LE 20 JUILLET 1758, DE CINQ A .NEUF HEURES DU SOIR
Anna Deamicis, virtuose admirable ne peut triompher de la barbarie parisienne.— Victoire de lacautatrice, à Londres. — Coup d'État qui fait passer le sceptre du chant, la suprématie de la prima bu/fa à la prima séria. — Babetti, Mœurs et Coutumes d'Italie. — Lucrezia Agujari, dite (a Bastardina. — De la Croix, notes sur les chanteurs italiens. — Sobriquets donnés aux artistes en Italie. — Mme Lebrun. — Raff . — L'Inqlesina, — Sabine Hitzelberger.
Anna Deamicis et son père donnent une représentation de la Serra Padrona et de GU Raggiri délia Femina scaltra, sur le théâtre de la Comédie-Italienne. Accueillis froidement, ils ne voulurent pas continuer leurs exercices. Anna Deamicis, cantatrice excellente dans le genre bouffe, était pourtant infiniment supérieure à MUe Anna Tonelli, qui, cinq ans auparavant, était l'idole du coin de la reine. Toutes les pièces italiennes, représentées à l'Académie royale de Musique, avaient été traduites. On les exécutait concurremment à l'Opéra-Comique, à la Comédie-Italienne ; faibles à l'égard du chant, les acteurs brillaient par l'esprit et l'animation de leur jeu ; le public comprenait ce qu'ils disaient ; il ne faut pas être surpris que l'admirable talent
de M110 Deamicis ait été méconnu par un auditoire parisien. Des opéras comiques français , tels que les Troqueurs, de Dauvergne; Ninette à la Cour, pastiche italien ajusté par Favart ; le Peintre amoureux de son Modèle, de Duni; plusieurs vaudevilles ornés d'airs italiens, tels que les Ensorcelés, le Diable à Quatre ou la Double Métamorphose, jouissaient de la faveur générale ; Laruette, Rochard, Bouret, qui fut admis à la Comédie-Française en 1763, Mmc Favart, Mllcs Rosaline, Foulquier, dite Catinon; Superville, dite ma Commère Babichon, y faisaient assaut de joyeusetés ; toutes ces nouveautés, qui pourtant devaient leur existence à Y opéra buffa de 1752, s'opposèrent à son rétablissement à Paris.
Anna Deamicis s'était fait une réputation en Italie quand elle vint à Londres, en 1762, pour y tenir le premier emploi dans Y opéra buffa. Il fallut qu'elle abandonnât son genre favori. Bach (Jean-Chrétien) avait écrit pour elle un rôle noble et sérieux. Elle brilla de telle sorte dans la tragédie, que, depuis ce moment jusqu'à sa retraite, elle continua de chanter Yopera séria. Burney dit que cette cantatrice est la première qui fit entendre des gammes ascendantes staccato, dans un mouvement rapide, s'élevant sans effort jusqu'au mi sur-aigu. Les grâces de sa personne augmentaient beaucoup le charme de son chant.
En abandonnant le genre comique pour le sérieux, Anna Deamicis faisait un sacrifice; de prima comica, cette virtuose descendait à la place de seconda séria. La hiérarchie théâtrale accordait alors le rang suprême à la prima comica ; le plus beau talent de tragédienne lyrique devait lui céder le pas. Anna, quittant le genre bouffe, dans lequel elle avait excellé, fit prévaloir à son tour le style sérieux; et c'est depuis lors que la prima séria fut placée au rang qu'elle occupe aujourd'hui. Anna Deamicis, ayant tenu les deux sceptres, pouvait à son gré donner la préférence à celui qu'elle portait avec le plus de bonheur. Elle opéra cette révolution sans violence aucune : la prima comica dût se contenter de la seconde place, et permettre qu'on lui donnât le nom de seconda.
— En Italie, la musique fait une partie de nos amusements, outre
l'opéra. Dans les jours de fête, il n'y a point d'église où l'on ne puisse entendre une excellente musique. Nous avons aussi, dans la plupart de nos villes, des sociétés particulières, où plusieurs amateurs, à certains jours fixés , s'assemblent pour concerter ensemble. Les dames sont invitées souvent à, ces réunions , pour les honorer de leur présence, et jamais pour y rien exécuter. Ce serait une incivilité de les prier de chanter ou de jouer de quelque instrument. S'il leur plaît de le demander , elles sont assurées de faire le plus grand plaisir à toute la compagnie qui les comble d'éloges et d'applaudissements.
» A Venise, quand on élit un procuratore ou tout autre grand officier de l'État, ses amis et ses protégés louent un appartement sur la rue où son excellence doit passer, pour faire son entrée au palais de Saint-Marc: ils y rassemblent des musiciens, et donnent un grand concert en l'honneur du nouveau magistrat. A Rome, à l'avènement d'un pape , à la création d'un cardinal , et dans d'autres villes d'Italie, à l'occasion de la naissance ou du mariage d'un prince, des grands seigneurs font écrire une cantate sur ce sujet, et cette pièce de vers est exécutée en musique devant la noblesse invitée à la fête : le peuple y est souvent admis, et chacun s'y rend masqué. La cantate est suivie d'un grand bal , où se fait une immense distribution de glaces et de rafraîchissements; et, comme c'est la coutume, après avoir pris ce petit régal , de mettre dans ses poches l'argenterie qu'on a servie , il est aisé de s'imaginer que ces fêtes sont très dispendieuses.
» Mais c'est, de nuit, dans les rues, que les Italiens aiment passionnément la musique. Dans les belles soirées d'été, ils se promènent avec leurs violons, leurs guitares, leurs flûtes et leurs hautbois, ils s'arrêtent sous les fenêtres des jolies filles et des belles dames, qui sont toujours enchantées de cette galanterie de leurs amis ou de leurs amants, et répondent souvent à ces civilités, en envoyant aux musiciens des glaces, des limonades et des confitures. A Venise, il est très agréable de faire le tour des lagunes en gondole, et d'entendre, de diverses cbaloupes, mille petites symphonies délicieuses. Aucun désordre ne vient jamais interrompre les sérénades; c'est la seule musique dont les Italiens jouissent en silence, comme s'ils craignaient de troubler le calme de la nuit.
» Le premier qui s'est déclaré l'amant d'une fille , prétend ne pas avoir de concurrent; il ne souffrirait pas que, sans sa permission, un rival vint chanter ou jouer de la guitare sous la fenêtre de sa maitresse. Celte permission s'accorde volontiers à celui qui la demande; mais,
ioS THEATRES LYRIQUES DE PARIS.
sans une telle déférence, le ressentiment de l'amoureux n'a point de bornes; il se venge de son rival , de sa maîtresse même s'il a des raisons suffisantes pour soupçonner sa fidélité.
» Venise est la seule ville d'Italie où l'ordre public semble n'être point respecté : les nobles sont assez dans l'usage de cracher des loges dans le parterre. Cette coutume odieuse, infâme ne peut venir que du mépris que la haute noblesse a pour le peuple. Cependant le peuple souffre patiemment celte insulte; chose surprenante! il aime ceux qui l'outragent ainsi ; quelqu'un ressent-il sur les mains ou le visage les effets de ces indignités, il ne s'emporte point, il ne s'en venge que par des mines tout à fait comiques. » Baretti , Les Italiens ou Mœurs et Coutumes d'Italie, \ 768.
Le pape Clément XIV défend toute préparation au chant, ayant pour but de donner une voix artificielle aux jeunes garçons. Ce pontife permet que les femmes chantent dans les églises, et tiennent les parties de soprane. Il prescrit aux directeurs de spectacles lyriques de faire remplir les rôles de femme par des femmes et non par des garçons travestis, usage ridicule, conservé jusqu'alors par les théâtres de Rome. 6 janvier 1769.
Quatre archiduchesses d'Autriche, sœurs de l'empereur Charles VII, figurent surle théâtre de la cour, à Vienne, dans Egeria, drame écrit pour elles par Metastasio et Hasse. Ces virtuoses de haut parage étaient belles, chantaient et jouaient trop bien pour des princesses. Le grand duc de Toscane représentait l'Amour et dansait dans le ballet. Toute la famille impériale était musicienne ; Charles VII jouait du violoncelle et du clavecin. 1762.
L'impératrice-mère disait à Faustina? veuve de Hasse, âgée de plus de septante ans : — Je suis pourtant la plus ancienne cantatrice dramatique de l'Europe, mon père m'a fait débuter à l'âge de cinq ans. » En 1739, brillante de jeunesse et de beauté, sa majesté impériale chanta si bien un duo avec Senesino, à Florence, que le vieux et célèbre contraltiste, séduit par une voix touchante et gracieuse, un style noble et pur, et les charmes de la virtuose, ne put achever le duo sans verser des larmes de plaisir.
Mme Biglioni, actrice de la Comédie-Italienne, chante avec succès au Concert spirituel en 1771.
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LA BASTARDINA (Lucrezia Agujari, dite).
L'étendue de sa voix sar-aiguë, la pureté, la justesse de son intonation, le charme et la puissance de son organe d'une flexibilité prodigieuse, et son habileté dans la musique, la placent parmi les virtuoses les plus habiles de son siècle. Notez qu'elle était contemporaine deCatarina Gabrielli, de Faustina Bordoni. Pendant le carnaval de 1774, elle fut très applaudie au grand théâtre de Milan dans le Tolomeo de Colla, et se signala d'une manière victorieuse dans une cantate du même maître, qui fut exécutée au palais de Tommaso Marini. C'est après ces triomphes éclatants qu'elle vint à Paris, au commencement de juillet 1774. La Bastardina voulait s'y montrer dans toute la force de son talent, devant un nombreux et brillant auditoire de souscripteurs. Les amateurs ne s'étant pas présentés en nombre suffisant, la cantatrice ne se fit entendre que dans quelques maisons particulières.
Mozart et son père, arrivant à Parme en 1770, y trouvèrent Lucrezia Agujari. Ils avaient entendu parler de ce phénomène vocal sans y croire; mais la célèbre cantatrice, les ayant invités à diner, leva leurs doutes avec beaucoup de complaisance et d'amabilité. Elle leur chanta plusieurs airs, écrits pour elle, et dont quelques passages furent notés par Mozart fils, dans une lettre adressée à sa sœur Annette. Je donne ce fragment tel que Wolfgang nous l'a transmis :
— 11 est difficile de croire qu'il y ail jamais eu dans le monde une voix aussi riche, au grave comme à l'aigu. Dans sa partie élevée, une octave complète succédait à Y ut posé sur la seconde ligne additionnelle (clé de violon), à Yut, borne très satisfaisante des sopranes les mieux partagés. — Les notes de cette octave suraiguë, dit Léopold Mozart, rendaient un son plus faible, mais elles étaient douces et flutées comme les tuyaux d'orgue d'un pied de hauteur. »
Ce que Burney rapporte de cette virtuose, n'est pas moins étonnant :
— Lucrezia Agujari était une cantatrice merveilleuse. La partie inférieure de sa voix était d'un timbre plein, rond et d'une excellente qua-
lité. L'étendue de son organe dépassait tout ce que nous avons entendu jusqu'à présent , lorsqu'elle quittait ses registres naturels, ce qu'on pouvait souhaiter qu'elle n'eûtjamais fait. (Et pourquoi, cher docteur?) Elle avait deux octaves de belles cordes naturelles depuis le la sur la cinquième ligne (clé de basse) jusqu'au la aigu du soprane. De plus, elle avait eu, dans sa première jeunesse, une troisième octave et au-delà dans la région grave du contralte. (G'est-à-dire qu'elle descendait au sol, au fa les plus graves de la voix de basse. ) Sacchini m'assurait lui-même qu'il l'avait entendue monter au si bémol sur-aigu. (Ce si bémol se change en ut dans les passages notés par TV. Mozart. ) Son trille était égal et parfait; son intonation irréprochable; son exécution marquée et rapide; son style de chant , dans les registres naturels , était majestueux et grandiose. Quoique le tendre et le pathétique ne fussent pas précisément ce que sa figure et ses manières semblaient promettre, elle avait parfois des accents qui pénétraient le cœur. Cette cantatrice eût été aussi sûre de plaire à son auditoire qu'elle en était généralement admirée, si elle avait mis moins de violence dans l'exécution de ses passages , et tempéré l'expression de son regard par un peu de douceur et de timidité féminine. » General History ofMnsic. Tome IV, page 504.
En additionnant les deux époques de sa carrière d'artiste, Lucrezia Agujari pouvait se vanter d'avoir parcouru l'étendue fabuleuse de quatre octaves, suivies d'une tierce, d'une quarte, ou môme d'une quinte. Ces mots au-delà de Burney permettent de présumer la quinte 1 C'est un prodige, il est vrai, mais nous devons l'accepter sur le procès-verbal dressé par Mozart père et fils, en notes figurées musicalement, et duement signé, paraphé. Nous devons l'accepter sur le témoignage de Burney, de Sacchini. Planches, pages 2H, 217.
Née à Ferrare en 1743, mariée à Parme, en 1780, avec Joseph Colla, maître de chapelle de la cour, elle est morte en cette ville le 18 mai 1783.
Mme Becker, cantatrice du théâtre de Hambourg en 1820, doit être citée comme une digne rivale de Lucrezia. Avec une puissance, une agilité d'expression prodigieuses, Mœc Becker prenait le /a sur-aigu de volée, le soutenait longtemps et montait jusqu'au si bémol, clair, net, ferme et bien sonnant.
Catherine Brouwer, de la Haye (Mme Braun), première cantatrice au Théâtre-Royal de Berlin, en 1797, possédait une des plus belles voix que l'on eût entendues en Allemagne : trois octaves, une qualité de son pure, suave et touchante.
Mmes Catalani , Malibran, parcouraient rapidement et victorieusement un diapason de trois octaves. Manches, pages 215, 217.
— Je suis arrivé dans cette belle contrée enrichie par la nature et les arts. J'ai vu ces merveilles qui méritent l'hommage de l'univers. Mais, ce que j'ai entendu, est mille fois au-dessus de ce que mes yeux ont admiré. Non, on n'a point encore donné à la musique italienne les éloges qui lui sont dus. Ah! mon ami, qu'elle est brillante, hardie, élevée, pleine de feu ! qu'elle étonne, qu'elle flatte agréablement l'oreille! qu'elle affecte délicieusement le cœur ! Quelle source intarissable de plaisir! Elle remplit mon ame de l'ivresse de la volupté, d'une irrésistible volupté. Quelle délicatesse dans les inflexions? quelle vivacité dans les nuances! quelle énergie! quelle douce expression! quelle douleur touchante! quelle intéressante sensibilité.
» Mon ami, si lu avais entendu hier, au théâtre San Carlo, Manzoli chanter le rôle de Timante dans le Demofonte, tu te serais écrié avec M. Delaire, avec moi, avec tous les spectateurs: C'est un dieu qui nous parle par la voix de son ange. Oui, la musique d'un Piccinni, la voix d'un Manzoli , n'ont rien que de céleste. Ne t'imagine pas seulement le calme des vents et des ondes, mais l'enchantement de l'espérance qui répand la sérénité dans une ame agitée. Figure-toi ensuite un cœur, qui, des délices d'une sécurité naissante, retombe tout à coup dans un abîme profond de malheurs et de contrariétés, palpitant tour à tour et de craiute et de joie. Mais que c'est mal te rendre ce que je viens d'éprouver ! Comment te peindre les charmes de cette mélodie, et te faire concevoir la douceur que je goûte encore à t'en retracer l'idée ! Non , on n'exprime point ce qu'on a trop senti. Je crois maintenant aux prodiges d'Orphée; moi qui suis sourd et presque insensible à l'harmouie comme les chênes de la Thrace , je me suis senti une oreille, un cœur pour Manzoli. Le malheureux! on dirait que le sentiment survit dans son ame, tant il a d'expression.
» Pardonne-moi, mon ami, ce langage enthousiaste : je ne suis point affecté à demi. Mon ame, de glace pour les objets vulgaires, est ravie, emportée par les talents sublimes. Est-il possible de te peindre l'art et la manière de la Gabrielli , reine des cantatrices du jour ? Son facile
gosier se déploie à mesure qu'elle chante ; sa voix flexible semble augmenter à chaque instant de netteté, de force et d'étendue. Tout à coup elle éclate et perce les airs, ou s'élève et s'enfle par degrés; puis elle baisse et descend peu à peu, toujours avec art, toujours pleine dans ses inflexions, toujours juste dans ses mouvements. Est-ce une voix, un instrument, un ramage? C'est un composé merveilleux de tout ce qu'il y a d'agréable et d'expressif dans l'harmonie. Point de luth à cordes plus sonores ni d'un son plus argentin ; point de flûte qui soupire avec plus de mollesse et de douleur.
» Tantôt c'est une tourterelle qui promène des sons languissants, remplis de douceur et de tendresse ; tantôt c'est une fauvette dont la voix voltige, joue et papillonne sur les trilles les plus légers. Ils sont plus variés , aussi flexibles , aussi prolongés que ceux du rossignol. Toujours au niveau des instruments qui l'accompagnent , quelquefois même plus éclatante , je suis persuadé que la virtuose les peut tous imiter, et même surpasser. Elle étonne, elle surprend les facultés de l'ame. On demeure immobile de surprise autant que de plaisir. Pendant qu'elle chante, l'oreille enivrée éprouve un doux ébranlement qui passe jusqu'au cœur, qui le remue et le dilate. Après qu'elle a chanté , on sent encore une tendre émotion , un retentissement semblable à l'effet des sons mourants qu'un écho mélodieux traîne encore après que la voix est expirée. Enfin , le plaisir de mon oreille se joint à celui de mes yeux ; le plaisir de mes sens double celui de mon ame, et me met hors de moi ; un charme inexprimable m'élève au-dessus des sphères des mortels; je partage avec les dieux le bonheur de m'attendrir sur les hommes malheureux.
» Que les amateurs de cette musique monotone, languissante et soporative , soutiennent sa prééminence, je leur pardonne volontiers : ils sont assez à plaindre. Ils mourront peut-être, mon ami, sans avoir entendu les chefs-d'œuvre des Pergolèse, des Léo, des Jomelli, des Bach, chantés par Farinelli, Manzoli, Guarducci, Raff, la Gabrielli, la Pilaja, la Girelli, etc., etc. Planches, pages 72, 98.
» Je ne crois pas me tromper, le sentiment est mon juge; et, lorsqu'il s'agit de plaisir, il ne nous égare jamais. De la Croix, avocat, le Spectateur français.
Les musiciens, comme les peintres, les architectes, recevaient ou se donnaient assez généralement un sobriquet dont l'origine se rapportait ;
An nom de leur patrie :
II Sassone (Hasse) , né à Bergendorf , en Saxe ;
Portogallo (Simao) ;
Lo Spagnuolo (Vincent-Martin) ;
L'Inglesina (Miss Davies) ;
LaFrancesina (Elisabeth Duparc), petite-fille de Mme Duparc, qui jouait la tragédie et la comédie, chantait et dansait sur le théâtre dirigé par l'illustre Molière. La Francesina avait chanté longtemps en Italie, à Londres, lorsque Hoendel la choisit, en 1745, pour tenir la partie de prima donna dans ses oratoires. On a gravé le portrait de cette cantatrice ;
An nom de lenr ville natale :
Duranello, de Burano, (Galuppi) ; Pergolese, de Pergola, (Jesi) ; La Ferrarese, de Ferrare, (Francesca-Gabrielli) : Senesino, de Sienne, (Bernardi) ;
A la profession de leurs parents :
La Cocchetta (Catarina ), dont le père était cuisinier à
Rome, chez le prince Gabrielli ;
Au nom du lieu qu'ils habitaient ;
Checca délia Laguna, Françoise de la Lagune;
Au nom de leur maitre :
Caffarelli (Majorano), élève de Caffaro ; Gizziello (Conti), élève de Gizzi ; Porporino (Hubert), élève de Porpora ;
Au nom de leurs protecteurs :
Farinelli (Carlo Broschi), protégé par les Farina, de Naples;
Gabrielli (Catarina ), protégée par le prince Gabrielli;
Cusanino (Carestini), protégé par la famille Gusani de Milan;
Au ri» le dans lequel ils avaient brillé de la manière la plus éclatante :
Siface (Grossi), après le triomphe qu'il obtint dans le personnage de Siface (Xipharès) du Mitridate d'Alessandro Scarlatti;
A l'inst ruinent sur lequel ils excellaient :
Antonio degli Organi (Squarcialupi);
Benedetto délia Tiorba (Ferrari, de Reggio) ;
Giambatista del Violiiw;
Primavera delV Arpa.
Mais le plus étonnant de ces surnoms est celui que Lucrezia Agujari porta pendant toute sa carrière d'artiste. On l'appelait dans le monde, sur les affiches et les journaux, La Bastardina, La Bastardella, parce qu'elle était fille naturelle.
Le sobriquet une fois adopté, le nom propre disparaissait pour toujours. La fameuse Catarina s'affranchit de la qualification trop vulgaire de Cocchetta, petite cuisinière, qu'on lui donnait lors de ses débuts, et prit le nom de son protecteur Gabrielli. Francesca Gabrielli, qui n'avait aucun lien de famille avec la précédente, conserva le surnom de Ferrarese ou de Gabriellina, qui devenait en quelque sorte nécessaire pour la distinguer de son homonyme. L'usage de ces sobriquets n'a cessé qu'à la fin du siècle dernier.
On applaudit au Concert spirituel la signora Farinella, premier soprane du théâtre italien de Londres, le 9 septembre 1775. Les mémoires de l'époque disent qu'elle avait beaucoup d'ame, un goût exquis, une grande flexibilité de gosier.
Les sopranistes Piozzi, Nihoul, se firent entendre au même concert, le premier en 1776, le second en 1777, ainsi que la signora Georgi.
Mme LEBRUN (Françoise Danzi).
La nature l'avait douée d'une voix aussi remarquable par la beauté, la pureté des sons que par son étendue, elle atteignait sans peine le fa sur-aigu, quelquefois le la. Ces qualités précieuses, développées par l'étude, complétèrent un des plus beaux talents de cantatrice que l'Allemagne ait produit. Elle comptait sa vingt-unième année lorsqu'elle charma les Parisiens au concert qu'elle donna le 27 avril 1777, au Wauxhall. Mlle Danzi, devenue Mme Lebrun , obtint les succès les plus éclatants au
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Concert spirituel en 1779. Cette virtuose tenait l'emploi déprima donna sur les grands théâtres d'Allemagne et d'Italie depuis l'âge de dix-sept ans. Son mari, Louis-Auguste Lebrun, de Manheim, était un hautboïste célèbre.
Bianchi, professeur italien, ouvre à Paris un conservatoire pour le chant, le 10 nout 1777. Cette entreprise ne réussit pas.
Savoy, premier sopraniste du théâtre de Londres, et Mn,e Balconi brillèrent au Concert spirituel en 1777. Le sopraniste Amanlini y parut deux ans plus tard.
RAFF (Antoine).
La princesse Belmonte-Pignatelli, ne pouvait se consoler de la mort de son époux; sa douleur était sombre et muette, elle faisait craindre pour sa vie : un mois s'était écoulé sans que la princesse eût dit un mot, versé une larme. Chaque soir on la portait dans ses jardins, les plus beaux des environs de Naples; mais le charme du site et des soirées de cet heureux climat ne produisaient point en elle des émotions d'attendrissement qui seules pouvaient la sauver. Le hasard conduisit Raff dans ces jardins, au moment où la princesse y était couchée sur un lit de repos ; on le pria d'essayer l'effet de sa belle voix et de son talent sur les organes de la malade; il y consentit, s'approcha du bosquet où reposait Mme de Belmonte, et fit entendre la canzone de Rolli : Solitario bosco ombroso. La voix touchante de l'artiste, l'expression de ses accents, la mélodie simple et douce de la musique, le sens des paroles qui s'adaptait à la circonstance, aux lieux, à la personne, produisirent une impression si puissante, un effet si salutaire, que la princesse versa des larmes qui ne s'arrêtèrent point pendant plusieurs jours, et qui la sauvèrent d'une mort inévitable.
Antoine Raff, ténor, est considéré comme le chanteur le plus habile que l'Allemagne ait produit pendant le siècle dernier. Ce virtuose se fit entendre à Paris, au Concert spirituel, le 13 avril 1778, etdans tousles concertsdela quinzaine de Pâques. Une virtuose du plus grand mérite l'avait précédé ; miss Davies chantait à Paris depuis le 2 février delà même année, manches, page 217.
L'INGLESINA (Cecilia Davies, dite).
Parente de Franklin, née en Angleterre, élève de Sacehini, de liasse, miss Davies tint l'emploi déprima donna sur les théâtres de Naples, de Londres, de Florence, de 1771 à 1784. Sa sœur ainée reçut de Franklin l'harmonica qu'il venait d'inventer en 1764. Elle s'était acquis une réputation d'habile pianiste et de cantatrice agréable, lorsqu'elle vint à Paris l'année suivante et s'y fit admirer sur le piano et sur l'harmonica.
HITZELBERGER (Sabine),
Cantatrice à la cour de Wiirtzbourg, fut engagée pour chanter au Concert spirituel, à celui des Amateurs de Paris pendant les années 1776-77-78. Elle y produisit une vive sensation. Mme Hitzelberger comptait à peine sa vingt-unième année lors de ce début. Sa voix, douce comme une flûte, d'un étendue de ^rois octaves, exécutait les traits rapides avec une rare facilité. 6,000 francs de traitement annuel lui furent offerts pour être cantatrice de la musique du roi, Mme Hitzelberger refusa cet avantage à cause de ses engagements avec le prince de Wiirtzbourg.
I, «l'Elit ITALIEN m ITALIE.
Récits de Raguenct, 1700 ; d'un anonyme, 1724 ; du président de Brosses, 1738; de M"" Du Bocage, 1758 ; deCoyer, 1764 ; deBrydone, 1770; de Sara Goudar, 1771.
De 1638 à 1696, le violiste Maugars, le bel esprit Saint-Évremond nous ont fourni de précieux détails sur le drame lyrique admiré sur place, et dans le pays qui l'a vu naître. D'autres voyageurs m'aideront à suivre au loin ses progrès. Les récits, les observations de ces témoins oculaires et bons entendeurs, fidèlement rapportés, seront lus avec plus d'intérêt que les pages où l'historien mettrait en œuvre ces différentes relations. Modeste greffier, je vais enregistrer les dépositions de tous ces témoins, et les présenter en ordre diatonique.