‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 15 sur 69 · LES CAPUCINS A L'OPERA · texte numérisé non relu

LES CAPUCINS A L'OPERA

Les théâtres d'Italie n'étaient pas dans un état de prospérité bien satisfaisant, les entrepreneurs attribuaient, avec raison, cette baisse au jubilé de 1750. Le haut clergé, les abbés, les moines sans barbe les fréquentaient encore, mais leur compagnie était moins nombreuse ; les dévotes désertaient les salles de spectacle, et les moines barbus n'avaient jamais osé s'y montrer. Ce malaise commençait à devenir inquiétant; les souverains, d'accord avec les princes de l'Église, s'empressèrent d'y porter remède, en permettant au public d'aller en masque aux théâtres pendant le carnaval. Les capucinières se vidèrent chaque soir, les dévotes accoururent en foule, et les salles ne pouvaient contenir tous les amateurs qui s'y présentaient.

Pendant le carême de l'année 1786, le comte don Peppino Lucchesi, fils du prince de Campo-Franco, ajusta fort adroitementun oratoire intitulé Gefte, sur la musique de divers auteurs. Don Peppino, amateur forcené de musique, fit exécuter ce pastiche au Fondo, théâtre dont il avait l'entreprise. La Marchelti, prima donna assoluta, belle autant qu'elle était folle; Mengozzi, ténor; Carlo Rovedirio, basse chantante, figuraient en tète de ses virtuoses. Cipolla, Millico, avaient écrit plusieurs morceaux introduits dans ce pastiche, qui réussit admirablement. L'oratoire et les chanteurs étaient applaudis chaque soir. Don Peppino triomphait à son tour, mais il n'avait plus assez d'argent pour soutenir un spectacle superbe et coûteux à ce point. Il sollicita vivement, et finit par obtenir du roi Ferdinand IV, la faveur de donner, en sus du nombre ordinaire, quatre représentations les premiers dimanches du carême, et pendant le jour. Les femmes ne devaient point être admises dans la salle pour ces représentations destinées aux prêtres réguliers et séculiers. Ils y vinrent en foule et le public aussi ; rien n'était si curieux que de voir un théâtre rempli de moines de toutes les couleurs, de prêtres en habit de cérémonie, ouvrant les oreilles pour entendre les mélodies tendres et gracieuses, les traits hardis, brillants de la Mar-

chetti. Ces bons pères la dévoraient des yeux, des soupirs s'exhallaient de leur poitrine oppressée. Afin de réjouir encore plus son auditoire de béats, la Marchetti donnait à ses gestes, à ses œillades, à ses attitudes, à ses accents, toute la vigueur d'expression que lui suggérait sa folie de bacchante. Les soupirs éclataient alors avec une ardeur vraiment séraphique.

La salle fut pleine, comble, bondonnée, pendant les quatre benoîtes représentations. Les prêtres payaient à la porte, ainsi que les moines riches; les capucins et leurs confrères barbus entraient gratis. On distribuait des billets de faveur aux frères de Saint-François, et jamais aumône, soyez-en persuadé, ne leur parut plus agréable et plus satisfaisante.

Un capucin zélé (pour le spectacle), se trouvant un jour dans une baignoire près de l'orchestre, désirant de voir la Marchetti de plus près, allongea le cou de telle sorte que sa barbe, rencontrant la chandelle d'un symphoniste, s'alluma. Le musicien quitte son archet, laisse aller son violonar pour s'attacher à la barbe du capucin; il arrache en partie l'épaisse toison, et sauve ainsi le moine des périls de l'incendie. Le blessé n'en mourut pas.

QUATRIÈME ÉPOOIE,

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