Communication orale
3. P. Broca, Bull, de la Soc. d'Anlhrop., Paris, II0 série, t. IX p. 346.
« Les opérateurs allaient donc droit au but en pratiquant une ouverture à la Lôte pour donner issue à l’esprit emprisonné dans le corps. »
Les maladies convulsives inspirent toujours la crainte, l’étonnement, prennent un caractère sacré qu’elles donnent à ceux qui en sont affligés. De là la sainteté de la trépanation et peut-être la coutume de la perforation du crâne pour une initiation religieuse. Cette hypothèse de P. Broca est très séduisante, ainsi que le rapprochement qui en a éLé fait avec la tonsure actuelle des prêtres : celle-ci pourrait être un reste, bien dénaturé, d’une coutume primitive, un adoucissement de l’initiation par le trépan ’.
Mais quel est l'âge où les convulsions sont les plus fréquentes, si ce n’est l’enfance? Il n’estdonc pas étonnant que les trépanations faites pendant la vie aient été pratiquées surtout sur des crânes d’enfant.
P. Broca a pu constater que les affections convulsives de l’enfance existaient bien à l’époque néolithique. On sait en effet que ces affections, lorsqu’elles présentent une durée assez longue et une gravité particulière, laissent sur les dents permanentes en voie de développement, une empreinte que le temps n’efface pas. Le trouble passager de la formation de l’émail s’y manifeste sous la forme d’un sillon transversal ou d’une série de trous disposés en ligne horizontale. Ce
l. Toutefois, d’après les recherches qui nous ont été communiquées, la tonsure n’aurait pas cette origine préhistorique (F. Terrier).
TRÉPANATIONS POSTHUMES 15
sonL surtout les incisives et les canines qui sont affectées.
Or, sur deux cents canines et incisives que P. Broca a examinées avec Magitot, la lésion caractéristique des convulsions de l’enfance existait deux fois.
D’après P. Broca, « les crânes des individus qui survivaient à cette trépanation étaient considérés comme jouissant de propriétés particulières, de l’ordre mystique, et lorsque ces individus venaient à mourir, on taillait souvent dans leurs parois crâniennes des rondelles ou fragments, qui servaient d’amulettes et que l’on prenait de préférence sur les bords mêmes de l’ouverture cicatrisée 1 ».
Cette hypothèse, très acceptable, nous donne l’explication des vastes pertes de substance trouvées sur les crânes de l’âge de pierre et dont nous avons déjà fait mention.
Ce sont là des trépanations faites après la mort, mais avant l’inhumation, ce sont des trépanations dites posthumes .
/3. — Trépanations posthumes.
En effet, sur ces pertes de substance, il n’y a plus cet état lisse particulier des bords des ouvertures que nous avons signalé dans les trépanations chirurgicales. Les bords sont, au contraire, anfractueux (fig. S et 7) ; les porosités diploïques sont béantes. .
1. P. Broca, Sur la trépanation du crâne et les amulettes crâniennes à l'époque néolithique, Paris, 1877, p. 9.
Les os portent sur leur surface des stries, des rainures imprimées par l’instrument de l’opérateur (fig. 13).
Amulettes. — « Le premier exemplaire d’amulette découvert fut figuré en 1867 par Ernest Chantre, qui l’avait remarqué au musée de Grenoble. Mais il le présenta comme une sorte de
Fig. 13. — Amulette à bord falciforme provenant du dolmen de la Calline (Lozère). D’après M. Prunières.
La partie la plus claire du bord concave est taillée en un biseau mince, falciforme et cicatrisèo. Le reste do la circonférence do l'amulette a été taillé par sections posthumes.
cuillère. C’est la rondelle la plus grande connue *. »
Mais c’est à Prunières que revient l’honneur de la découverte d'un certain nombre de rondelles ou amulettes , et d'avoir bien observé que ces rondelles existaient dans certains crânes pri-
I. E. Cartailhac, La France préhistorique, etc., Paris, 1889, p. 284.
TRÉPANATIONS POSTHUMES
miliveraent trépanés; enfin c’est a P. Broca que revient le mérite d en avoir donné une explication raisonnable.
Ces amulettes taillées après la mort, ainsi que l’a expliqué P. Broca, dans le crâne des individus qui avaient survécu à la trépanation chirurgicale, et qui, par cela même, étaient considérés en quelque sorte comme ayanl un caractère de sainteté, étaient sans doute des talismans, des
Fig. 14. — Amulette crânionne, dite la rondelle de Lyon détachée du pariétal (M. Prunièrcs).
porte-bonheur dans les familles : on devait les suspendre autour du cou ou des bras, elles devaient se transmettre en héritage comme des reliques.
En fait, dans l’imagination naïve de nos ancêtres, elles devaient préserver des atteintes des génies malfaisants chacun des membres de la tribu. Comme le dit J. de Baye1 : « elles avaient sans doute un caractère sacré, elles qui avaient été en contact avec les esprits dont le sujet opéré avait subi la terrible influence ».
I. J. de Baye, La trépanation préhistorique , extrait de l’Archéologie préhistorique, Paris, 1876, p. 24.
On enlevait la plus grande partie des bords de l’ouverture chirurgicale, en en rcspectanl environ le quart; puis on plaçait dans l’intérieur des crânes trépanés une amulette taillée aux
dépens d’un autre crâne* Telles sont les amulettes
mère. Ce rite funéraire implique nécessairement la croyance à une autre vie. L’amulette intracrânienne n’était-elle qu’un simulacre destiné à représenter sur un crâne mutilé la partie dont on l’avait privé? Elle signifiait, je pense, quelque chose de plus. Le fait qu’elle était empruntée de préférence à un crâne sanctifié par une an-
« Après avoir pratiqué des mutilations posthumes sur les crânes auxquels une ancienne trépanation avait donné des propriétés particulières, on ne croyait pas pouvoir les abandonner danscetétat, eton leur rendait, avant de les inhumer, une amulette qu’on enfonçait dans le cerveau ou qu'on glissait au moins sous la dure-
Mais quelle est l’explication plausible de cette coutume? C’est encore P.
Broca qui nous la donne :
découvertes par Prunières (fig. 14) et par J. de Baye (fig. 15).
Fig. 15. — Amulette crânienne (J. do Baye).
TRÉPANATIONS POSTHUMES
cienne trépanation, permet de croire qu’on la considérait comme un viatique capable de porter bonheur au mort dans un nouveau séjour; mais quand même cette dernière interprétation ne serait pas admise, on n’en serait pas moins obligé de reconnaître que les peuples de l’époque de la pierre polie croyaient à une autre vie *. »
Si nous examinons ces amulettes nous voyons
Fig. 16 Fig. 17
Fig. 16. — Amulettes crânionncs (coll. J. do Baye).
Fig. 17. — Amulette à encoche do suspension, provenant du dolmen dit la Gave dos Fées (Lozère) (M. Prunières).
qu elles ont des contours régularisés, arrondis et polis et qu’elles ont dû être longtemps portées, car leur surface a subi l’action d'un frottement prolongé (fîg. 16). Le tissu osseux qui les constitue est tellement solide qu’il est évident que la trépanation a été opérée sur des parties saines.
Le qui paraît démontrer que les hommes des cavernes devaient porter sur eux ces amulettes, c’est que les unes présentent des encoches unies par unegouttière superficielle et paraissant desti-
i. P. Broca, Bull. île la Soc. d'Anthrop., P&ris, 187G 11° série t. IX, p. 534.
nées àrece voir un lien de suspension (fig. 1 7 e 1 1 8 ) . Les autres sont percées d’un ou de deux trous
(fig. 16 et 19) et sont façonnées de façon à être suspendues au cou.
« Leur forme se rapproche singulièrement de celle des boutons blancs en os de fabrication commune '. »
« On retrouve des restes de cette coutume dans des temps
préparée pour la suspension (coll. , . . ,
pruniôros). bien postérieurs a
l’époque néolithique.
« Il y a dans la collection Morel, à Châlonssur-Marne, un torques gaulois auquel est suspendue une rondelle osseuse, plate, ronde, polie sur ses deux faces, semblable à nos jetons, percée d’un trou central.
Cette pièce a été tail-
Fig.19. — Amulettes crâniennes percées UQ ^,.Ann
do deux trous (J. de Baye). UdllS Un Cl dite
humain 1 2. »
J. de Baye possède deux fragments crâniens qui