TRÉPANATION CHEZ LES ARABES
rempli de détails intéressants sur ce sujet; il en est de même de celui plus récent de A. Védrènes, publié dans la Revue de chirurgie' en
Ces détails méritent de nous arrêter : en ell'et, d’après ces auteurs, ce sont des opérateurs spéciaux, nommés thébibs, qui pratiquent le trépan.
Beaucoup de Kabyles, souvent les opérateurs eux-mêmes, ont été opérés plusieurs fois ; ils considèrent la trépanation céphalique comme n’offrant pas de dangers, aussi s’y soumettent-ils de sang-froid et à tous les âges.
Des abus même se sont produits : c’est ainsi que des blessés ont simulé des fractures du crâne et n’ont pas craint de se faire trépaner pour recevoir une forte indemnité des adversaires avec lesquels iis avaient eu des discussions suivies de coups.
D’après A. Védrènes, il existe deux écoles de trépanation, l’une située à Teberdéjà et l’autre à Chebla : les thébibs des autres régions s’y rendent pour s’instruire dans cette spécialité. Les femmes des thébibs ont même aussi leur emploi médical ; l’une d’elles accompagne souvent le mari et reste auprès du patient jusqu’à guérison complète, pour assurer le pansement méthodique de la plaie.
Les instruments servant à pratiquer la trépanation sont grossiers; mais les thébibs de l’Aurès savent s’en servir avec habileté et patience.
1. A. Védrènes, De la trépanation du crâne chez les indignes de l'Aurès (Algérie, province de Constautine) (Revue de Chirurgie , Paris, 1885, t. V, pp. 817-83.8, 907-928, 974-996)
Terrier et Péraire. — Trépan.
Bien que nous en ayons figuré quelques-uns empruntés au mémoire d’Amédée Paris, il est bon de les énumérer tous d’une façon complète; la simple vue du dessin en indique la forme et l’usage; il nous paraît donc inutile d’entrer à leur sujet dans de longues descriptions. Ce sont (tig. 39 et 40) :
N° 1. Un couteau à lame convexe ;
N° 2. Une spatule à crochet faite d’un manche de cuiller;
N°3. Une pince en huit de chiffre attachée avec une lanière de cuir;
N°4. Un stylet à crochet, pouvant servir de cautère actuel;
N° 5. Un rasoir;
N° 6. Une rugine à crochet;
Nus 7, 8. Une tige ou stylet à crochet tronqué, portant une touffe de laine à l’autre extrémité pour étancher le sang;
N° 9. Un crochet double;
N03 10, 11, 12. Trois scies droites à dents larges;
IN0 13. Une petite scie droite à dents demi-fines;
N03 14, 13. Deux petites scies droites à dents fines (cl Menchar );
Nos 16, 17, 18, 19. Quatre tarières (Brima) à manches mobiles;
J\To5 20, 21. Deux rugines ;
N° 22. Un crochet double ou écarteur.
La tarière est l’instrument préféré par l’opérateur.
Ainsi que nous l’avons déjà fait observer, il est probable que la trépanation chez les Kabyles
MANUEL OPÉRATOIRE DES TIIÉB1BS 39
de l’Aurès remonte aux temps néolithiques. En y réfléchissant, on se défend difficilement de l'idée que la tarière (brima), instrument simple et d’un effet si sûr et si régulier, n’appartienne pas à un type de l’âge de pierre.
Dans un même ordre d’idées, on peut admettre que la scie droite en métal n’est que l’imitation de la scie en silex ou d’un fragment de silex aminci, aplati et ébréché, formant scie, à l’aide duquel devaient se pratiquer les trépanations posthumes à l’époque néolithique.
Manuel opératoire des thébibs. — L’ouverture du crâne se fait à l’aide de la tarière ou de la petite scie droite ; elle peut être primitive ou secondaire, complète ou incomplète, en un seul temps ou en deux temps.
Au point de vue de la médecine opératoire, il est important de signaler ce fait, c’est que les thébibs cherchent à éviter les sutures.
a. Opération en un seul temps. — Le thébib incise le cuir chevelu jusqu’à l’os avec le couteau ( Boussadi ) ou le rasoir [Mouss) par une section carrée ou circulaire et emporte tout le lambeau de peau comme à l’emporte-pièce.
Puis, au moyen de la tarière et de la scie, il trace quatre traits qui se coupent à angle droit.
« La voie une fois tracée, il continue à creuser le sillon avec la scie à dents fines et rapprochées. Dès qu’il se croit arrivé près du cerveau, ce qu’il reconnaît en explorant avec le stylet ou un clou, et à la teinte bleuâtre de la rainure, il termine en grattant avec le bout du stylet ou du
Ni 22
Fig. 39. - Instruments servant à pratiquer la trépanation du crâne chez les indigènes do 1 Aurès vAlgûiic).
clou la mince lamelle osseuse persistante, et enlève, à l’aide de l’élévateur et de la pince, le. fragment d’os carré, ainsi libéré de ioute connexion avec les os du voisinage. L’excision de la peau est quelquefois remplacée par sa destruction au fer rouge1. »
Comme pansement il applique d’ordinaire un topique composé de safran, de poudre d’écorce de grenadier, de beurre, de goudron, de pétillait et de miel. Par-dessus il met un morceau de burnous graissé et percé de trous. Le tout est
maintenu à l’aide de liens placés autour de la tète ou par une petite plaque circulaire en bois, en plomb ou en bronze, de 5 centimètres de diamètre, percée de Irous, qui est elle-même fixée à la tête par des liens.
Les autres pièces de pansement consistent en une petite compresse de colon enduite de goudron liquide et un morceau de burnous de laine.
Les figures 41 et 42, empruntées au travail de A. Védrènes, représentent, pour le même usage, un petit disque en fer-blanc percé de deux mortaises, et une petite plaque en plomb enfilée d’une lanière en poil de chameau.
)3. Opéra lion en deux temps. — On excise tout d’abord le lambeau carré ou polygonal de cuir