ils doivent s'y porter en foule pour empêcher le départ non seulement de ces deux acteurs, mais encore celui des autres jeunes gens. Le mouvement imprimé d'abord à ce théâtre, doit se communiquer aux cafés du palais Egalité, et se propager de là dans tout Paris. » A cette même date du 2 nivôse, le ministre de l'intérieur adressait au bureau central des municipalités du canton de Paris une communication dans laquelle on remarque ces lignes : — c II a dû y avoir ce soir quelques mouvemens au théâtre des Italiens; les jeunes gens y ont acheté des billets jusqu'à 300 livres ; on dit que leur intention était, après le baisser du rideau, de s'emparer d'Elleviou et de Gavaudan pour les empêcher d'aller à l'armée. Vous serez instruits de ce fait, et vous me ferez part du résultat des rapports. » Le rapport du 3 nivôse contenait ce paragraphe : — t Spectacles. Ont été tranquilles, à la réserve du théâtre Favart, où l'affluence de monde était hier si considérable, qu'il y a eu un grand nombre de montres et portefeuilles volés à l'entrée du spectacle, jusqu'au chapeau d'un factionnaire, qui lui a été pris sur la tête (!) Dans l'intérieur de la salle, pendant la représentation, plusieurs traits faisaient allusion au départ des citoyens Elleviou et Gavaudan, artistes; ils ont été uni-
(1) On remarquera que l'auteur du rapport emploie le mot messieurs pour désigner Gavaudan et Elleviou. C'est qu'en effet l'un et l'autre passaient alors pour faire partie de cette • jeunesse dorée » qui fut beaucoup plus ridicule que passionnée, et beaucoup plus bruyante que brillante. Plus tard, Gavaudan devint ultra-bonapartiste, à ce point que sous la Restauration les manifestations hostiles dont il était l'objet l'obligèrent d'abandonner pour un temps l'Opéra-Comique et de chercher l'emploi de son talent en province et à l'étranger. Quant à Elleviou, il s'attacha sincèrement par la suite aux idées libérales, devint membre du conseil général du Rhône lorsqu'il eut quitté le théâtre, et s'apprêtait, dit-on, à poser sa candidature d'opposition à la Chambre des députés en 1842 lorsqu'il mourut subitement, à Paris dans les bureaux du Charivari, où il venait d'entrer pour renouvelèr son abonnement.
versellement applaudis, principalement dans Philippe et Georgette... Du reste, il ne s'est manifesté de la part du public que des regrets, aucun genre de sédition n'a été remarqué, pas même à l'apparition des deux acteurs, qui ont été demandés, et qui ont obtenu les plus vives acclamations (1). >
Tout ceci n'eut pas de suites, et la tranquillité du théâtre Favart ne fut pas sérieusement troublée.
Il n'en fut pas de même du théâtre Feydeau, son rival et son émule, pour qui l'avenir s'annonçait gros d'orages, du théâtre Feydeau, très chouanisè, disait la police, et dont les c jeunes gens i avaient fait de nouveau leur quartier général. Ceux-ci le compromettaient plus qu'il n'eût fallu, y répétant incessamment leurs manifestations contre-révolutionnaires, et y employant chaque jour tous leurs efforts pour empêcher l'exécution des airs patriotiques ordonnée naguère par le Comité de salut public et qui avait été prescrite de nouveau par cet arrêté récent du Directoire :