‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 49 sur 69 · DC 20 MARS 1819 1U 1" AVRIL · texte numérisé non relu

DC 20 MARS 1819 1U 1" AVRIL

Début à la salle Louvois. — Retour à la salle Favart, le 12 novembre 1825.

— M. Laurent obtient le privilège, et commence à l'exploiter à ses risques et périls le 15 octobre 1827. — Chanteurs allemands, (1er Freyschtitz, le 14 mai 1829. — 1830, Robert et Severini, directeurs privilégiés. — 1831, chanteurs allemands. — 1838, incendie du théâtre, le 14 janvier; le 30, ouverture à la salle Ventadour, directeurs Robert et M. Viardot (Louis).

— 2 octobre, ouverture à 1 Odéon ; directeur M. Viardot. — 1839, 1er octobre, M. Dormoy, directeur. — 1841, 2 octobre, ouverture à Ventadour, domicile actuel de l'Opéra- Italien. — Entrepreneurs divers qui l'ont régi depuis lors jusqu'à ce jour.

On rétablit les Italiens au théâtre Louvois, qui devient une annexe de l'Académie royale de Musique. Les deux compagnies sont régies par la même administration. Il fallait du temps, il est vrai, pour réorganiser l'armée à moitié licenciée par Mm* Catalani, mais on en prit beaucoup trop. Les nouveaux chanteurs ne débutèrent que le 20 mars 1819, après onze mois de clôture. I Fuorusciti di Firenze, de Paër, commencent l'ère nouvelle de nos Italiens. Merveilleusement secondé par Mme Mainvielle-Fodor et ses dignes compagnons Barilli, de Begnis, Graziani, Pellegrini, Garcia, Bordogni, Rossini triomphe de la manière la plus éclatante. Il Barbiere di Siviglia le place au rang suprême des compositeurs ultramonlains.

Paër est directeur de la musique.

Retour à la salle Favart, ouverte le 12 novembre 1825, par une représentation de Tancredi.

1827, M. Laurent obtient le privilège du Théâtre-Italien, et l'exploite à ses risques et périls. Ce directeur amène des comédiens anglais, qui débutent le 15 octobre. Tragédies et comédies anglaises, opéras italiens, représentations alternatives. Subvention de 80,000 francs, et la salle Favart, acquise par le gouvernement, prêtée sans rétribution.

1829, une société de chanteurs allemands, sous la direction de M. Rœckel, commence ses exercices dramatiques, le li mai, par der Freyschûtz. Les Anglais lui succèdent le 23 juillet.

1830, Robert et Severini, directeurs privilégiés. Le ministère les autorise à suspendre les représentations du Théâtre-Italien, depuis le 1er avril jusqu'au 1er octobre. La subvention est réduite à 70,000 francs. La compagnie chantante se rend à Londres pendant l'été. Cet usage se perpétue.

Rossini, véritable directeur du théâtre, et directeur de la musique, abandonne cette dernière charge à Tadolini.

Chanteurs allemands, du 15 avril au 30 juin.

Comédiens italiens non chantants, du 16 juillet au 28 août.

Les représentations de l'Opéra-Italien continuent jusqu'au 15 avril en 1830, et jusqu'au 30 avril en 1831. Pour les années suivantes, elles cessent le 1er avril.

1831, chanteurs allemands, du 8 mai au 10 juillet.

1837, Rossini part pour l'Italie, heureuse inspiration! Logeant au septième étage du théâtre, bien au-dessus des frises, ce maître aurait été réduit en cendres.

Tadolini directeur de la musique.

1838, pendant la nuit du 13 au 14 janvier, après une représentation de Don Giovanni, la salle Favart est consumée par un incendie. Severini périt en celte catastrophe.

30 janvier, ouverture de la salle Ventadour par i Puritani. Directeurs, Robert et M. Viardot (Louis). 2 octobre, ouverture à l'Odéon par Otello. Directeur, M. Viardot. 1839, 1" octobre, M. Dormoy, directeur.

L'OPÈR A-ITALIEN. 373

18V1, 2 octobre, ouverture à Ventadour par Semiràmide.

M. Dorrnoy dépense 300,000 fr. pour la restauration de la salle, dont il paie le loyer 70,000 fr.

La subvention de 70,000 fr. étant supprimée, la dépense du Théâtre-Italien est augmentée de 1V0.000 fr. par an.

18i2, Opéra-Allemand, du 23 avril au 12 mai ; direction de Schumann.

18i3, 1er octobre, Vatel, directeur.

18U, tragédie et comédie anglaises, du 16 décembre au 17 janvier 1845.

18i7, comédiens espagnols, du 15 avril au 22 mai suivant.

18i8, 1er avril, M. Henri Dupin, directeur.

Le samedi 25 novembre, clôture du théâtre, après une représentation de Maria di Rohan.

18i8, 1er décembre, M. Ronconi, directeur.

1850, ltr avril, à 1852, 31 mars, M. Lumley directeur.

1852 à 1853, M. Corti, directeur.

1853 à 1855, M. Ragani, directeur.

1855 à 1856, M. Calzado, directeur.

1855, du 20 mai au 8 septembre, comédiens italiens et comédiens anglais; représentations alternatives. Admirable, sublime tragédienne, comédienne spirituelle et gracieuse, Mme Adélaide Ristori s'élève au rang suprême dans Mirra, Maria Stuarda, Pia de Tolomei, et d'autres pièces du répertoire italien.

un si BÉMOL.

Il Talismano, de Pacini, venait de réussir au grand théâtre de Milan. Rubini faisait son entrée dans cet opéra nouveau , par un récitatif accompagné, que le public accueillait avec enthousiasme. Le prodigieux ténor signalait son audace par un trait bien simple, mais d'un éclat sans pareil, d'une victorieuse puissance. Cette merveille que les Milanais voulaient entendre au moins deux fois chaque soir, était un si bémol attaqué de volée; tenu, lancé d'une voix formidable et d'un timbre délicieux; vibrant dans toutes les oreilles, il charmait tous

les cœurs. On courait aux représentations du Talismano, la foule se pressait dans la salle immense de la Scala pour saluer de ses applaudissements frénétiques le si bémol triomphant. A peine avait-il sonné, que l'auditoire s'écriait: Uri allra voila! Le grand chanteur avait déjà distribué quatorze si bémol à ses auditeurs, ils étaient accourus à la huitième représentation pour saisir au passage le quinzième et le seizième. L'orchestre venait d'exécuter le prélude annonçant IVntrée de Rubini, le virtuose attaque la phrase favorite, la note attendue avec impatience va tonner. Le héros lève les yeux au ciel, étend les bras, se campe sur ses jarrels, il ouvre la bouche et reste muet, muet comme une truite, cemme un hareng salé: l'instrument rebelle a refusé le si bémol tant désiré. Os habent, et non clamabunt in guf.ture suo. Rubini se trouvait dans la position de ces malheureux dont le psalmisle parle; il avait une bouche, mais elle s'ouvrait sans rompre le silence. Cet accident, cette catastrophe déplorable, imprévue, fit éclater des bravos sans fin. Le public voulut consoler Rubini de sa mésaventure, et sur-le-champ offrir à ce virtuose une revanche éclatante. Un' ultra tolla! s'écrie avec passion tout un peuple dilettante. Un' altra voltal répète ce public, assez affectueux pour demander une seconde fois, tandis que la première ne pouvait réellement pas être admise en compte. Rrulant de ressaisir sa note fugitive, de faire briller le diamant un instant obscurci, Rubini met en jeu toute la force musculaire de ses larges poumons, il lance le. si bémol, et cette fois la note magique fait retentir la salle avec un éclat jusqu'alors sans égal. Des applaudissements frénétiques répondent à ce cri de victoire; le public est ravi, mais le chanteur, préoccupé, ne goûtait nullement les douceurs d'un aussi beau triomphe. En déployant sa voix avec tant d'énergie, il a senti qu'il s'était blessé; quelque chose en lui s'est brisée, un craquement intérieur vient de lui donner cette cruelle certitude.

Il continue pourtant la scène commencée; il l'achève, sans éprouver aucune gêne dans ses exercices. L'exaltation de l'artiste charmait la douleur du blessé.

Rentré dans la coulisse, il fait appeler un médecin du théâtre.

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Le docteur examine-, à l'œil, au doigl, la partie offensée, et reconnaît que Rubini vient de se casser la clavicule. Cet os n'a pu résister à l'effort des poumons, le soufflet du chanteur s'est enflé si prodigieusement, il a pressé de telle sorte une des barrières qui le renfermaient, qie la charpente s'est brisée.

— Il me parait que l'on peut chanter avec la clavicule cassée? dit Rubini.

— Oui, sans doute, et vous en avez déjà fait l'épreuve, répond le médecin.

— Combien de temps faut-il pour rajuster une clavicule?

— Deux mois, pendant lesquels un repos complet est indispensable.

— Deux mois 1 et je n'ai chanté que sept fois encore. Je suis obligé de rompre mon engagement. Peut-on vivre commodément avec la clavicule cassée ?

— Très -bien, je vous assure, ayez soin de ne soulever aucun fardeau, vous n'éprouverez pas de suite désagréable de cet accident.

— Voilà ma réplique, je rentre en scène et reprend mes fonctions. »

Rubini les a continuées depuis lors, et personne, je pense, en 1831, ne s'est aperçu qu'il entendait, qu'il voyait chanter un blessé frappé glorieusement sur le champ de bataille.

Docteur en musique, je fus admis à toucher sa blessure, et je remarquai sur le coté gauche de la clavicule, une solution de continuité de trois ou quatre lignes entre les deux parties de l'os fracturé. Je contai l'aventure dans la Revue de Paris, et trois cents personnes allèrent chez Rubini, mettre le doigt sur la plaie et collation ner ainsi mon assertion.

Fabris (Luc), avait déjà lutté d'une manière très-brillante contre le célèbre Guadagni, lorsque le maître de Fabris, voulant que son élève remportât une victoire décisive, composa tout exprès un air de la difficulté la plus grande, que le jeune chanteur devait exécuter au théâtre San-Carlo de Naples. Fabris protesta qu'il ne pouvait le dire qu'au péril de sa vie; cédant à la volonté de fer de son maître, victime de son dévouement, il mourut en

scène d'une hémorragie pulmonaire. L'attaque d'une note suraiguë fît rompre une veine dans sa poitrine. Le ténor Labitte expira de la même manière sur le théâtre de Lyon , vers 1820.

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