‹ L'Opéra-Comique pendant la Révolution de 1788 à 1801Chapitre 24 sur 38 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

Section des théâtres.

Le Ministre de l'Intérieur aux Artistes sociétaires des Théâtres lyriques réunis.

L'intérêt que je porte aux arts m'a déterminé, citoyens, à répondre au désir que vous m'avez unanimement témoigné de voir votre association fixée sur des bases solides, et placée sous la protection spéciale du gouvernement.

Pour arriver à ce résultat, il était plus d'un obstacle à vaincre. Deux artistes que vous regardez comme partie essentielle de votre association n'étaient pas compris dans l'acte en vertu duquel vous êtes réunis. Cet acte lui-même, par une de ses clauses, laissait à votre disposition le soin de répartir dans un arrangement ultérieur la part que chacun de vous doit avoir dans le produit des recettes.

Pour lever ces difficultés, pour donner à votre établissement un caractère plus recommandable, vous avez invoqué l'intervention de mon autorité ; je me suis prêté à vos instances, et e premier effet qui en soit résulté est la réunion de vos camarades dissidens. Pour fixer ensuite la part de chacun de vous, j'ai voulu consulter ceux qui, parmi vous tous, m'ont paru avoir le plus de droit à émettre un avis sur cette question. J'ai accueilli leurs opinions sur ce partage, je les ai comparées entre elles, je les ai résumées, et après avoir cru cette distribution établie dans des proportions aussi justes que l'embarras de votre situation le permettait, j'ai revêtu ce travail de mon approbation, et c'est avec cette formalité que je vous envoie le tableau qui doit fixer la rétribution annuelle de chacun de vous dans le produit des recettes.

Il en est sans doute parmi vous, citoyens, qui se trouveront portés sur ce tableau dans des proportions au-dessous de leurs espérances et des prétentions qu'ils semblaient avoir droit de former. C'est pour leur ôter tout prétexte de réclamations que j'ai voulu qu'il fût mis en réserve une part spécialement affectée à fournir des dédommagemens à ceux d'entre ous qui se trouveraient dans ce cas, et qui, par leurs services

(1) Cette pièce est inédile.

passés, comme par leur utilité actuelle, auraient des droits acquis à celte sorte d'encouragement. Quant aux autres dispositions par lesquelles le gouvernement a voulu vous témoigner sa bienveillance, je vous préviens que, dès ce moment-ci, il vous autorise exclusivement à prendre le titre de Théâtre National de V Opéra- Comique et à vous considérer comme définitivement fixés à la salle de Feydeau ; qu'il consent à vous accorder un encouragement de cinquante mille francs, que je me réserve d'appliquer aux besoins imprévus de la Société, et de répartir sur les sociétaires, eu égard à leurs talens, à leur zèle et à l'assiduité de leur service; qu'enfin pour ne point laisser d'incertitude sur l'intérêt que le gouvernement vous porte, j'ai chargé le chef de la 4« division de ce ministère, ou, à son défaut, et d'après ses instructions, celui des Beaux-Arts, de la section des théâtres, d'être, dans vos rapports avec le gouvernement, l'intermédiaire de droit entre mon autorité et vous.

Mais ces bienfaits du gouvernement, ces témoignages d'une protection signalée, je n'ai dû les accorder qu'a des conditions qui m'en garantissent l'emploi au profit des arts et à votre avantage commun.

Je vous invite donc formellement : 1° à considérer le tableau ci-joint comme faisant suite à l'acie d'union qui vous lie et à le comprendre dans cet acte sous les mêmes formalités juridiques; 2° à vous réunir dans le plus bref délai pour la rédaction d'un règlement qui sera soumis à mon approbation.

Ces mesures prises, le succès de votre association, citoyens, est remis entre vos mains, et c'est un résultat dont vos talens, votre zèle, votre esprit d'union et votre reconnaissance pour les bienfaits du gouvernement ne me permettent plus de douter.

Je vous salue,

Chaptal.

La publication de ce document m'achemine vers la fin de la tâche que je m'étais tracée. Le ministre de Tintérieur, Chaptal, en régularisant la situation nouvelle inaugurée par la jonction, par la fusion des deux troupes de Favart et de Feydeau, établit sur des hases solides l'exploitation de notre seconde scène musicale et crée réellement TOpéra-Gomique moderne, tel que nous le connaissons encore aujourd'hui. Il faut arriver ensuite jusqu'à l'année 1828 pour voir opérer dans l'organisation intérieure de ce théâtre un changement radical, par la

dissolution de la Société des acteurs depuis si longtemps placée à sa tête et qui, criblée de dettes, menacée d'être mise en faillite, se voit obligée de céder la place à un directeur responsable, nommé par l'administration supérieure. Mais cette révolution administrative, malgré son importance, ne change rien à la marche et aux allures ordinaires du théâtre en ce qui concerne son existence artistique : elle substitue simplement une direction unique à une direction collective, sans modifier autrement les ressorts de l'entreprise. En fait, TOpéra-Comique, tel que nous le voyons à l'heure présente, ne diffère pas de TOpéra-Gomique tel qu'il fut établi par la réorganisation de 1801. Cette réorganisation fut complétée en 1802 par un règlement deM.de G ramayel, préfet du palais, chargé spécialement de la surveillance de ce théâtre. A cette époque, nos trois grands établissements dramatiques : Opéra, Comédie-Française, Opéra-Comique, se jetèrent, on peut le dire, dans les bras du gouvernement, et aliénèrent complètement leur indépendance en échange de la protection qu'ils imploraient; ainsi sollicité, le gouvernement fit naturellement ses conditions, et leur imposa les règles administratives qu'il jugeait convenables (1). Je ferai connaître les dispositions durègiementdeM.deCramayel, qui serviront en quelque sorte d'épilogue à mon récit, mais j'estime que ce récit doit prendre fin avec la période de l'histoire du théâtre Favart qui se termine elle-même par la réunion des deux troupes. Mon but n'était autre que de tracer, de cette histoire, le chapitre qui se rattache à l'époque révolutionnaire. Il est rempli, et même un peu au delà, par le fait de l'extension de ce chapitre jusqu'aux derniers mois de 1801; mais mon travail trouvait si naturellement sa conclusion dans les détails

(1) Par un arrêté consulaire du 6 frimaire an XI (28 novembre 1802), les préfets du palais furent charges de la surveillance de l'Opéra et de la Comédie-Française; c'est Legendre do Luçay qui fut placé à la téte de l'Opéra, et le comte de Rémusat qui se vit confier l'administration supérieure de la Comédie-Française. Un second arrêté, en date du 20 du même mois (12 décembre), étendit cette situation à l'Opéra- Comique, et plaça ce théâtre dans les attributions de M. de Craraayel,

relatifs à la reconstitution définitive de l'Opéra-Comique, à sa reconstruction sur les ruines des deux scènes de Favart et de Feydeau, que je ne pouvais hésiter à le conduire jusque là.

La publication de deux ou trois pièces inédites, relevées dans les registres du Comité dirigeant de la Société de l'Opéra Comique, me servira à compléter, au moins d'une façon indirecte, les renseignements relatifs à la réorganisation de ce théâtre. En premier lieu, le procès-verbal suivant d'une séance du comité nous fait connaître, d'une part que le premier consul avait pris personnellement intérêt à cetteréorganisation,del'autre,quecen'est pas sans difficulté qu'on obtint des créanciers des deux théâtres leur acquiescement aux conditions nécessaires à la constitution de la nouvelle Société :

Comité du 4 Vendémiaire an X [26 septembre 1801]

D'après le rapport du camarade Camerani sur la démarche qu'il a faite auprès de M. Bourrienne, conseiller d'Etat et secrétaire privé du premier consul, le comité, informé qu'il a engagé le 1" consul à aposliller et envoyer la pétition de la Société au ministre de l'intérieur, et dans l'espoir d'avoir dans M. Bourrienne à l'avenir un appui qui pourra êlre fort utile à la Société réunie, le comité arrête qu'il sera proposé et offert une loge de rez-de-chaussée à Mad. Bourrienne.

Le Comité, instruit aussi que M. Delarche, créancier prêteur du théâtre Favart, a contribué avec chaleur à déterminer l'assemblée des créanciers à accepter la proposition de l'ancienne Société, à établir la paix, à contribuer au contrat d'union et à suivre les arrangements proposés, arrête d'accoraer les entrées à M. de l'Arche au théâtre Feydeau, ainsy qu'il en jouit au théâtre Favart.

Fait en Comité, ce 4 vendémiaire an X.

Signé : Rézicourt, Lesaoe, Dozainville, Cameuani, Juliet, Philippe.

J'ai dit que tout en s'installant à la salle Feydeau, la nouvelle troupe del'Opéra-Comique conservait la charge du loyer de la salle Favart; un autre compte-rendu, celui d'une assemblée générale des sociétaires, en nous

apprenant d'abord que le prix de ce loyer était de plus de 60,000 francs, ensuite que la Société avait pris rengagement (qui d'ailleurs ne fut jamais lenu) de donner dix représentations par mois au théâtre Favart, nous fait savoir encore qu'elle n'en refusa pas moins les offres qui lui étaient faites par une troupe étrangère pour la location et l'occupation temporaires de ce théâtre :

Assemblée du i tr Vendémiaire an X [23 septembre 1801]

D'après le rapport fait par les commissaires de la Société des artistes réunis de i'Opéra-Comique à l'assemblée générale en ce jour, I e ' vendémiaire an X, qu'un directeur de troupe allemande se proposoit de louer la salle Favart pour six mois à vingt représentations par mois, pour y donner des représentations en langue allemande, s'obligeant de payer la somme de six mille livres par mois, et de se charger des frais d'orchestre, laminaire, garde, affiches, etc., etc.

La Société a fait les plus scrupuleuses réflexions sur ce projet, et considérant que quoique l'avantage de six mille francs par mois de location soit un fort tentatif pour acquiescer à cette proposition, vu que cela diminuerait d'autant plus le fardeau de location de plus de soixante mille francs par an que la Société doit payer pour le théâtre Favart; néanmoins l'assemblée considère qu'elle attireroit auprès de celui de Feydeau un autre spectacle qui pourroit attirer du concours et diminuer le sien, que le succès de ce nouveau spectacle pourroit aussi nuire aux dix représentations que la Société est obligée de donner sur le théâtre Favart, et considérant en outre que d'après que la Société s'est plainte depuis longtems du trop grand nombre des théâtres dans Paris, elle auroit le blâme d'introduire un spectacle étranger et d'en augmenter le nombre, délibère de renoncer entièrement â ce projet, et de s'en tenir à exploiter les deux salles, suivant le plan établi, et d'autant plus que la Société, en s'engageant à donner vingt jours au spectacle allemand, elle seroit gênée dans le choix des jours pour ses dix représentations, et elle seroit privée du loisir de donner des répétitions générales pour toutes les pièces nouvelles, qu'elle pourroit môme jouer aux deux théâtres.

Une année environ s'écoula, qui comprend tout l'an X de l'ère républicaine, entre l'époque de l'inauguration de la salie Feydeau par les deux troupes réunies et celle

où M. de Cramayel fut investi, en qualité de préfet du palais, de la surveillance et de l'administration supérieuré du théâtre de TOpéra-Gomique ; voici le tableau général, assez peu satisfaisant d'ailleurs, des recettes encaissées pendant cette première année de l'exploitation nouvelle :

Recettes de Van X {i80i-i802).

Vendémiaire (y compris les 29 et 30 fructidor

et les cinq jours complémentaires de Tan IX). 60.236 1.

Brumaire 63.213

Frimaire 77.673

Nivôse.... 60.725

Pluviôse : 54.779 10s.

Ventôse 55.137 10

Germinal 52.196

Floréal 50.447

Prairial 49.346 10

Messidor 42.943 10

Thermidor 33.606

Fructidor (etles cinq jours complémentaires). . . 58.633

Total 658.936 1.

Enfin, voici, telles qu'elles se trouvent résumées dans Y Année théâtrale de l'an XII, les dispositions du règlement appliqué à l'Opéra-Gomique par M. de Cramayel :

<,.... La société de ce théâtre est administrée par un comité de sept membres, dont trois nommés par le gouvernement et qu'il peut seul révoquer; ce sont MM> Elleviou, Martin et Ghenard. Elle a un sociétaire-secrétaire, c'est M. Kèzicourt; et un semainier perpétuel, c'est M. Gamerani, depuis longtemps chargé de ces fonctions.

Le comité, assisté des conseils ordinaires, est le représen» tant et le gérant de la société, excepté dans les cas où il s'agirait d'aliénation ou d'achat d'immeubles, de location ou d'emprunt, ce qui ne peut être fait qu'en vertu d'une délibération de l'assemblée générale dont la présidence appartient au commissaire du gouvernement. Il en est tenu une tous les, samedis d'obligation : les assistans jouissent d'un droit d'assistance de trois francs. On y fixe le répertoire, on y examine les opérations que le comité fait connaître; mais toute autre affaire ne peut y être traitée que sur la demande signée de cinq sociétaires et remise à l'avance au président. Une

amende de vingt-cinq francs est infligée à ceux qui y manqueraient aux égards dus à leurs camarades.

Pour faciliter la composition du répertoire; il est fait d'abord par le comité, d'accord avec les auteurs, une exacte distribution des rôles de toutes les pièces du répertoire ou de celles à remettre au théâtre. L'état général qui en est dressé contient le titre des pièces avec les noms des acteurs et actrices qui doivent y jouer, en premier, en double et en troisième, afin, dit le règlement, qu'il n'y ait point de contestation à cet égard, et que chaque rôle soit rempli par l'acteur ou l'actrice à qui il convient le mieux. Les mesures sont prises pour que les doubles soient prévenus, ou que l'on puisse faire changer le spectacle en cas d'indisposition ; mais une amende de cent francs est infligée à toute personne qui aurait prétexté à faux une maladie, et qui serait sortie de chez elle le même jour.

On adjoint au semainier perpétuel un semainier temporaire, qui est de droit contrôleur des recettes. Tous deux sont chargés de la surveillance des répétitions et représentations journalières. Ils doivent noter les amendes encourues.

Un caissier cautionné, choisi par la société, lui rend compte tous les deux mois des recettes et dépenses dans une assemblée générale.

Les bénéfices sont divisés en quinze parts, y compris une part en réserve. Tout acteur reçu sociétaire est tenu de verser à la caisse, comme fonds social, une somme de mille francs par seizième de part dont il jouit ou dont il vient à jouir par la suite. Ce versement se fait par une retenue proportionnée au traitement dont il jouit. Il retire ces fonds lors de sa retraite. Lorsqu'une part ou une portion de part vient à vaquer, elle est mise en séquestre par le commissaire du gouvernement, jusqu'à ce que le préfet du palais en ait disposé, après avoir pris le vœu du comité et l'avis du commissaire du gouvernement. Le tiers seulement des honoraires d'un sociétaire, ou des appointements des pensionnaires, peut être saisi par leurs créanciers.

Chaque sociétaire a droit, au moment de sa retraite, à une pension du gouvernement proportionnée à la nature et à la durée de ses services. Il a également droit de la part de sa société, après quinze ans de service, à une pension de quinze cents francs pour part entière, de douze cent vingt -cinq francs pour trois quarts de part, de sept cent cinquante francs pour demi-part, et de cinq cents francs pour toute autre fraction de part. L'ordre du gouvernement,ou le vœu de la société, oblige tout sociétaire à continuer le service au delà des quinze années : mais cette prorogation donne droit à cent francs d'augmentation de la pension par chaque année de prorogation pour une part entière et en proportion pour les fractions

l'opéra-comnjce

de part, et à la jouissance immédiate des deux tiers de cette même pension de quinze à vingt-cinq ans, et ensuite de la totalité jusqu'à sa retraite Les pensions de réforme pour infirmités, accident ou nullité de moyens sont accordées à raison de cent francs par années de service pour une part entière, et elles ne peuvent tftre au-dessous de cinq cents francs. Les fonds destinés à l'acquit des pensions sont faits en mettant, chaque année, en réserve, la recette des jours complémentaires, y compris la gratification accordée parle gouvernement pour le gratis des derniers jours. Si ces fonds ne suffisent pas, le commissaire du gouvernement assure le paiement des pensions par des ordonnances sur la recette des autres mois. Pour améliorer celle des jours complémentaires, la société est tenue de remettre au théâtre et de faire monter avec soin une pièce ancienne, et les acteurs en premier sont tenus de jouer au moins deux fois. Les pensions du gouvernement et de la société sont considérées comme secours alimentaires, et ne peuvent être saisies par aucun créancier. Le droit aux pensions de retraite commence à dater de l'époque des débuts.

L'ordre de ces débuts est accordé ou refusé par le préfet du palais sur une délibération du comité renfermant l'opinion qu'il a du sujet qui s'est présenté à lui pour être entendu; l'avis du commissaire du gouvernement y est joint. Les débutans fixent six rôles parmi les pièces au courant du répertoire. La société ne peut les charger d'aucun autre avant la fin de cette épreuve ; les acteurs ou les actrices ne peuvent se dispenser de remplir les rôles qu'ils occupent dans les pièces choisies.

Toutes les personnes attachées à l'Opéra-Gomique s'engagent à ne paraître sur aucun autre théâtre sans l'autorisation du gouvernement.

Il est accordé comme moyens d'encouragement des gratifications, soit de la part du gouvernement, soit à prendre sur les fonds en réserve; des congés; des représentations à bénéfice. Il en est dû une do droit à tout sociétaire chef d'emploi, après vingt ans de service.

Il est prononcé comme moyens de répression l'exclusion des assemblées, l'expulsion momentanée ou définitive de la société, la perte de la pension, et pour des délits graves la détention. L'expulsion est motivée par Tinsociabilité éprouvée pendant plusieurs années, et par une action qui porterait déshonneur. Elle doit être prononcée par les quatre cinquièmes des sociétaires, dont la décision ne peut avoir d'effet qu'après avoir été ratifiée par le préfet du palais. Celte expulsion fait perdre le droit à la pension. Il se perd aussi çar la résidence en pays étranger, sans autorisation du gouvernement.

Telles étaient les dispositions réglementaires que le gouvernement consulaire, pour prix de la protection et de l'aide matérielle qu'il consentait à lui accorder, imposait^ l'Opéra-Comique. Celui-ci n'avaitpas à se plaindre, car cette aide matérielle, cette protection directe le mirent à l'abri de certains dangers éventuels et assurèrent d'une façon absolue son existence non seulement dans le présent, mais encore dans un avenir qui pour lui eût pu n'être pas sans péril. Grâce à elles, il put doubler ce cap terrible de Tannée 1807, si funeste à nos théâtres, dont plus d'une moitié fut, sans indemnité ni compensation, brutalement supprimée par un décret impérial (1). L'ancien théâtre Favart, dont le premier consul avait encouragé et facilité la réorganisation, trouva un appui dans l'empereur, qui l'épargna au milieu de ce massacre des innocents et le maintint, sous le titre de Théâtre impérial de l'Opéra-Comique, au nombre de ceux qui pouvaient continuer à faire la joie des Parisiens.

Ici se termine cette période curieuse de l'histoire de l'Opéra-Comique ; elle n'avait jamais été tracée, et il est permis, je crois, d'affirmer qu'elle est l'une des plus intéressantes que puissent offrir les annales d'une entreprise de ce genre. J'ajouterai que jamais non plus, d'ailleurs, on n'avait essayé de faire connaître, avec des détails si précis et à l'aide de documents authentiques, les différentes phases qui caractérisent l'existence de l'un quelconque de nos théâtres^ pendant l'époque révolutionnaire, bien que ces établissements se soient trouvés

(1) Neuf théâtres étaient ainsi supprimés : les Variétés-Étrangères, les Jeunes-Artistes, les Jeunes-Élèves, le Théàtre-sans-Prétention, la Porte-Saint-Martin, le théâtre de la Cité, les Jeunes-Comédiens, le théâtre du Marais et celui de la rue Vieille-du-Temple. Les huit théâtnes conservés étaient l'Opéra, la Comédie-Française, l'Opéra-Comique, l'Odéon, le Vaudeville, les Variétés (Montansier), la Gaité et l'Ambigu- Comique. Le décret était daté du 8 juin, et les théâtres condamués Seyaient fermer leurs portes Je 1$ du même mois.

mêlés d'une façon singulièrement étroite aux événements qui signalèrent cette époque mémorable. Ainsi que je le disais en commençant, il y a là tout un côté de l'histoire de la Révolution qui a été à peine entrevu par quelquesuns et qui a échappé presque complètement aux regards des observateurs. D'autre part, et en ce qui concerne notre histoire théâtrale proprement dite, le chapitre ici retracé en offre Tune des pages les plus importantes, en même temps que les moins connues, au point de vue purement artistique; il nous fait assister aux débuts de ces maîtres qui s'appelèrent Méhul, Berton, Boieldieu, Nicolo, qui firent subir à l'art français une évolution si profonde et si profitable ; il nous montre les derniers efforts de ceux qui avaient nom Philidor, Grétjgr, d'Alayrac, à qui leur génie aimable avait valu une popularité sans précédent; il nous rend le souvenir de ces comédiens admirables qui étaient de grands enchanteurs: Clairval, Ghenard, Michu, Trial, Elleviou, Gavaudan, Martin, Solié, M met Dugazon, Carline, Desbrosses, Saint- Aubin, Gontier, Pingenet, Gavaudan, etc.; il rappelle enfin Tune des phases les plus brillantes, les plus vivantes, les plus glorieuses de l'existence de cette ancienne Comédie-Italienne si justement célèbre et qui, quoi qu'on en puisse dire, a véritablement pris, sous sa seconde forme de scène lyrique, un caractère national, puisque c'est grâce à ses efforts, à ses travaux, à son initiative, que la musique française a pu prendre son essor, et qu'elle a conquis, avec la conscience et la possession d'elle-même, sa puissance naturelle, sa physionomie propre et son originalité. Peut-être, par toutes ces considérations, n'aura-t-on pas jugé ce travail indigne de quelque attention ; en tout état de cause, je voudrais espérer que son caractère de nouveauté et d'inédit lui vaudra quelque sympathie de la part de ceux que l'étude des questions d'art peut toucher et intéresser encore.

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