‹ L'Opéra-Comique pendant la Révolution de 1788 à 1801Chapitre 6 sur 38 · RELACHE · texte numérisé non relu

RELACHE

Tous les citoyens comédiens, musiciens et employés étant tous à leurs sections

Comme je l'ai dit déjà, et par suite de la gravité que prenait la situation révolutionnaire, les recettes de cette terrible année 1792 furent loin d'être satisfaisantes. Elles présentent sur la précédente un écart d'environ 90,000 francs et n'atteignent plus qu'un total de 678,392 livres, dont 559,968 pour la recette journalière, et 118,424 pour la location des loges à Tannée, qui allait chaque jour s'affaiblissant. Nos pauvres Comédiens ne sont pourtant pas au bout de leurs peines, car Tannée 1793, plus fâcheuse encore, deviendra pour eux tout à fait désastreuse. Mais avant de passer à cette dernière, je vais emprunter encore aux comptes du caissier pour 1792 quelques détails intéressants ou curieux.

Dés le mois d'avril, les sociétaires de TOpéra-Comique se trouvaient si gênés qu'ils étaient obligés d'avoir recours à Tun d'entre eux pour une faible somme de quinze cents livres; et qu'ils empruntaient cette somme à Narbonne pour pouvoir effectuer un don patriotique vote par eux dans le but de subvenir aux frais de la guerre. C'est ce qui résulte de cette note du caissier, dont la rédaction reste toujours aussi négligée : — c Offrande pour les frais de la guerre. Employé icy en dépense le

l'opéka-comique

comptable cent vingt-cinq livres pour le 1 er I2« me de celle de 1,500 livres avancée par M. Narbonne pour l'offrande patriotique des frais de la guerre de 1792 à 1793 ; laquelle somme de 1,500 livres j'ai rendu à mondit

S. Narbonne suivant le mandement du 28 avril 1792, laquelle somme je me rembourserai chaque mois par remploi en dépense de 125 livres. * C'est par le moyen d'une députation prise dans leur sein que les comédiens de l'Opéra-Comique firent parvenir leur offrande ù l'Assemblée nationale, où elle fut reçue par des acclamations, et c'est dans la séance du 25 avril que leurs délégués se présentèrent pour remplir leur mission ; dans son compteren lu de cette séance, le Moniteur rapportait en ces termes l'incident : — c MM. Trial, Narbonne, Ghenard et Glairval, de la Comédie-Italienne, sont admis à la barre, et déposent, sur le bureau, au nom de la Comédie, une offrande de 1,500 livres; ils la renouvelleront tous les ans. Ils sont applaudis et invités aux honneurs de la séance. »

Au cours du compte d'octobre, dans le paragraphe concernant la garde militaire du théâtre, je rencontre ce nota : — « Cette garde militaire, qui pour les 29 représentations d'octobre, non compris les deux pour bénéfice [bénéfices des femmes des volontaires et des habitants de Lille], à 55 livres par représentation, auroient coûté 1,595 livres, comme le service a été fait par les citoyens armés de la section, on n'a rien payé. » Ceci était évidemment une gracieuseté faite par la section en remerciement du don de mille livres qu'elle avait reçu du théâtre, le mois précédent, à l'adresse de ses volontaires. Ces petits cadeaux entretenaient l'amitié.

Au compte de décembre, nous trouvons des détails sur une délibération de la Société au sujet d'un incident, ou plutôt d'un accident qui semble, à juste titre, l'avoir assez vivement émue. Il s'agit d'un vol assez considérable, 4,600 livres environ, commis au préjudice du théâtre dans la nuit du 24 au 25 de ce mois, et dont le caissier rend compte en ces termes :

Suit le montant du vol fait à l'inspecteur Besson dans la nuit du 24 au 25 décembre 1792, suivant le bordereau signé de lui, savoir :

De la représentation du samedi 22 X b ™ 531 1.

De celle du dimanche 23 3.357 1.

Et de celle du lundi 24 1.131 1.18 s.

Total 5.019 1.18 s.

Sur quoi dans le coffre de son armoire où le vol s'est fait il s'est trouvé indépendamment des assignats pour les loges à l'année que les voleurs ont respectés 432 1.

Partant le vul ne moulu qu'à .... 4.58/ 1.18 s.

La Comédie a arrêté qu'il seroit alloué en dépense au caissier rendant le présent compte, attendu que son absence étoit connue de la Société, lad. somme de quatre mille cinq cent quatre-vingt-sept livres dix-huit sols composant le vol îait aud. S. Besson suivant le détail qui vient d'en être fait, cy 4.587 18

Cependant, à l'uppuy de celle dépense, lu Société y joint :

1' Le procès-verbal qui a été dressé à l'instant de la déclaration du vol et signé par M™ Narbonne, Ménié et Chenard ;

2° Le bordereau fait et signé par l'inspecteur Besson contenant la distinction des objets volés, quoiqu'ils fussent dans le môme coffre;

3° Et l'un des imprimés envoyés aux membres de la Société par led. Besson, pour le tout rester aux pièces justificatives du présent compte et avoir recours au besoin, sous toutes réserves et protestations de droit que fait lad. Société contre led. Sieur Besson pour le recouvrement du vol montant à lad. somme de quatre mille cinq cent quatre-vingt-sept livres dix-huit sols, soit au nom de la Société ou pour elle au nom du caissier.

La situation devenait de jour en jour plus difficile, on pourrait dire plus dramatique, pour les infortunés sociétaires de TOpéra-Comique. Dès les premiers mois de 1793 ils vont se trouver dans la nécessité de recourir encore à l'emprunt pour parer à l'insuffisance des recettes, et le chiffre des sommes ainsi empruntées par eux à diverses reprises, dans le cours de cette année néfaste, n'atteindra pas un total moindre de 158,000 livres! Us ne se laissaient pourtant pas aller au découragement, et, en dépit de tout, leur étonnante et intelligente activité ne se ralentissait pas un instant. C'est ainsi que, cette année encore, leurs efforts furent tels qu'ils purent offrir au public dix-sept pièces nouvelles formant un ensemble de quarante actes, dont douze ouvrages lyriques, trois comédies et deux vaudevilles.

Leur première nouveauté fut cette fois un gentil opéracomique en deux actes, dont le succès fut très vif, Ambroise ou Voilà ma journée , paroles de Monvel, musique de d'Alayrac. Cet ouvrage était représenté le 12 janvier, et le lendemain, jour de la seconde représentation, se produisait un incident assez singulier. Avec Ambroise on jouait le Siège de Lille, dont l'un des principaux rôles était tenu par Philippe; mais au commencement du spectacle celui-ci, par suite d'une indisposition subite, se prouve dans l'impossibilité de jouer, et l'on allait être

obligé de faire relâche lorsque l'auteur de la pièce, Joigny, se charge de son rôle et le joue à la satisfaction du public.

A la date du 14 janvier, le registre du caissier porte cette mention : Rélâche par ordre de la Commune. Ce jour-là même, après une interruption d'une semaine, on reprenait à la Convention les débats du procès de Louis XVI. Est-ce là ce qui put motiver l'injonction de la Commune ?

Dix jours après, le nouveau relâche, ainsi indiqué : c Relâche par ordre, pour le service du citoyen S l -Fargeau, auquel toute la Convention a assisté. » On sait que Le Pelletier de Saint-Fargeau, celui qu'on ajustement appelé c le premier martyr de la République sortant le 20 janvier de la séance de la Convention, était assassiné, dans un restaurant du Palais-Royal, par un ex-garde du corps nommé Paris, qui le frappait mortellement d'un coup de sabre. Tout Paris fut ému de ce meurtre, la Convention décida qu'elle assisterait en corps aux funérailles, et décerna à la victime les honneurs du Panthéon. C'est sans doute par son initiative que les théâtres reçurent non absolument Tordre, mais une invitation pressante de ne pas jouer, car voici l'avis qui leur fut à ce sujet expédié par la Commune :

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