‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 40 sur 69 · LE PIANO DU PETIT-FOYER · texte numérisé non relu

LE PIANO DU PETIT-FOYER

En 1816, madame Catalani dirigeait notre théâtre, et tenait l'emploi de prima donna assoluta,dssolutissima dans la société chantante qu'elle avait désorganisée. Celte cantatrice devait exécuter un air de bravoure pendant un entr'actes, et, comme les parties d'orchestre n'étaient pas prêtes et qu'elle voulait chanter son air le soir même , l'accompagnement du piano lui parut suffisant. Après la répétition du matin, elle dit à son mari : — Ce piano me gêne, il faut absolument le faire baisser.» M. Valabrègue, en époux attentif, s'empresse de donner les ordres nécessaires.

Le premier acte de l'opéra joué, Mme Catalani vient sur la scène, où son accompagnateur, Puccita, et le piano l'attendaient. Elle chante son air, et, dès le premier accord, s'aperçoit que l'instrument la force à maintenir sa voix dans une région trop élevée. La prima donna se tire de cette épreuve dangereuse sans encombre bien apparent, mais non pas sans dépit. Après sa dernière cadence, elle rentre dans la coulisse, et chante une gamme d'une autre espèce. Dans sa colère d'artiste, et tout émue encore des périls auxquels la négligence de son mari venait de l'exposer, elle lui dit : — Je l'avais bien recommandé, prescrit, et pourtant ce piano maudit n'a point été baissé.

— Se pourrait-il? j'ai transmis avec soin vos ordres, et j'ai veillé moi-même à leur exécution.

— Mais je vous dis qu'on ne l'a point baissé.

— Je vais le savoir à l'instant. Charles! (c'était le machiniste, Charles, avez-vous fait baisser le piano?

— Oui, monsieur, de deux pouces.

— Vous le voyez, madame, il me semble que deux pouces doivent suffire. »

Le machiniste Charles avait scié les pieds de l'instrument, et l'avait réellement abaissé de deux pouces. Je ne vous dirai point comment la justification de M. Valabrègue fut acceptée. Ce que je puis vous affirmer, en compagnie de MM. Tamburini, La-

blache, Tadolini, Valentin de Lapelouze, Dubracq et de tous les amis de la maison, c'est que l'infortuné piano fut mis à la hauteur convenable par le même machiniste, au moyen de quatre tasseaux collés à ses pieds„C'est avec ces sabots de hêtre qu'il a continué sa course, et terminé son existence dans l'incendie du ik janvier 1838.

Présent à Paris, Rossini, par un heureux hasard, nous épargne la commission rogatoire; et, dans cette cause célèbre s'il en fût jamais, un illustre avocat, M. Berryer peut aussi figurer comme témoin parfaitement idoine.

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