LAPS
espoir qui s’affaiblit peu à peu et s'éteint dans une morne désolation. Une tenue de la dernière note qui finit cet adagio a fait dire que Beethoven ne concluait pas. C’est encore une intention de l’auteur méconnue : l'infini ne conclut pas.
Le scherzo semble avoir été fait pour les yeux autant que pour les oreilles. Il a quelque chose de plastique ; il ouvre des perspectives immenses. Les changements de rythme donnent à ce morceau un caractère fantasque tout à fait romantique. Le sentiment n’y joue qu’un rôle très secondaire; l'idée y est tout extérieure : on la poursuit comme on poursuit en rêve ces objets qui fuient toujours quand on croit les saisir. Une pareille musique, nous ne saurions trop le dire, ne peut être que baroque ou même désagréable si l'exécution n'en rend pas exactement l'esprit.
Treizième quat. (si bémol), op. 130.
Le premier morceau du treizième quatuor finit par un effet que pouvait seule trouver l’inépuisable imagination de Beethoven. Le crescendo des quatre mesures qui précèdent
EUR En les huit dernières est d’uné rare puissance harmonique; c’est un effort suprême de sensibilité vers l'idéal.
L’andante exprime tout ce qu'un sentiment peut avoir de plus délicat, de plus spontané, de plus indéfinissable.
Le Presto et la Danza Tedesca sont deux petites fantaisies sorties d'un cerveau puissant.
En écrivant la cavatina Beethoven a dû verser bien des larmes.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux; Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots (1).
Ces notes jetées en désordre sur un rythme contraire de l'accompagnement qui semble jouer le rôle de consolateur, ces notes sont plutôt des sanglots qu'un chant. C’est une inspiration sans exemple dans la musique.
Quatorzième quat. (uf dièze mineur), op. 431.
Le quatorzième quatuor résume les qualités de Beethoven, l'unité dans la variété et l’indépendance complète des procédés matériels ; il
(1) Alfred de Musset.
Lei se compose de deux parties qui sont seulement séparées par un point d'arrêt et pourraient à la rigueur se jouer sans interruption,
Parvenu à la maturité de son génie, Beethoven écrivait rarement une œuvre capitale sans s'être donné pour canevas un sujet pris dans l’histoire ou dans la nature. Le quatuor en ué dièze mineur exprime aussi clairement que peut le faire la musique.les sentiments de l’homme les plus opposés. Le début est un commencement de fugue. On y sent s’agiter tumultueusement des ombres gigantesques , mystérieuses incubations qu'indique une harmonie stridente et tourmentée. Ces pensées indécises, ces ombres prennent bientôt des formes diverses qui se confondent dans une majestueuse unité. On ne compte pas moins de neuf changements de mouvement et de rythme, tous nécessaires pour rendre cette exubérance d'idées, de sentiments et de passions. Beethoven semble avoir voulu faire vibrer l’âme tout entière.
Les sentiments vifs et légers sont largement développés dans la seconde partie. [1 ÿ règne une teinte particulière de familiarité affable, intime et brillante. Un mouvement toujours
“kg St net et précis y domine. Des contrastes heureux, de fines perspectives, des repos imprévus, des nuances mobiles et passagères comme la pensée, donnent à ce morceau une physionomie sans exemple. La même phrase y traduit tour à tour des sentiments opposés, comme la même idée trahit quelquefois les contraires. Il n’est pas jusqu’à l'ironie que Beethoven n ait voulu rendre dans le crescendo que les instruments commencent en jouant sur le chevalet pour finir avec la rapidité de l’éclair par une sonorité formidable. Un unisson d'une brutale énergie change tout à coup le caractère de ce morceau, comme si Beethoven se reprochait de s’être abandonné trop longtemps à d'agréables illusions. La parole est incapable de définir l’âpre sensibilité de l’adagio, les violences accumulées dans l’allégro. Quels mots pourraient dire ces douleurs, ces aspirations brülantes, ces élans indomptés, ces déchirements de l'âme? Beethoven le premier et jusqu'à présent le seul a compris cette poésie des: sons qui touche le cœur et dépasse l’intelligence. Ce n’est plus de la musique, c’est l'épopée du cœur humain.
— 61: — Quinzième quat. (la mineur), op. 132.
La tonalité du quinzième quatuor lui donne un caractère tout particulier. L’idée indécise au début devient de plus en plus nette et précise jusqu à la fin où le chant se précipite poussé, pressé par l'énergie tumultueuse des parties secondaires, laissant après lui un sentiment douloureux comme l'irritation qui résulte d’une illusion trompée, de la violente agitation d'un cœur rempli d'amers regrets.
Un duo des violons distingue la deuxième partie de l’allégro ; puis vient un chant si heureux, si long qu'on s’épuise à le suivre.
Canzone di ringraziamento in modo 1ydico offerta alla Divinità da un guarito : tel est le ütre du molto adagio pour lequel Beethoven se servit d'un mode de la liturgie catholique dans le goût de Palestrina. C’est une prière pleine de calme et de recueillement.
On croit entendre les puissantes voix de l'orgue. Les crescendo ont une grandeur surhumaine : l'effet est dû au sentiment et à l’expression des accords. L’adagio se lie à un andante intitulé : Sentendo nuova forza. Bec-
"ph —
thoven relevait d’une grave maladie quand il écrivit ce morceau. Ces actions de grâce, ces remerciements adressés à la Divinité par un convalescent finissent par une sonorité d'une extrême douceur, par le prolongement des dernières notes qui semblent se perdre dans l'éternité.
Beethoven ne donne pas la même forme à chacun de ses derniers quatuors : il la subordonne à l'impression qu'il veut produire, à la nature de l’idée qu’il veut développer. Il revient à l’ancienne manière, si elle convient à son sujet; il n'a point de système arrêté.
Le final du quinzième quatuor est, avec le final du quatuor en ut dièze mineur, le plus remarquable par l'inspiration autant que par la science des effets. Il a un caractère essentiellement dramatique, nous dirions volontiers scénique. L'allégro Marcia est d'une élégance virile analogue à celle des figures de Michel- Ange. Jamais Beethoven n'a trouvé un chant plus coloré, plus vibrant que celui de l’allégro appassionato. Un accompagnement de trois rythmes différents, d'une extrême agitation, annonce le chant après lequel rien ne semble plus possible; mais son imagination toujours