‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 33 sur 69 · FISCHER · texte numérisé non relu

FISCHER

Fischer (Louis), basse profonde, suave, éclatante, partant du ré grave pour s'élever jusqu'au fa de la troisième octave, faisait les délices de Manheim, de Munich, de Vienne, depuis quinze ans, lorsqu'il vint se faire entendre au Concert spirituel, en 1783. Ce virtuose, élève de Raff, ne fut pas moins heureux que son maître. Après ce triomphe nouveau, Fischer se rendit à Naples. Rome, Venise voulurent aussi le posséder. En 1794, il brillait à Londres aux concerts de Hanover-Square. Reynold a gravé le portrait de Fischer.

L'Allemagne a produit souvent des voix de cette espèce. Forst (Jean-Bernard), s'était illustré vers la fin du dix-septième siècle. Une superbe voix de basse profonde, un goût pur, une méthode admirable, ne tardèrent pas à lui faire la plus brillante réputation. Les princes le comblèrent d'éloges et de bienfaits. La première fois que Forst se fit entendre à Vienne, l'empereur Joseph I" lui dit qu'il doutait si l'Europe avait eu jamais un chanteur plus habile, et, comme preuve de satisfaction, il lui met au col une

chaîne d'or, et le nomme musicien de sa chambre. La faveur dont il jouissait auprès de ce monarque excita la jalousie des chanteurs italiens de la chapelle impériale, Forst fut empoisonné. La clameur publique les accusa de ce forfait; cependant on parvint à sauver le précieux virtuose. Quoique sa maladie l'eût privé de l'étonnante sonorité de sa voix, la beauté de sa méthode, le charme séducteur de son exécution, ne le firent pas moins admirer. Né à Mies, en Bohême, en 1660, Forst mourut à Prague en 1710.

Avec moins de talent que Forst, Bendeler (Salomon) le surpassait en puissance vocale. Dès l'âge de seize ans (1699) son organe acquit un timbre si fort et si pénétrant que nul chanteur ne pouvait lutter avec lui. Quelle que fût l'étendue d'une église, cette basse profonde et miraculeuse s'y faisait entendre partout et semblait ébranler la voûte. Bendeler lit un voyage en Angleterre, il y refusa de grands avantages, et vint occuper une place à l'Opéra de Hambourg. De brillants succès l'attendaient en cette ville, de même qu'à Leipsig, à Brunswick. Dans une excursion qu'il fit à Dantzig, il toucha l'orgue de la cathédrale. Après avoir préludé, le chanteur déploie tout à coup les forces de sa voix tonnante. Une rumeur, qui s'élève dans l'église, interrompt bientôt l'office et le virtuose ; la femme d'un sénateur, frappée, épouvantée par cette voix formidable, venait d'accoucher heureusement d'un fils, dans la chapelle de Saint-Mcolas. Le sénateur, depuis longtemps goutteux, perclus, est si transporté de joie à celte nouvelle, qu'il recouvre l'usage de ses jambes, et court à l'église embrasser tendrement son héritier nouveau-né. Il va remercier Bendeler, l'invite au festin somptueux du baptême, et met sur l'assiette du chanteur-organiste trois cents ducats, en lui témoignant sa reconnaissance pour le double service qu'il vient de lui rendre, en qualité d'accoucheur et de médecin. Né à Quedlimbourg en 1683, Bendeler mourut en 1724.

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