SALLE FAVART
Il Matrimonio segretto, pour l'ouverture; 17 janvier 1802.
La Sposa capricciosa, Guglielmi; 21 janvier 1802.
La Villanella rapita, Bianchi (Franeesco) et Ferrari (J-G.); 18 février 1802.
L'Imprésario in Angustie, Cimarosa ; 12 mars 1802, Martinelli, début de Mme Bolla. — 1808.
E Perché Nb? Pastiche ; 5 avril 1802.
Le Nozze di Dorina, écrites à Venise en 1783, Sarti; 13 avril 1802; début de MIle Rolandeau. 1809, Mme Festa.
I Zingari in Fiera, Paisiello; 3 mai 1802; Martinelli, Sacconi, Mme Bolla. — 1810.
L'air bouffe, Sei morelli e quattro baj, chef-d'œuvre du genre, appartient à le Trame deluse de Cimarosa. Martinelli, Barilli, l'ajoutèrent à la partition de i Zingari.
II Barbiere di Siviglia, écrit à Saint-Pétersbourg en 1779, Paisiello; Parlamagni, Raffanelli, Martinelli, Binaghi, Pasini, Mlle Rolandeau ; 26 mai 1802. Viganoni reparaît dans le rôle d'Almaviva le 1er septembre suivant. — 1810.
— 1819, De Begnis, Barilli, Pellegrini, Garcia, Mm* Ronzi de Begnis.
Vlnganno felice, Paisiello; 21 juin 1802.
La Modista raggiratrice (la Cuflïara), Paisiello; 11 juillet 1802. Écrite pour la Coltellini, à Naples; 1788.
I Due Baroni, Cimarosa; 14 juillet 1802.
La Pazza per Amore, Paisiello ; 30 août 1802, Martinelli , Viganoni, Mme Bolla. Viganoni jusqu'au 7 octobre suivant.
1803, Nozzari, Mme Giorgi-Belloc.
1811. 16 octobre 1813, pour le début de Mme Giacomelli ; Crivelli chantant merveilleusement la chanson du pâtre.
1823-24-26, Mœe Pasta.
Le Astuzzie feminili, Cimarosa; 21 octobre 1802, M"« Rolandeau. 1803, Mme Nava-Aliprandi. — 1814.
Clôture depuis le 16 janvier 1803 jusqu'au 14 mai suivant. Départ de Raffanelli.
En 1786, on remit en scène le Astuzzie Feminili au théâtre del Fondo, à Naples. Casacciello, Trabalza, Ferraro, Mengozzi, s'y distinguèrent à coté des deux prime donne a vicenda la Galli et la Moreschi. Cet opéra, quoiqu'un peu suranné, fut applaudi d'une manière furibonde, eut un succès de fanatisme auquel on ne s'attendait guère. Il dut cette insigne faveur à la scène que les deux cantatrices, de force égale ou du moins de rang égal, improvisèrent sans en avoir formé le dessein. Dans le duo spirituel et brillant Fate largo a madamina, ces deux virtuoses se moquent l'une de l'autre. La Galli chante son premier solo, le dit avec élégance; on l'applaudit beaucoup. La Moreschi se borne à déclamer le sien avec adresse, et n'est pas moins fêtée. Vient ensuite l'ensemble où la beauté de la musique et le mérite des deux virtuoses excitent l'enthousiasme du public, à tel point qu'il voulut l'entendre une seconde fois.
La Galli , suivant le cours de ce duo capital , revient à son premier solo, qu'elle présente cette fois avec des variations et des fioritures délicieuses. La Moreschi accompagne ce doux ramage d'un torrent d'injures qu'elle lui soufflait à l'oreille. La Moreschi s'avance à son tour, dit à merveille son récit et redouble de poses gracieuses, de lazzies séduisants; et la Galli s'empresse de lui rendre, en confidence, des iûjures qui valaient au moins celles qu'elle venait de recevoir. Au retour de l'ensemble, également irritées, furieuses, elles perdent la tête, oublient qu'elles sont devant le public, et s'appliquent mutuellement les paroles acerbes que le livret donnait à leurs rôles ; elles en viennent aux mains. La Moreschi déchire le col de dentelles et la robe de son antagoniste ; la Galli, sachant que sa rivale portait une perruque, s'attache à la coiffure, et fait si bien que d'un seul coup de main elle enlève le chapeau, la fausse toison. Casacciello, dont l'office était d'égayer le public, entre en scène armé d'une carabine, se poste militairement entre les deux amazones, et s'efforce de les séparer. Il réussit; mais, hélas! l'infortunée Moreschi n'en était pas moins blessée à mort. Sa tête chauve, montrée à la clarté des lampions et du lustre; une défaite de cette espèce éprouvée
sur le théâtre où tant de succès l'avaient fait couronner, la décidèrent à n'y remonter jamais.
Stabat Mater de Pergolèse, Mmes Strinasacchi , Cantoni; MUe David, âgée de onze ans, exécute un concerto de cor de F. Duvernoy; 27 mars 1803. Ce concert est redit le lendemain.
Il Principe di Taranto, Paër; 14 mai 1803, Martinelli, Bianchi, Mme Giorgi-Belloc. Début de l'auteur à Paris. Le 9 juin suivant, début de Nozzari.
19 juin 1816, pour le début de Mm9 Pasta (Giuditta).
Il Convito, Cimarosa ; 3 juin 1803, début de Cruciati, Aliprandi, Carmanini.
Griselda, Paër; 18 juin 1803. Nozzari, Mme Giorgi-Belloc. 11 février 1808, pour le début de Garcia. — 1811.
16 novembre 1814, pour le début de Mme Mainvielle-Fodor ; cette virtuose choisit tout exprès le rôle où Mme Barilli avait brillé du plus vif éclat. Le succès justifia l'entreprise que l'on regardait comme téméraire.
Gli Artiggiani, Anfossi ; 22 octobre 1803.
La Cosa rara ossia Bellezza ed Onestà, Da Ponte, Martini (Vincent-Martin, dit); 31 décembre 1803.
La Donna di Genio volubile, Porlogallo; 19 janvier 1804, Mmc Strinasacchi. — 1812. — 26 août 1819, M"19 Lipparini (Catarina).
Paër était à Udine en 1799; il avait suivi sa femme qui tenait l'emploi déprima donna au théâtre de cette ville. On avait annoncé, depuis quinze jours, la représentation de la Donna di Genio volubile, opéra de Portogallo, dont la vogue prodigieuse assurait une brillante réunion à Mme Paër, qui l'avait choisi pour son bénéfice. Tout était prêt pour cette solennité dramatique; les loges avaient été retenues à l'avance, les amateurs accouraient des villes voisines pour assister à ce spectacle extraordinaire qui leur promettait une pièce nouvelle, pièce qui triomphait sur tous les théâtres d'Italie. Udine, occupée par les Français, sous les ordres du général Bernadotte, renfermait une infinité d'officiers qui desiraient vivement entendre la fameuse cavatine Per amar abbiamo il core, afin de la retenir et de la
chanter ensuite dans les cafés, ainsi que les autres corps de l'armée d'Italie le faisaient déjà. Avant d'ouvrir les portes de la salle, Mme Paër avait réalisé la plus satisfaisante recette. La pièce marchait bien ; la prima donna devait être charmante dans le rôle de la femme capricieuse. Pendant toute la matinée du beau jour qui faisait espérer une si douce jouissance aux amateurs comme à la bénéficiaire, on voyait des groupes se former dans tous les lieux publics, et ceux que l'on avait admis aux répétitions faisaient de pompeux récits des merveilles de l'œuvre de Portogallo, de l'ensemble parfait des acteurs et de l'orchestre, du talent de la cantatrice, des soins particuliers que le maestro Paër avait bien voulu donner à la mise en scène. Italiens, Français, Allemands, tous se réunissaient : le charme de la musique, la promesse d'un plaisir à nul autre second, les montrait d'accord pour un instant. Tous avaient la même pensée, le même désir, et ce désir allait croissant à mesure que l'heureux moment approchait. Deux heures d'attente encore, disaient-ils, et nous irons nous poster pour entendre l'opéra favori de l'Italie.
Tels ces amants que l'on voit sur l'avant-scène, chantant un duo dont l'ensemble exprime le contentement que donne l'espoir d'un bonheur sans fin, l'assurance d'une fidélité merveilleuse. Pauvres amants! ils se livrent, s'abandonnent à cette espérance trop flatteuse, tandis que l'assistance frémit de terreur : elle a vu le tyran se glisser dans le fond de la scène, le tyran dont les yeux brillaient d'une joie féroce. Il s'est caché derrière un buisson de roses, mais la plume noire de son chapeau se montre et flotte comme un crêpe funèbre sur les fleurs vermeilles et fraîchement écloses. Une catastrophe horible se prépare, et ces heureux amants, objets de la sympathie de toute l'assemblée, vont devenir des victimes si quelque divinité puissante ne les couvre de sa protection.
Ce tyran redoutable, abhorré, méditant le crime et la trahison, ce Yago, ce Méphistophélès, ennemi du public comme de la virtuose, ce jaloux qui veut ruiner d'un seul coup la recette opulente de la signora Paër et les plaisirs d'une foule d'amateurs
passionnés, ce barbare qui dissimule avec tant de mystère et de perfidie, c'est le primo buffo de la troupe chantante. Olivieri ne s'est point caché derrière un buisson de roses, il s'est blotti dans son lit ; il n'a point coiffé sa tête d'un casque empanaché, mais d'un bonnet de colon. Olivieri s'est couché à midi; le traître fait annoncer deux heures après qu'il est sérieusement malade, et dans l'impossibilité déjouer son rôle de Pippo dans la Donna ai Genio volubile. Le directeur va sur-le-champ communiquer cette désastreuse confidence à Mmo Paër; jugez du dépit, du chagrin de la cantatrice. Le tour était cruel; le trait, à propos décoché par une main adroite, venait de frapper juste; le malheur était irréparable. Olivieri savait bien que nul autre, parmi ses camarades, ne pouvait le remplacer.
Le directeur désespéré, s'en allait tristement faire coller sur l'affiche une bande funeste, lorsque Paër, sortant de la stupeur où ce coup de foudre l'avait plongé, l'arrête vivement, et lui dit qu'il est inutile de faire connaître au public les secrets de la comédie, qu'il faut au contraire cacher avec soin un malheur domestique, tant qu'il est possible de le réparer.
— Suivez-moi, dit-il à l'entrepreneur, dont les yeux effarés semblaient sortir de leur orbite, suivez-moi, je vais vous trouver un remplaçant d'Olivieri ; j'en sais un dans la ville ; il est à peu près de sa taille; un habit de paysan va toujours assez bien, il s'agit seulement d'avoir une paire de souliers neufs. Vous voyez maintenant que c'est l'affaire du cordonnier; envoyez-m'en un, et je me charge de tout.
— Un? Je vais en quérir deux, trois, quatre.
— Oui, quatre, cela vaudra mieux! ils iront plus vite en besogne.
— Mais comment?...
— Allez toujours et fiez-vous à moi ; je n'ai pas moins d'intérêt que vous à parer l'attaque, à prévenir le malheur qui nous menace. »
Le soir la salle était pleine, comble, bondonnée, et quelques douzaines d'amateurs trouvaient encore le moyen de s'y colloquer. Figurez-vous une salle où se presse la foule admise gratis
à jouir d'une belle représentation dramatique. Mme Paër venait de terminer sa toilette; assise dans son camerino, elle attendait que le régisseur eût frappé les trois coups. La Donna di Genio volubile, malgré la promesse faite par son mari, n'était pas du tout rassurée sur le talent de ce remplaçant, sur son existence même. Elle était tremblante, et la rumeur de ce public entassé, le bruit sourd qui sortait de la salle, murmure bien flatteur pour une bénéficiaire, venait ajouter encore à ses alarmes.
La porte s'ouvre, et le buffo si désiré, le remplaçant tombé des nues pour prévenir le désastre dramatique, paraît armé de toutes pièces, harnaché, grimé, le chapeau gris sous le bras, prêt à faire son entrée. La signora pousse un cri de surprise, rit aux éclats, et, réprimant à l'instant cette saillie d'une gaieté bruyante, elle se met à pleurer à chaudes larmes. Le contadino, le buffo comico, caricato, c'était son mari.
— Non, lui dit-elle, je ne souffrirai point que tu viennes figurer sur la scène. Arrivera ce qui pourra, je renonce à tout, j'abandonne tout; je ne souffrirai pas qu'un maître déjà fameux, et dont la célébrité doit être un jour européenne, vienne baladiner sur le théâtre. Non, ce n'est point là ta place. On ne dira pas que ta femme a voulu t'enroler parmi des comédiens, et te donner l'emploi de farceur dramatique. »
Et Mme Paër versait un torrent de larmes, pleurait comme Juliette ou comme Ariane, en présence du joyeux campagnard qui lui présentait la main pour s'acheminer vers le théâtre. Les deux époux se mettent en marche, et les lamentations continuaient encore, lorsque les trois coups viennent frapper leur oreille. C'était le moment critique, il fallait prendre son parti : Mme Paër se résigna.
Le nouveau Pippo fut charmant, le double écrasa son chef d'emploi. Paër avait vu jouer ce rôle par Raffanelli, sur le théâtre de Venise; Paër en saisit toutes les finesses, et les rendit avec esprit. Sa gaieté franche excita des transports, et sa voix, sa manière de chanter, infiniment supérieures à ce que la troupe avait de plus habile, firent éclater un tonnerre d'applaudissements. On l'appela six fois pour lui témoigner de nouveau toute^
l'admiration et la reconnaissance que ses talents inspiraient. Il n'était point auteur de la musique de l'opéra représenté, mais il en avait suivi les répétitions. Chaque acteur ne savait que son rôle; Paër les possédait tous, et sa mémoire ne le trahit pas un seul instant. Ce fut un succès de fureur, de fanatisme.
Rossini, plus d'une fois, a refusé des propositions admirables de quelques entrepreneurs. Pour gagner un million, il lui suffisait d'endosser la veste de Figaro, et d'arriver sur le théâtre de Londres ou de Paris en chantant : Largo al fattotum délia cita. Moi-même, qui ne veux nullement me comparer à ces illustres, je n'ai point accepté 365,000 francs par an pour jouer les rôles de Crispin des Folies Amoureuses, de Des Masures, de la Fausse Agnès, en 182i. J'avais fait mes preuves aux répétitions de ces opéras, et M. Poirson, directeur du Gymnase-Dramatique , me proposa très sérieusement ces appointements formidables. Le contrat allait être dressé, pour une année, il est vrai, mais à la fin de chaque mois on pouvait le résilier. Retournons à Udine.
Cette ville était encore en rumeur, les esprits étaient encore agités de la commotion électrique imprimée par le talent du nouveau bouffe, quand on afficha la seconde représentation de la Donna ai Genio volubile. En apprenant le triomphe de son heureux adversaire, Olivieri serait tombé d'une attaque d'épilepsie à se briser le crâne sur le pavé; mais, par bonheur, il était encore au lit, il se frappa la tête contre son oreiller, et cet acte de désespoir n'eut pas de suite funeste. Olivieri cesse d'être malade puisque le jeu n'avait point réussi; plein de santé, dévorant son chagrin, il vient reprendre sa place, et l'on met son nom sur l'affiche. Le public s'y attendait, et regarda ce retour comme une chose toute simple; il aurait accepté son Olivieri sans la moindre contestation.
Mais Bernadotte était là présent avec ses grenadiers, ses hussards, ses dragons, ses cuirassiers, ses chasseurs, ses carabiniers, ses artilleurs, ses canons, ses bombes, ses obus, sa toute-puissance de général en pays ennemi; Bernadotte, unissant à sa fougue déjeune guerrier la verve non moins bouillante et non
moins passionnée déjeune dilettante. Quand cette maudite affiche, portant le nom malencontreux d'Olivieri parvint au quartiergénéral, le chef et son état-major frémirent d'indignation et de colère; le même sentiment se répandit bientôt dans tout le corps d'armée. Le commandant de la place mande l'entrepreneur. Un caporal et quatre hommes sont les porteurs du message; ils conduisent, escortent l'infortuné directeur. Ce pauvre diable tremblait de tous membres; il croyait qu'on allait au moins le fusiller. Le commandant foudroie du regard son captif et lui demande raison de l'injure qu'il a faite à l'armée française en lui refusant son acteur favori, le buffo sans rival.
— Excellence, une indisposition d'Olivieri pouvait seule décider, forcer même le maestro Paër à figurer sur le théâtre pour ne pas manquer aux promesses de sa femme. Olivieri peut maintenant reprendre son service, et je me vois contraint...
— D'aller en prison, où tu resteras jusqu'à ce que l'autre Pippo me soit rendu.
— Excellence, aucun droit ne m'est acquis sur le maestro Paër, il n'est point engagé, je ne puis l'obliger à rien ; ce qu'il a fait, c'est de son propre mouvement et pour remettre à flot la représentation donnée au bénéfice de la signora. Le maestro s'occupait de ses affaires et non des miennes.
— Puisqu'il en est ainsi, ta via, c'est à moi de prier mon acteur favori de me rendre à son tour les services que je réclame de lui. »
Une compagnie de grenadiers vint cerner la maison où logeait Paër; le général voulut traiter le musicien avec plus de cérémonie que Y imprésario. En apprenant l'arrestation du directeur, Paër s'était caché ; il fit répandre le bruit qu'il s'était enfui dans la campagne. Bernadotte mit alors à ses trousses les dragons, les hussards. Il fallut pourtant accepter Olivieri ou renoncer au plaisir de voir l'opéra nouveau. Quand la paix fut signée, et que six ou sept représentations eurent remis l'acteur en grâce avec les Français, Paër sortit de sa tanière, et Bernadotte ne renouvela plus ses instances de fanatique dilettante.
La Finta Filosofa, Spontini ; début de l'auteur à Paris, 12 février 1804.
Gli Orazi e Curiazi, Sografi, Cimarosa; le premier acte seulement, et le premier acte de la Cosarara; premier exemple d'un spectacle composé de fragments. 3 mars 1804.
Il Rè Teodoro, Casti , Paisiello, mis en scène par l'auteur de la musique ; 4 avril 1804.
10 décembre 1814, Rovedino fils.
La Finta Amante, Paisiello; 19 mai 1804.
Clôture.