‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 9 sur 69 · SUR LA COMÉDIE DES MACHINES · texte numérisé non relu

SUR LA COMÉDIE DES MACHINES

Quelle docte Circé, qu'elle nouvelle Armide, Fait paraître à nos yeux ces miracles divers, Et depuis quand les corps par le vague des airs Savent-ils s'élever d'un mouvement rapide?

Où l'on voyait l'azur de la campagne humide Naissent des fleurs sans nombre, et des ombrages verts, Des globes étoiles les palais sont ouverts, Et les gouffres profonds de l'empire liquide.

tyj THÉÂTRES LYRIQUES DE PARIS.

Dedans un même temps nous voyons mille lieux ; Des ports, des tours, des ponts, des jardins spacieux , Et dans un même lieu cent scènes différentes. Quels honneurs te sont dus, grand et divin prélat , Qui fais que désormais tant de faces changeantes Sont dessus le théâtre et non pas dans l'État.

Voitore.

sur les machines de la comédie italienne. Jules, nos curieux ne peuvent concevoir Les subits changements de la nouvelle scène. Sans efforts et sans temps, l'art qui la fait mouvoir D'un bois fait une ville et d'un mont une plaine.

Il change un antre obscur en un palais doré ; Où les poissons nageaient, il fait naître les roses! Quel siècle fabuleux, à jamais admiré!

En si peu de moments tant de métamorphoses !

Ces diverses beautés sont le charme des yeux. Elles ont puissamment touché nos demi-dieux, Et le peuple surpris s'en est fait idolâtre.

Mais si par tes conseils tu ramènes la paix ,

Et que cette déesse honore le théâtre,

Fais qu'il demeure ferme et ne change jamais.

Maynard.

Vous le voyez : sur la musique, pas un seul petit mot. Les machines, toujours les machines, rien que les machines. 0 machines !

Maynard est le premier rimeur de notre nation qui, dans les stances de six, observa de finir le sens au troisième ; aussi Malherbe l'estimait-il l'homme de France qui faisait le mieux les vers. Amateur de musique et jouant du luth, Racan observa cette règle en faveur des musiciens qui ne pouvaient conclure leur reprise aux stances de six vers, s'il n'y avait un repos au troisième.

Je ne vous dirai pas si les auteurs de ces deux sonnets furent libéralement traités par le cardinal entrepreneur de spectacles; mais il est certain que leur confrère Sarasin fut mis à la Bastille, parce que Mazarin le soupçonnait d'avoir fait de méchants vers

à, l'occasion de la comédie des Machines. — - On l'accu su il à tort , il ne les eût pas fait si mauvais, » dit un contemporain.

Le feuilleton ne jouissait point alors d'une liberté grande.

Marguerite Costa, cantatrice et poète, avait préparé pour Louis XIV une fête à cheval en forme de carrousel et de ballet. Le sujet de ce divertissement royal était un défi d'Apollon et de Mars. Après en avoir donné la description, le père Ménestrier dit : — L'exécution de ce dessein ayant paru trop difficile (1), on lui préféra YOrfeo qui fut représenté l'an 1647. On ne laissa pas de faire imprimer cette fête de la signora Costa avec ses autres poésies, dédiées au cardinal Mazarin. »

Le dimanche matin, 6 février 1661, le feu prit au théâtre du Louvre, dressé dans la galerie des Peintures, où l'on devait exécuter un ballet le 16. Cette galerie fut consumée, et l'on eut beaucoup de peine à sauver les chambres de la reine et du roi.

Dimanche, un feu prompt et mutin , Sur les neuf heures du matin , Se prit à la maison royale, Dans cette galerie ou salle , Où l'on prétendait, à peu près, Danser ballet dix jours après;

Et telle fut sa violence , Que malgré toute diligence , Pour détourner l'embrasement , Ce magnifique bâtiment Qu'on nomme salle des Peintures, Devint d'effroyables masures ; Et ce lieu charmant qui, jadis, Des yeux était le paradis , Parut lors un affreux image, Le feu poussait plus loin sa rage :

Mais, par grande dévotion , Dans cette désolation,

(1) On l'avait pourtant exécuté le 19 octobre 1582 ; cinq mois de répétitions avaient suffi pour dresser les chevaux qui dansèrent un ballet devant Henri II et sa cour.

Ou y porta la sainte hostie, Par qui fut la flamme amortie ; Le vent changeant en un moment, Cela sauva visiblement Les chambres du roi, de la reine, De cette incendie inhumaine.

Après cet effet merveilleux ,

Ou bien plutôt miraculeux ,

Le roi, Monsieur, les reines mêmes,

Avec des tendresses extrêmes

De reconnaissance et d'amour,

Et tous les princes de la cour,

Ducs, marquis, maréchaux de France,

Et prélats de haute importance ,

Conduisirent dévotement

L'adorable Saint-Sacrement,

Jusqu'au lieu de son tabernacle ,

Touché du précédent miracle ,

Auquel ils avaient grande foi ,

Sur tous les reines et le roi ,

Dont les âmes très éclairées ,

Et de vices bien épurées,

Savent discerner comme il faut

Les assistances du Très-Haut.

Outre un secours si manifeste De la protection céleste, Quantité de fort bonne gens Se montrèrent très diligents D'empêcher de tout leur possible , Les progrès de ce feu terrible.. ..

Loret, 12 février 1661.

La sainte hostie est portée en grande pompe au milieu d'une salle de spectacle, afin d'en amortir l'incendie; et nous verrons, on 1820, démolir la salle de l'Académie royale de Musique, par la seule raison que l'hostie sainte avait été portée en ce lieu profane, où gisait un prince mourant.

Voici le début d'une épître que La Fontaine adresse à de

Nyert (1), ancien valet de chambre de Louis XIII et compositeur de musique :

Nyert qui, pour charmer le plus juste des rois,

Inventas le bel art de conduire la voix ,

Et dont le goût sublime à la grande justesse

Ajouta l'agrément et la délicatesse;

Toi, qui sais mieux qu'aucun les succès que jadis

Les pièces de musique eurent dedans Paris,

Que dis-tu de l'ardeur dont la cour échauffée

Frondait en ce temps-là les grands concerts d'Orphée,

Les passages d'Atto, ceux de Leonora,

Et ce déchaînement qu'on a pour l'opéra?

De machines d'abord le surprenant spectacle Eblouit le bourgeois et fit crier miracle; Mais la seconde fois il ne s'y pressa plus ; Il aima mieux le Cid, Horace, Héraclius, Aussi de ces objets l'ame n'est point émue , Et même rarement ils contentent la vue. Quand j'entends le sifflet, je ne trouve jamais Le changement si prompt que je me le promets; Souvent au plus beau char le contre-poids résiste ; Un dieu pend à la corde et crie au machiniste ; Un reste de forêt demeure dans la mer, Ou la moitié du ciel au milieu de l'enfer.

Atto, Leonora, dont La Fontaine parle, étaient attachés à la musique de la chambre du roi. Leur style déjà fleuri, puisqu'ils exécutaient des passages, aurait pu servir de modèle à nos acteurs d'opéra. Cavalli s'était occupé longtemps de perfectionner l'art du chant. S'il n'est pas l'inventeur des vocalises, des roulades et de certains agréments employés alors, et dont l'usage s'est propagé jusqu'à ce jour, il est du moins le premier qui nous en ait laissé de nombreux exemples dans ses ouvrages. Atto, Leonora, Pierre de Niel lui-même, avaient sans doute pro-

(1) C'est de Met qu'il faut dire, voyez l'épitre adressée à ce musicien par d'Assoucy, 1648, les Lettres de Mmt de Sévigné, les Mémoires de MmK de Molteville.

lité clos innovations que cet habile maître nous apporta. Planche»,

Mllc de Sercamanan cadette, qui chanta le premier rôle dans la Pastorale en Musique, de Perrin et Cambert, en 1659 , exécutait galamment des passages et des roulades le mercredi saint, 22 avril 1656, dans l'église des Feuillants. Témoin ces versicules de Loret :

Et l'aimable Sercamanan , Qui pourrait chanter tout un an , Sans ennuyer nulles oreilles Par ses roulements et merveilles, Fit , ce jour , avouer à tous Que son chant parfaitement doux, Approchant de celui d'un ange , Mérite honneur, gloire et louange.

Les roulements que nous appelons aujourd'hui roulades, les passages improvisés par les chanteurs ou notés par l'auteur de la musique, étaient d'un usage général à tel point du temps de La Fontaine, que ce poète en parle même dans ses fables, cl prête ces ornements au gosier d'un restaurateur de la chaussure humaine :

Un savetier chantait du matin jusqu'au soir :

C'était merveille de le voir, Merveille de l'ouïr; il faisait des passages....

Vous voyez que tout le monde vocalisait alors, même les savetiers.

— Quand M. de Créqui fut à Rome en 1630, de Nyert (Niel), suivant de cet ambassadeur, prit ce que les Italiens avaient de bon dans leur manière de chanter; et, le mêlant avec ce que notre manière avait aussi de bon , il fit cette nouvelle méthode que Lambert pratique aujourd'hui (1658), et à laquelle peut-être a-t-il ajouté quelque chose. Avant eux on ne savait ce que c'était que de prononcer bien les paroles.»

De Niel régla son exécution sur le goût français , que les exemples donnés par les virtuoses de l'Italie avaient pu modifier

el non pas changer. Témoin cet autre passage deTallemant des Réaux :

— M"e Sandrier, revenant de Savoie à Paris, se mit à chanter des airs italiens; elle avait appris à Turin. Elle fit bien du bruit, mais cela ne dura guère ; plusieurs trouvent même qu'elle chante mal , car c'est tout à fait à la manière d'Italie. »

Vous voyez que nos anciens n'étaient pas du tout disposés à se réformer, civiliser musicalement.

Le ténor Atto, galant chevalier, dont les dames de la cour savaient apprécier les mérites, que Mazarin logeait en son palais, que la duchesse de Mazarin honorait de ses affections, devint ensuite un personnage politique. Le cardinal -ministre l'employa pour diverses négociations auprès de l'électrice de Bavière, tant la voix de ce ténor était persuasive quand il s'adressait à îles souveraines. Fouquet, surintendant des finances, le choisit pour son agent confidentiel à Rome. Atto figura pourtant parmi les virtuoses qui représentèrent le Serse de Cavalli ; toute la cour y dansait, le ténor diplomate pouvait s'y montrer sans déroger.

Serse fut donné pour la première fois , à Paris , le 22 novembre 1660. La deuxième représentation dura plus de huit heures ; il est probable que la première n'avait pas aussi lestement défilé. Loret nous parle de cette deuxième exhibition quand il dit :

Car moi, qui suis monsieur Loret , Fus sur un siège assez duret , Sans aliment et sans brevage Plus d'huit heures et davantage.

On se ravisa pourtant; à sa reprise, en 1662, Ercole amanti lut abrégé de telle sorte, que la représentation de cet opéra ne durait plus que six heures.

Voici la distribution de Serse.

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