SALLE LOUVOIS
La Grotta diTrofonio, Paisiello, pour l'ouverture; Crucciati, Martinelli, Nozzari, Mm" Strinasacchi , Fedi, Cantoni; 30 juillet 1804.
Camilla ossia il Sotterraneo, Marsolier et Carpani, Paër; 15 septembre 1804.
1821-22, Barill i, Pellegrini, Garcia, Mme Pasta.
Mm* Saint-Huberti, première cantatrice de notre Académie royale de Musique, avait suivi dans son émigration le comte d'Entraigues qu'elle épousa plus tard. Cette virtuose connut à Vienne Paër, déjà fameux, en 1795 , et lui donna le livret de Camille ou le Souterrain, de Marsolier, qui, depuis cinq ans, triomphait à Paris avec la musique de Dalayrac. C'est sur l'invitation pressante de Mme Saint-Huberti que ce maître écrivit sa partition de Camilla ossia il Sotterraneo. Le nouvel opéra réussit admirablement à Vienne ; Mme Paër se signala dans le rôle de Camilla.
En 1799, on remet en scène Camilla de Paër à Bologne, au théâtre Zagnoni, et c'est Rossini, comptant à peine sa septième année, que l'on choisit pour le rôle de l'enfant. — Rien ne peut être imaginé de plus tendre, de plus émouvant que la voix et l'accent de cet enfant extraordinaire dans le beau canon du troi-
sième acte : Senlo in si fiera istante! Les Bolonais de ce temps prédirent qu'il serait un jour un des plus grands musiciens connus. On sait si la prophétie s'est réalisée. »
Mm* Giorgi-Righetti, Cennidi una donna già cantanle sopra il maestro Rossini, etc. Mme Righetti a créé le rôle de Rosina dans il Bar bière di Siviglia.
Mme Andreozzi, femme du compositeur de ce nom, chantait à Dresde avec succès, Mme Paër devait !ui succéder, elle voulut juger du talent de cette remplaçante, et se rendit à Pilnilz avec un amateur de Dresde. Au retour, un cheval se cahra, fit verser la voiture de telle sorte que Mme Andreozzi et son chevalier restèrent morts sur la place. 3 juin 1802.
Le compositeur Reinecke périt de la même manière; revenant de Quedlinbourg, où il était allé pour entendre le Jugement dernier, oratoire de F. Schneider, les chevaux s'emportèrent, et sa voiture tomba dans un précipice, le 13 octobre 1820.
Il Maestro di Capella, Cimarosa ; 6 novembre 1804.
La Serva innamorata, Guglielmi (PietroJ; 28 décembre 180i.
1809, pour le début de Guglielmi (Giacomo), huitième fils de l'auteur, ténorin délicieux.
Après avoir obtenu de brillants succès en Italie lors de ses débuts, de 1755 à 1762, Guglielmi s'en était éloigné pendant quinze ans passés à Vienne, à Londres. De retour à Naples en 1777, à l'âge de cinquante ans, il y trouva Paisiello et Cimarosa jouissant de toute la faveur publique. Ses anciens ouvrages étaient surannés, il lui fallut donc recommencer sa carrière et lutter contre de jeunes champions pleins de génie et de force. Guglielmi ne s'en effraya point : le danger de sa position semblait avoir doublé ses forces. Paisiello mit en œuvre tous les moyens qui pouvaient nuire au nouvel adversaire qui se présentait. Guglielmi devait donner la Serva innamorata au petit théâtre des Florentins, à Naples. Le jour de la première représentation, tous les partisans de Paisiello remplirent la salle, et firent tant de bruit qu'il fut impossible d'entendre même l'ouverture. Ils redoublèrent d'efforts pendant un quintette brillant
Mfi THEATRES LYRIQUES DE PARIS.
de verve et de force comique, où le public attendait le compositeur pour le juger. On savait d'ailleurs qu'il excellait dans les morceaux concertés. Heureusement pour Guglielnii, de la sorte attaqué, le roi parut dans sa loge. Le silence le plus profond se rétablit à l'instant, on recommença le quintette déjà proscrit par la cabale, et l'enthousiasme qu'il inspira s'accrut à tel point que Guglielmi fut enlevé de sa place, à la fin de la pièce, et porté jusqu'à son logis en triomphe.
Dès ce moment le jaloux Paisiello fut obligé de renoncer à toutes ses intrigues contre un homme que la ville de Naples entière avait adopté. Cimarosa, moins prompt à s'effaroucher des succès d'aulrui, n'avait pas voulu prendre part aux menées ourdies contre Guglielmi; pourtant ce n'était pas sans déplaisir qu'il voyait ses nouveaux succès. Le prince San-Severo, admirateur passionné des ouvrages des trois illustres rivaux, les réunit dans un festin splendide, les fit s'embrasser et se promettre une amitié sincère, autant qu'elle pouvait l'être et se conserver entre des musiciens qui suivaient la même carrière.
Paisiello a craint la concurrence pendant toute sa vie d'artiste ; il devait cependant la redouter moins que tout autre. A l'âge de septante-cinq ans, n'écrivant plus rien, ne pouvant plus rien composer, Paisiello, quelques mois avant sa mort, retrouva toute son habileté d'intrigue contre Rossini, dont les brillants débuts annonçaient une gloire nouvelle destinée à faire pâlir celles qui l'avaient précédée.
Les compositeurs de haute renommée sont bien dangereux en intrigues, cabales, fraudes, trahisons, infamies, délations, calomnies, empoisonnements, strangulations; mais les musiciens millionnaires sont bien plus à redouter encore. Par un seul tour de leur clé d'or, ils savent déposséder les rivaux les plus illustres, et les faire tomber du sommet de l'Olympe dans les Palus- Méotidcs, où le trop curieux Ovide mourut exilé.
Ginevra di Scozzia, Rossi (Gaetano), Mosca (Giuseppe;.; 1er mars 1805.
Le Gelosie villane, Sarti; 14 mars 1805.
I/OPÉR A-ITALIEN. 347
Il Mercato di Malmantile, Goldoni (Carlo), Cimarosa; 2 mai 1805. — 1808.
Il Barone deluso, Cimarosa; 1er août 1805, pour début de Tarulli.
La Locandiera scaltra, Farinelli; pour le début de Barilli. Début de l'auteur à Paris ; 19 août 1805.
La Capricciosa pentita, Fioravanti; pour le début de Mme Ferlendis-Barberi. Alexandre Feriendis, son mari, fait entendre le cor anglais pour la première fois, dans un théâtre de Paris, en exécutant fort bien un solo concertant introduit dans un air que chantait cette virtuose. Début de Fioravanti à Paris; 5 septembre 1805.
Il Pazzo perla ■ Musica, Mayer; 7 octobre 1805. Donné sous le titre de II Fanatico per la Musica en 1815. Écrit pour Mme Billington, cette cantatrice y triomphait.
La scène si plaisante de Biscroma et don Febeo avait été copiée d'après nature par l'auteur du livret. Le comte Skavronski, ambassadeur de Russie auprès du roi de Naples, en fournit l'original. Voici comment Ferrari (Jacques-Godefroi) raconte ce fait : — J'étais un jour seul avec cet ambassadeur; assis à son coté, je le voyais préluder, moduler, ou pour mieux dire harpéger sur le clavier. Il me demandait à chaque instant s'il touchait juste : Pouvais-je lui dire le contraire ? puisqu'il se bornait à passer de la tonique à la dominante, et parfois à la sous-dominante. Arrive un valet de chambre, introduisant un serviteur que la princesse Gargarin recommandait à son excellence. Le postulant s'avance, et le comte, sans interrompre le cours des modulations entreprises, lui demande son nom.
— Bartolommeo, esclave de son excellence.
— Sais-tu la musique?
— Excellence, non.
— Chantes-tu?
— Excellence, non.
— Sais-tu jouer un peu du violon?
— Pas du tout.
— De la contre-basse?
— Encore moins.
— Du calascione ?
— Pas le moins du monde.
Impatienté, le noble musicien, continuant toujours ses harpèges, déclame sur une cantilène vulgaire la phrase suivante :
Bartolommeo non [ai per me; Bartolommeo non faiper me.
Le domestique audacieux et rusé, saisissant la rime, la mesure et les rhythmes donnés, lui répond sur le même ton et la même cantilène :
Non me n'importa un fico affè; non me n'importa un fico affè.
L'aimable ambassadeur se lève sur-le-champ; ravi de cette réponse qui décèle une oreille intelligente et subtile, Skavronsky mande le valet de chambre et lui donne l'ordre d'engager à son service le postulant, et de lui mettre sa livrée sur le dos.
Toute-puissance du rhythme! mystère encore ignoré des paroliers français, si Bartolommeo avait chanté sur leur gamme, il était éconduit.
La Principessa d'Amalfi, Weigl (Joseph); 14 novembre 1805.
Il Finto Sordo (Le sourd oa PAaberge pleine], Farinelli; 20 décembre 1805.
Le Cantatrici villane, Fioravanti; 30 janvier 1806, pour le début de M"" Canavassi.
1817, Mme Morandi.
1842, Lablache, Frédéric Lablache, Mmel Persiani, Garcia- Viardot.
1844, Lablache, Ronconi, Mirate, Mme Persiani.
L'Eccelsa Gara, Balocchi, Spontini, cantate à la louange de l'empereur Napoléon ; 8 février 1806.
La Bacchetta portentosa (ic Diahie à Quatre) , Portogallo ; 27 mars 1806.
La Vendetta feminina, Mosca (Louis, frère de Joseph); 27 mars 1806.
La Prova d'un opéra séria, paroles et musique de Gnecco ; 4 septembre 1806, Barilli, M0" Cavanassi.
L'OPÉR A-ITALIEN. 349
1810, Mme Correa.
1831, Lablache, Mmt Malibran; 28 octobre, Mme Pasta.
1831, 20 novembre, le 1er acte de Tancredi, la Prova, dernière représentation de Mme Malibran.
183i, la Prova, réduite à un acte.
Acciajuoli, de Rome, faisait mieux encore; auteur des livrets et de la musique de ses opéras, il en était en même temps le peintre décorateur et le machiniste. 1682. Scbikaneder ajoutait à ces offices divers, ceux de directeur de spectacles et de chanteur. Il est bon de dire que les avis étaient partagés à l'égard du son de sa voix; les uns la comparaient au grincement d'une girouette, les autres au murmure d'un tourne-broche. 1791. Schikaneder est l'auteur du livret de la Flûte enchantée; Schikanederest collaborateur de Mozart!
La Frascatana, Paisiello; 15 octobre 1806.
Il Podestà di Chioggia, Menacci, Orlandi; 3 décembre 1806.
I Due Gemelli, Guglielmi (Pietro); li janvier 1807, pour le début de Mm* Barilli.
VErede di Belprato, Gugielmi (Pietro,; i avril 1807. C'est la Pastarella nobile, représentée en 1790, et qui reparaîtra sous ce titre primitif en 1819.
/ Yirtuosi ambulanti, Picard et Balocchi, Fioravanti; partition écrite à Paris pour Barilli, Zardi, Mme* Barilli, Canavassi; 26 septembre 1807. Les acteurs italiens voulurent se montrer dans une comédie de Picard leur directeur.
Le Xozze di Figaro, Beaumarchais et Da Ponte, Mozart; chef-d'œuvre commandé par l'empereur Joseph II, écrit en italien, et mis en scène à Vienne le 28 avril 1786. Représenté pour la première fois sur notre Théâtre-Italien, le 23 décembre 1807, par Barilli, Tarulli, Bianchi, ténor (Almaviva), Mme» Barilli, Bianchi, etc. Mme Barilli chante en français la canzone du page, quand le public demande à l'entendre une seconde fois.
1808, Garcia succède à Bianchi ; Mme Muraglia à Mme Bianchi.
1809, Mme» Barilli, Festa.
1815, Garcia, Mmes Mainvielle-Fodor Morandi.' Admirable!
1816, MmM Catalani, Morandi.
1817, Mmei Bertinotti, Morandi.
1819, 5 octobre, début de Levasseur (Almaviva).
1821, Pellegrini, Garcia (Almaviva), M™** Mainvielle-Fodor, Naldi, Cinti.
1830, Mme Malibran (Susanna).
1839, Lablache (Figaro), Tamburini, Mme3 Grisi, Persiani.
Début de Mozart sur notre Théâtre-Italien.
Cet ouvrage admirable, un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain, partition riche en mélodies de toute espèce, d'une harmonie étincelante de nouveautés, ne fut pas d'abord apprécié par les Allemands. Ils sifflèrent même l'air de Figaro, Non più andrai, Mozart leur en fit le reproche d'une manière très spirituelle dans le dernier acte de Don Giovanni. L'empereur Joseph II n'aimait que la musique italienne, il y eut toujours quelque réticence dans les éloges qu'il accordait à Mozart, que les artistes plaçaient au-dessus de tous les musiciens de l'Europe. — C'est trop beau pour nos oreilles, lui disait-il en parlant de l'Enlèvement au Sérail; en vérité, j'y trouve trop de notes. — Précisément ce qu'il en faut , répondit le musicien. L'empereur ne lit donner à Mozart que cinquante ducats pour la composition de cet ouvrage.
Elisabeth, reine d'Angleterre, assistant à l'office divin dans sa chapelle, pendant que Tye touchait l'orgue, lui fit dire qu'il ne jouait pas dans le ton des chantres. — Dites à Sa Majesté qu'elle veuille bien amener ses oreilles au ton, elles n'y sont pas.» Telle fut la réponse de l'organiste.
L'empereur Joseph II voulut fonder à Vienne un opéra national, à coté de l'opéra italien dont l'Allemagne était depuis longtemps tributaire. Ce prince avait deviné l'homme qui seul pouvait affranchir son pays du joug musical de l'étranger. Joseph appela dans sa capitale les meilleurs chanteurs allemands, les mita la disposition de Mozart, qui leur préparait un opéra comique ayant pour titre l'Enlèvement au Sérail. Le plus brillant succès couronna les intentions de l'empereur. On reçut avec enthousiasme le premier opéra allemand digne de ce nom, tous
L'OPÉR A-ITALIEN »
les théâtres s'en emparèrent. Ce prodigieux succès donna l'éveil à tous ceux dont le triomphe national de Mozart pouvait froisser l'amour-propre, amoindrir le crédit, ou même compromettre les moyens d'existence. Mozart eut une foule d'ennemis, qui s'accrut encore après la réussite du Directeur de spectacle, écrit pour le théâtre allemand. Parmi les maîtres italiens qui demeuraient à Vienne, il y en avait d'assez éclairés pour comprendre que Mozart travaillait à leur ruine; que son opéra allemand était le premier coup porté à la monarchie universelle de l'opéra italien. Beaucoup de musiciens allemands, assez vaniteux pour être jaloux du grand Mozart, firent cause commune avec les Italiens. De toutes ces haines soulevées contre lui, celle de Salieri, la plus envenimée, est devenue historique. Élève de Gluck, et plus savant qu'aucun des faiseurs d'opéras italiens présents à Vienne dans ce moment, Salieri devait, par cette raison même, devenir le plus implacable ennemi de Mozart.
Après de brillants succès obtenus sur le théâtre de sa nation, Mozart revint aux Italiens. En leur confiant l'exécution de ses Nozze di Figaro, ce maître se livra pieds et poings liés à la cabale ennemie dont Salieri s'était déclaré le chef. Aussi les deux premiers actes du nouvel opéra furent-ils massacrés horriblement. Désespéré, l'auteur courut à la loge impériale réclamer la protection de Sa Majesté. Joseph, indigné de ce qu'il avait remarqué lui-même, fit adresser un avertissement sévère à qui de droit. Le reste de la pièce alla moins mal, mais le coup était porté. Le public écouta jusqu'au bout avec froideur. Le Nozze di Figaro tombèrent tout à plat à Vienne, au bruit des applaudissements prodigués à la Cosa rara de Martini, opérette aujourd'hui tout à fait oubliée.
Les chanteurs complices de cet attentat étaient Benucci; Mandini, Bussani, O'Kelly, Mmes Storace, Laschi ,Luigia), Mandini, Bussani, Goltlieb (Nanina . 3i morceaux de musique.
Quelques mois après, le chef-d'œuvre de Mozart remportait une victoire éclatante sur le théâtre de Prague, et l'auteur disait : — Ces braves gens m'ont vengé, m'ont rendu justice, je veux faire pour eux quelque drôlerie. Il tint parole; l'année suivante,
ces mêmes Pragois applaudissaient le sublime Don Giovanni.
Le Nozzedi Figaro, traduites ridiculement en français, avaient été représentées sans le moindre succès à Paris, sur le théâtre de l'Opéra, le 20 mars 1793. Lays était le Figaro le plus lourd qu'on puisse imaginer ; la musique ravissante de Mozart, mal exécutée, ne fut pas comprise; les acteurs, qui ne savaient point parler en scène, débitant la prose de Beaumarchais conservée en entier! sans recourir au récitatif, étaient grotesques au dernier point. Tout le dialogue de Beaumarchais, toute la musique de Mozart, jugez de la longueur d'un tel spectacle! La première représentation du Mariage de Figaro, de la sorte estropié, produisit 5,035 livres 4 sous, la cinquième et dernière 448 livres.
La compagnie allemande qu'Elmenreich dirigeait, débuta le 16 novembre 1802 par V Enlèvement an Sérail, et termina ses exercices le 3 décembre suivant. Les allemands avaient donné le nom de Théâtre Mozart à l'édifice précédemment appelé Théâtre de la Cité, sur lequel ils donnaient leurs représentations.
Les œuvres dramatiques de Mozart avaient déjà figuré sur deux théâtres de Paris, à deux époques différentes, avec des paroles françaises, des paroles allemandes, lorsque le Nozze di Figaro triomphèrent sur notre Théâtre-Italien.
Gli Opposti Caratteri, ossia Olivo e Pascale, Nasolini, début de l'auteur à Paris ; 8 avril 1808.
Il Credulo, Cimarosa ; 12 mai 1808 , pour le début de Mme Mosca.
La Prova mancata, ossia il Maestro di capella disperato, Liverati; 4 août 1808.