‹ L'Opéra-Comique pendant la Révolution de 1788 à 1801Chapitre 4 sur 38 · livres · texte numérisé non relu

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7 août

Kreutzer. Les deux premiers de ces ouvrages pouvaient presque passer pour des pièces politiques ; l'un et l'autre protestaient indirectement contre les jugements rendus dans deux procès fameux, auxquels la parole vengeresse et la verve indignée de Voltaire avaient donné le retentissement que Ton sait. En ce qui concerne le Chevalier de La Barre, qui rappelait l'épouvantable cruauté exercée au nom de la religion envers un enfant de dix-neuf ans, condamné pour sacrilège à être écartelé, l'auteur, Marsollier des Vivetières, crut devoir faire connaître publiquement, avant la représentation, les motifs qui l'avaient engagé à porter un tel sujet à la scène; c'est ce qui lui fit écrire la lettre suivante, que le Journal de Paris publiait dans son numéro du 6 juillet :

Aux auteurs du Journal Messieurs,

Instruit de plusieurs faits relatifs au chevalier de La Barre, de plusieurs mots pleins de courage et de sang-froid qui lui sont échappés peu de tems avant son supplice, j'ai cru devoir les recueillir et les mettre au théâtre, pour faire connoître et honorer davantage la mémoire de cet infortuné jeune homme. Tout le monde se rappelle sans doute que le 1 er juillet 1766, il a été exécuté à Abbeville, à l'âge de 19 ans, pour avoir chanté quelques chansons trop libres et insulté un crucifix placé sur le pont, en sortant d'une partie de débauche où il s'étoit enivré ; encore cette dernière faute, qui méritoit quelques mois de prison, n'a jamais été prouvée. On poussa la barbarie jusqu'à le mettre à la question; toute l'Europe fut indignée de ce jugement cruel, et l'on frémit encore en lisant dans Voltaire les détails de cet assassinat juridique. L'amour qu'un homme puissant dans la ville conçut pour M roo l'abbesse de Brou, tante du chevalier, et qu'elle ne voulut pas écouter, sa vengeance, la prévention d'un des juges, le fanatisme de l'ancien évêque d'Amiens, la condescendance coupable du Parlement de Paris, ont causé la mort d'un enfant intéressant que les ames sensibles regrettent, et que la Révolution a vengé. Il annonçoit des talens, il seroit devenu certainement un excellent officier, il étudioit la guerre par principes, il avoit fait des remarques sur quelques ouvrages du roi de Prusse et du maréchal do Saxe, les deux plus grands généraux de l'Europe.

M»' de Brou, sa tante, l'avoit élevé et traité comme un fils ;

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