DAVIDE
Davide (Giacomo), fameux ténor, père de Giovanni Davide, que nous avons entendu chanter au Théâtre-Italien de Paris, en
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1831, fait fureur au Concert spirituel en 1786. Il y avait paru l'année précédente sans produire une grande sensation. Ses roulades légères, les traits brillants, audacieux, qu'il lançait dans le récitatif, avaient indisposé les fidèles amateurs de la musique française. Ils les goûtèrent ensuite, et ne purent refuser au virtuose les témoi-: -nages de leur admiration. Afin de justifier en quelque sorte leur méprise, ils prétendirent que Davide était plus vermeil en 1780, et que l'amélioration de la santé du virtuose devait iR-c^sai rement porter l'intluence la plus heureuse mut son exécution ; que d'ailleurs il avait fait de nouvelles éluùt$i réformé légèrement son goût, afin de mériter les applaudissements des Parisiens, juges suprêmes en musique.
! la rédaction d'un des arrêts prononcés par ce tribunal. — 1785, 30 mars. Malgré de nombreux applaudissements qu'a recueillis M. Davide, et qui vont toujours croissant de la part de ses admirateurs, il rencontre aussi des critiques. C'est un ténor en terme de l'art, c'est-à-dire, une basse-taille superbe, qui tient ihj peu du i'aueet dans le haut. CVslle premier chanteur de l'Italie en ce genre, conséquemment il ne doit point être tble auxamate iis de la musique et de la manière française. Attai ne lui trouvent-ils pas une brillante voix; ils ne peuvent s'empêcher sans doute de reconnaître l'adresse et l'art avec lesquels il la ménage; mais on lui reproche trop de luxe dans son ebant; défaut au reste de son école, qui a transporté dans la musique et dans son exécution, les conctti que l'on critiquait autrefois dans les productions littéraires des Italiens. »
Faisant sonner victorieusement deux octaves, d'ut en ut, la voix de Giacomo Davide était d'une égalité, d'une force, d'une ag: ité merveilleuses. Ansani, son digne rival, procédait avec moins de prestesse, mais l'emportait sur lui par la noblesse, l'élégance du style. Davide chantait encore en 1820 sur le théâtre de Lodi, il avait alors 70 ans.
Mombelli (Dominique, père des demoiselles Estber, Annette Mombelli, s'était fait une réputation brillante parmi les ténors au moment où Davide, Ansani jouissaient de la plus grande faveur. On l'appelait le ténor des trios, attendu qu'il réussissait
plus particulièrement dans ce genre de composition. Rossini le gratifia d'un trio remarquable en écrivant Demetrio e Polibio, que Mombelli chanta pour la première fois, à Rome, avec ses deux filles, en 1812. Ce ténor était alors âgé de soixante-un ans. La Pergola fut le dernier théâtre sur lequel il se montra ; c'est à Florence qu'il termina, dix ans plus tard, sa longue carrière dramatique. Il était plus que septuagénaire et voulait encore chanter. Faible et tremblottante, sa voix baissait d'une manière insupportable. Les Florentins, dont il avait été le virtuose favori, le traitèrent avec indulgence et respect; mais, quand il vint au théâtre s'habiller afin de paraître en scène pour la seconde fois, Mombelli trouva ces mots écrits sur la porte de sa loge d'acteur :
A settanta ne si balla ne si canta.
BABBINI.
Matteo Babbini, de Bologne, l'un des meilleurs ténors de l'Italie, était déjà célèbre en sa patrie comme en Allemagne, lorsqu'il vint se faire applaudir à notre Concert spirituel en 1787. Le succès prodigieux que Davide avait obtenu, l'année précédente, à Paris, au lieu de lui susciter une rivalité dangereuse, le servit : ce rude jouteur lui prépara les voies en accoutumant les Parisiens au style des virtuoses d'Italie. Babbini d'ailleurs avait un charme, une séduction dans la manière de présenter la phrase musicale, une élocution si pathétique et si noble, qu'il enchantait ses auditeurs, bien qu'il ne pût atteindre au brillant éclat, à la fougue impétueuse de Davide. Martin, notre fameux ténor de l'Opéra-Comique, Martin, que plusieurs ont à tort qualifié du titre de baryton, m'a parlé de Babbini comme d'un chanteur accompli.
Guglielmi (Pierre) ne permettait point aux chanteurs de broder sa musique et d'y faire des changements. A Londres, la célèbre cantatrice Mara s'était émancipée au point d'ajouter quelques traits à sa partie. — Mon devoir est de composer, lui dit-il, le votre est de chanter. Chantez donc, et ne gâtez pas ce que j'ai composé. »
En pareille occasion, il donna son lot à Babbini: — Mon ami, veuillez bien, je vous prie, chanter ma musique et non la vôtre.»
Davide, virtuose non moins renommé, refusait de chanter dans l'oratoire de Debbora e Sisara, le duo ravissant : Al mio contento in seno , à cause de son extrême simplicité; Guglielmi l'y contraignit, et le duo fut porté jusqu'aux nues, aile stelle.
Babbini revint à Paris en 1792, et parut avec un grand succès dans Pimmaglione, dont il chanta le rôle principal au théâtre Feydeau.
M™' Cesari s'était fait applaudir au Concert spirituel en 1781. Mlle Rose Renaud y débute avec succès à la même époque, à l'âge de onze ans , elle y chante des airs de Majo, de Sacchini, de Bertoni. Plus tard, en 1786, elle exécute, avec sa sœur Sophie, un duo de Mysliweczek, de la manière la plus brillante. On dit alors que la famille Renaud était une couvée de rossignols.
Elena Riccoboni, connue sous le nom de Rose Baletti, née à Stuttgard, cantatrice distinguée, se signale au Concert spirituel au mois de novembre 1788, et passe immédiatement dans la compagnie italienne du théâtre de Monsieur, que l'on organisait à cette époque.
Anfossi vient à Paris en 1780, et l'on met en scène à l'Académie royale de Musique l'Inconnue persécutée, traduction de son opéra l'Incognito, perseguitota. La musique légère decet ouvrage ne résista point à l'exécution lourde et monotone des chanteurs français de cette époque. Anfossi revint dans notre capitale en 1786, mais il y resta peu de temps et ne voulut donner aucun ouvrage à nos théâtres. Ce maître redoutait une exécution qui n'était composée que d'éclats de voix et de cris; il partit pour aller diriger la musique du théâtre italien de Londres.