‹ L'Opération d'Alexander (Raccourcissement des ligaments ronds)Chapitre 10 sur 39 · I. Pessaires · texte numérisé non relu

I. Pessaires

Le paragraphe suivant, emprunté au livre de M. le professeur

Pajot (Trav. d'Obstétrique et de Gynée., 1882) donne une idée exacte de la manière dont un grand nombre de gynécologistes considèrent aujourd’hui les pessaires. En transcrivant iei les propres paroles de l'illustre professeur, nous ne pouvons nous empêcher de rendre notre humble hommage à l'esprit synthétique et essentiellement didactique du maître vénéré.

« Tout a été dit, tout a été écrit, dit-il, sur les déviations

utérines, tout a été tenté contre elles au point de vue pathologique. Les méthodes de traitement ont eu, tour à tour, leurs jours de vogue. On à prétendu les guérir avec des pessaires, il y a quarante ans. Rien qu'à énumérer les gimblettes, les bilboquets, les huit de chiffres, les machines indiennes et les autres, on remplirait une bonne page de ces panacées disparues. | A

« Puis sont venus, plus récemment, les redresseurs. Admis aux honneurs académiques comme les précédents, attaqués, défendus tour à tour avec une certaine passion, ils ont rendu

droits, dit-on, certains utérus rebelles mais, ayant eu le malheur de tuer quelques femmes sous prétexte de redres-

sement, ils sont allés rejoindre les pessaires dans un néant dont ils n'auraient jamais dû sortir. |

€ Il nous en est resté l’hystéromètre, un instrument utile quelquefois et nuisible très souvent. »

Élève de Velpeau, le professeur Pajot enseigne le même

sd = prinéipe que son maître : « Les déviations utérnes ne tuenti « pas, mais on ne les guérit pas, »

On pourrait dire aujourd'hui en modifiant cette formule : « Les déviations utérines ne tuent pas, mais elles rendent « souvent misérable l'existence de nombre de femmes. »

Nous ne nous dissimulons pas qu'il y a une certaine exagération dans le paragraphe que nous venons de citer, mais il ne faut pas oublier que pour arriver à cet extrême, il faut avoir échoué bien des fois avec les moyens que l’on condamne.

En 1854, dans un rapport à l’Académie de médecine, Depaul s’est élevé énergiquement contre l'emploi des pessaires intra-utérins.

Leake (1), Annan (2), Dieffenbach (3), Hamilton (4) et plusieurs autres auteurs du milieu de notre siècle ont fait ressortir les inconvénients et l’inefficacité des pessaires.

Quoiqu’on invente tous les jours de nouveaux pessaires, les gynécologistes modernes n’en sont pas plus partisans que leurs prédécesseurs.

Mathews Duncan (5) dit que « les pessaires sont toujours « des foyers malpropres, qui maintiennent l'attention des

« femmes constamment fixée sur la partie malade ; ils se dépla- « cent facilement et s’il faut les employer pendant longtemps,

« il faut les renouveler bien souvent. Ils constituent toujours «une addition inutile au contenu de la cavité pelvienne et s'ils « ont quelque action sur l’utérus dévié, c’est en produisant « une compression plus forte sur les parties voisines que celle

(x) Diseases of Women, p. 156.

(2) The Asnerican Journ. of med., 1856,

(3) Berlin. medizinisch. Zeilung.

(4) Practical Observations.

(5) Clinical Lectures, 1883. (Churchill, London).

— 28 — # « que produirait la déviation utérine elle-même. De plus, les «pessaires ne mantiennent jamais l'utérus à sa place normale, « ils ne font que changer une mauvaise position en une autre « mauvaise ».

Gaillard Thomas, de New-York, qui a pour son compte | inventé quelques pessaires, disait cependant devant la Société 1 gynécologique de New-York : « Je ne saurais répondre caté- de « goriquement à qui me demanderait si les pessaires font plus « souvent du bien que du mal. »

Nous allons transcrire ici le résumé des observations que Hamilton a faites contre les pessaires, l'avis de cet auteur résumant complètement notre manière de penser à cetégard (1):

« 1° Les pessaires ne peuvent agir que comme palhatifs, « quel que soit le degré de la maladie ;

« 2° Ils déterminent de l'irritation dans le vagin, et aug- « mentent l'écoulement vaginal ;

« 3° À moins d’être parfaitement placés, ils exercent sur les « organes pelviens une compression nuisible ;

« 4° S'ils ne sont pas très souvent retirés et nettoyés, ils « s’encroûtent de matières calcaires, et deviennent une cause « d’irritation ;

« 9° Ils condamnent pour la vie la malade aux soins des « médecins ;

«€ 6° Enfin de temps en temps on rencontre des cas où, par « suite de la déchirure du périnée, les pessaires sont entière- « ment inapplicables. »

Ajoutons à cela que les pessaires sont très répugnants, et cela à un tel point que certaines dames les refusent absolument.

(x) Churchill. Malad. des femmes, trad. Leblond.

EP de

Les pessaires produisent souvent de la cystite du col (Churchill) de la constipation opiniâtre (Courty) et dans plusieurs cas on les a vus produire des eschares des culs-de-sac vaginaux, eschares qui peuvent avoir les conséquences les plus sérieuses.

Les inconvénients que nous venons de signaler se trouvent plus-ou moins réunis dans toutes les variétés de pessaires qu'on à imaginées jusqu'à présent et l’on peut affirmer que le moins dangereux de ces instruments est aussi le moins efficace.

IT. Topiques et moyens médicaux.

L'emploi des sachets ou des éponges trempés dans des substances astringentes ou autres étant tombé en désuétude, nous n'en diseuterons pas l'efficacité problématique. — Quant aux traitements médicaux, ils soulagent parfois les souffrances des malades en modifiant la condition de l'utérus, mais ils ne peuvent avoir aucune influence sur la position de cet organe.

IIT. Moyens chirurgicaux.

On a proposé contre la rétroversion de l'utérus l’accolement du col aux parois vaginales par la cautérisation ou par la suture. Mais les chances de succès de cette opération ne sont que très minimes et les dangers que l’on fait courir à la malade ne sont un mystère pour personne. Pour rétablir la continuité de la cavité utérine dans les cas de rétroflexion complète, Sims a proposé une opération qui présente quelque analogie avec l’uréthrotomie interne. Cette opération consiste à aller couper le sommet de l'angle de flexion qui produit l'obstruc-

use tion, Si la liste de tous les cas mortels consécutifs à l’incision de la paroi postérieure du col avait été publiée, elle serait véritablement effrayante (1).

Quant au prolapsus, les procédés opératoires sont nombreux, quoique tous soient basés sur le même principe : renforcement de la résistance périnéale par la périnéorrhaphie, l'élytrorrhaphie, l’épisiorrhaphie et la colporrhaphie, combinées de différentes façons suivant les indications de chaque cas particulier.

Comme nous l'avons déjà dit, ces opérations ne nous permettent pas de promettre aux malades un résultat permanent. C'est surtout chez les femmes âgées qui ont passé l’époque de la ménopause que ces procédés réussissent le plus souvent.

Il nous semble inutile d’insister plus longuement sur l'inefficacité de ces traitements, d'autant plus qu’elle n’est mise en doute par personne. Les gynécologistes de tous les temps se sont préoccupés de cette lacune, sans arriver cependant à la combler, avec les modifications sans nombre qu'on a tour à tour proposées au même système de contention.

C'est cette insuffisance indéniable de nos moyens de traitement des déviations et des déplacements de la matrice que l’on veut faire disparaître en proposant le raccourcissement des ligaments ronds comme une méthode applicable à tous les cas dans lesquels peut se présenter l'indication bien nette de réduire.et de maintenir réduite une déviation ou un déplacement de l'utérus.

Cette méthode,connue aujourd’hui sous le nom d’ «opération d'Alexander », sera l’objet de la seconde partie de ce travail,

(1) Voy. G. Thomas, Malad, des femmes, trad. Lutaud, 1859.

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