‹ L'Opéra devant la loi et la jurisprudenceChapitre 5 sur 36 · SAP · texte numérisé non relu

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chargé de la régie du théâtre, qui agira de concert avec lui dans tout ce qui sera de son inspection, dont les fonctions sont ci-après réglées.

Cette organisation très curieuse nous révèle que, durant un certain temps l'Opéra fut administré par des Syndics de faillite.

Toutes ces mesures et toute cette réglementation sévères ne devaient pas parvenir à rétablir les finances de l'Opéra.

Signalons le conflit qui se produisit à cette époque entre la Comédie-Française et la Direction de l'Opéra.

La Comédie-Française avait, elle aussi, ses privilèges, et, pour les faire respecter, elle avait entrepris une lutte sans trêve contre les bateleurs qui donnaient des représentations dans les foires.

Ceux-ci, de leur côté, n'étaient pas à court de moyens et, par bien des procédés, ils cherchèrent à tourner les difficultés. |

Ils avaient imaginé, en particulier, de traiter avec Guyenet, le cessionnaire du privilège de Francine pour l'Opéra, et ils lui avaient demandé l'autorisation d'user, moyennant redevance, de chant et de ballet dans les représentations foraines.

Comme on pense, Guyenet accepta la proposition: mais la Comédie-Française vit la chose d'une façon toute différente et un arrêt du Conseil, en date du 17 Avril1709, refusa à Guyenet le droit d'accorder cette sorte d'autorisations. L'affaire ne devait pas s'arrêter là: Guyenet ayant fait de mauvaises affaires, les syndics de la faillite furent, nous l'avons vu, chargés de l'exploitation: ils accordèrent aux époux Saint- Edme et à une dame de Beauluc l'autorisation de donner à la foire de Saint-Germain, en 1715, des représentations d'opéra-comique.

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La Comédie Française fit de nouvelles protestations mais en vain, car un arrêt du 23 Décembre 1715 et ua autre du 26 Novembre 1716 reconnurent formellement à l'Opéra le droit d'autoriser des représentations avec chants dans les fêtes foraines (1). Et toutes les administrations usèrent d’ailleurs largement de ce droit.

Les privilèges des Directeurs de l'Opéra ne firent qu'augmenter de plus en plus.

En 1724, le Roi accorde au Sieur Philidor le privilège de donner des concerts dans la Salle des Tuileries. Sur une réclamation de l’Académie Royale de musique, les lettres patentes de Mars 1725 n'autorisent ce concert qu à la charge qu'il dépendrait toujours de l'Opéra et que Philidor paierait 6.000 livres par an au concessionnaire du privilège.

Un arrêt du Conseil de 1769 interdit la parole aux acteurs de Nicolet et les réduit à jouer la pantomime. Cet ordre fut levé après transaction avec l'Opéra en 1772 sous la condition d’une redevance annuelle de 12.000 livres.

Des lettres patentes de la même année défendent à quiconque

de faire chanter, exéculer avec théâtre et décorations ou autrement aucune pièce de musique ou de danse, de faire aucun concert de musique vocale ou instrumentale dans quelque langue que ce soit, ni de donner aucun bal pour l’entrée desquels concert ou représentation de pièces de musique on prenne ou reçoive de l'argent, même de faire aucune association pour raison desdits objets, et ce sans la permission expresse et par écrit des concessionnaires actuels de ladite académie royale de

) L'arrêt du 16 novembre 1716 pose comme condition« qu'aucune parole ne sera proférée qu'en chantantet sur desairs connus ». I1 prescrit, en outre, que l'autorisation sera accordée au plus fort enchérisseur.

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musique ou des personnes qui pourront leur succéder, à peine de 10.000 livres d'amende applicables 1/3 à l'hôpital général, et les deux autres liers au profit des concessionnaires actuels de la dite académie royale de musique, et de confiscation des théâtres, machines, décorations, mufsiques, instruments et autres choses quelconques qui auraient servi aux dites représentations, concerts et bals.

Et enfin un arrêt du Conseil du 11 Juillet 1784 accorde à l'Opéra le privilège de tous les petits spectacles pour les exercer ou les faire exercer à son gré.

Ainsi que nous venons de le montrer, les privilèges s’ajoutaient aux privilèges, mais cela ne suffisait point à amener de la statique dans le budget de l'Opéra.

Les faillites et les ruines s’accumulant, en 1749 on décide de placer l'Opéra sous la direction de la Ville de Paris.

Cette dernière ne fut pas plus heureuse: un arrêt du Roy intervenait, en eflet, le 17 Mars 1780 pour faire cesser le privilège accordé à la Ville et ordonner qu'elle payerait les dettes contractées par l'Opéra durant son administration. Cet arrêt remettait en outre le théâtre sous la tutelle de l'Etat.

D'ailleurs, il apportait aussi une réforme très grave; il reconnaissait le pouvoir des artistes, et amenait leur introduction dans la direction du théâtre.

Pour se faire une idée de l'étendue du privilège, on pourra lire le mémoire écrit en 1746 par le sieur Buyer sur les bals, assemblées bourgeoises ou picnic, qu’il considère comme portant préjudice au privilège de l’Académie Royale de Musique. A la suite de ce mémoire, il fut ordonné des perquisitions dans les maisons suspectées de tenir de pareilles assemblées.

En 1749, le sieur de Desfontaines, alors Directeur de l'Opéra, lit signifier différents articles du privilège de l'Académie Royale de Musique, au sieur Tinturier, traiteur aux Carneaux, convaincu de tenir de semblables assemblées, avec défense de récidive. Le sieur Tinturier fut pris en flagrant délit le lundi gras 1749 et conduit à la prison du Fort-l'Evêque.

Un règlement du 27 Avril 1780 précisait les disposi- {ions de cet arrêté. 4

Aux termes de ce règlement, l'Opéra était sous la direction suprême du Ministre de la maison du Roi qui se faisait représenter par un intendant des Menus- Plaisirs.

Le Directeur de l'Opéra n'était plus qu'un Administraleur Général secondé d’un Comité de 6 membres (1), Comité qui décidait et ordonnait tout dans le théâtre, sauf approbation du Ministère. Le seul privilège du Directeur était d'avoir deux voix dans le Comité: il n'avait donc qu'un quart d'autorité.

Le Roi ne s’en tint pas là dans la voie des réformes; non content d'avoir appelé les artistes à diriger euxmêmes leur théâtre, il voulut aussi accorder aux principaux sujets, conjointement avec le Directeur, un intérêt dans le produit des recettes et des économies, Les artistes ainsi appelés à profiter des bénéfices furent nommés artistes copartageants et formèrent une assemblée générale à laquelle le Comité devait rendre compte de sa gestion; le Comité tenait séance d'abord une, puis bientôt deux fois par semaine, et l'assemblée générale des sujets copartageants se réunissait au commencement de chaque mois (2).

(1) Ce Comité comprenait un premier sujet du chant, un premier danseur, deux maîtres du théâtre, le maître des ballets et le maître de l'orchestre.

(2) Première séance de ce Comité : 22 avril 1780 (Jullien, page 61).

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