‹ L'opera des gueux. Traduction intégraleChapitre 30 sur 55 · SCÈNE IX MACHEATH, LUCY · texte numérisé non relu

SCÈNE IX MACHEATH, LUCY

LUCY

Vil individu, comment pouvci-vous me regarder en face après ce qui s'est pass^ entre nous ? Voyex, perfide, de quelle façon je suis forcée de supporter le fardeau infamant dont vous m avez, chargée O Macheath ! Tu m*as ravi ma quiétude, te voir torturé me donnerait du plaisir.

Quand une ménagère

Voit un rat pris au piège, m «^ ^

Gaiement son coeur palpite.

Du lard perdu, vengée.

Alors au chat le jette

Qui broiera le rongeur.

MACHEATH*

Êtes-vous sans entrailles, sans ten<

AIR t7.

Um

ma chère Lucy, en voyant un mari dans cette situation ?

LUCY

Un mari !

MACHEATH.

A tous égards sauf légalement, mais les amis, ma chère, ne doivent pas insister sur les formalités. La parole d un homme dTionneur est aussi bonne que les Hens conjugaux.

LUCY

C'est le plaisir de tous les beaux messieurs d'insulter les femmes dont il ont causé la perte.

^^^ *^* Que sont cruels les traîtres.

Citait quand la

mer mugissait, etc. Faux serments prodiguant

Et trompant l'innocente

Dont ils ont abusé !

Qui dérobe un shilling

Honteux cache le vol ;

En amour le parjure

Se vante du larcin.

MACHEATÏL

A la première occasion. Un peu de patience» ma chère ! Vous serez mon épouse d'une manière ou d une autre.

LUCY

Monstre insinuant ! Vous pensex donc que jlgnore ce qui s'est passé avec miss Poily Peachum. Je pourrais t'arracher les yeux 1

MACHEATH.

Assurément, Lucy, vous n*ètcs pas asscx sotte pour être jalouse de Polly !

LUCY

Infime ! Ne lavex-vous pas épousée ?

MACHEATH.

Épousée ! Très bien. La donxelle le proclame seulement pour te vexer et pour me ruiner dans ton esprit. Je fréquente la maison, c'est vrai ; je badine avec la fille, je lembrasse, je lui conte mille choses (comme font tous les

gentlemen) qui ne veulent rien dire, en guise j d amusement ; et maintenant la stupide pcron- ' nelle annonce que nous sommes mariés pour me laisser entendre quel serait son désir. Vrai- | ment, ma chère Lucy, ce déchaînement de passions peut avoir de fâcheuses répercus- ] sions sur une femme dans votre situation. j

LUCY

Allons donc ! capitaine, en dépit de votre assurance, vous savez pertinemment que miss Polly vous a ôté toute latitude de me faire justice comme vous me l'aviez promis.

MACHEATH.

Une femme jalouse croit tout ce que sa passion lui suggère. Pour vous convaincre de ma sincérité, appelez l'aumônier de la prison, et je n'aurai aucun scrupule de faire de vous mon épouse ; je sais à quelles conséquences s'expose celui qui en a deux à la fois.

LUCY

C'est-à-dire que vous serez seulement

pendu, et que vous vous débarrasserez, ainsi des deux en même temps.

MACHEATH.

Je suis prêt, ma chère Lucy, à vous accorder satisfaction, si vous en voyez, une dans le mariage. Que peut dire de plus un homme d'honneur ?

LUCY

Ainsi vous n*étes pas, semble-t-il^ nurié à miss Pollv.

MACHEATH.

Vous savex, Lucy, que cette fille est prodigieusement vaniteuse. Personne ne peut lui faire de compliments sans quelle slmagine (comme les autres belles dames) que son compaOTion lui appartienne pour toujours.

Quand une jouvencelle Pour la première fois En son miroir se mire.

AOLê^

L'image qu'elle admire

De vanité Templit.

Chaque fois que la fille

Ses traits contemplera.

Devenue plus éprise.

Hélas ! elle s'imagine

Que son charme a grandi.

Tous les yeux cependant

Hormis les tiens verront

Que l'image a vieilli.

Quand les femmes considèrent leur beauté, elles sont toutes pareillement déraisonnables en leur exigence ; car elles s'attendent à ce que leurs amants les adorent aussi longtemps qu'elles s'adoreront elles-mêmes.

LUCY

Mon père est là-bas, peut-être faudrait-il chercher l'aumônier, qui veillera à ce que vous teniez votre parole. Car il me tarde de devenir une honnête épouse.

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