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CHAPITRE III

...Quand ils revinrent, le Capitaine Danel, avec une joie qu'il était incapable de dissimuler, dit :

— Navire fichu. Double voie d'eau à l'arrière et à la tranchée.

Le Second, le poing serré, regarda Cunold.

Le Commandant parut n'avoir rien entendu. Les mains dans les poches et le crâne lourd, il regardait le pont en tre ses jambes.

— Messieurs, reprit le Capitaine Danel, si le vent avait pu vous renflouer, je vous aurais sortis de la passe avec mon remorqueur et je vous aurais souhaité bon voyage! Mais vous voilà positivement à la côte : il ne me reste plus qu'à vous offrir l'hospitalité de José d'Aréna...

Une île plate et blanche, extraordinairement mince... triste : un banc de craie, sur lequel n'apparaissait qu'une

maison, scintillait au ras de la mer.

Et comme ils se taisaient, comme personne ne songeait même à le remercier, il reprit :

— Un Allemand mouillera ici dans une vingtaine... A moins, ajouta-t-il en riant, que comme vous il ne donne du nez dans nos récifs !..,

Il parlait avec une sorte de joie impatiente et déjà de son sifflet en métal, il signifiait à son remorqueur qu'il eût à s'approcher. Alors tout le monde remua, on l'entoura.

— L'équipage d'abord ! cria-t-il.

Petits, tassés, se dévisageant avec des

rires figés, la plupart voûtés sous le sac, plusieurs portant les malades sur leur dos, les Chinois se présentèrent les premiers ; derrière eux, les Indiens s'interpellant et se chamaillant. La hâte de tous ces lascars était telle qu'on les eût dit amusés de déserter le navire, sans même savoir où ils allaient. Mais sou-

dain on les vit tous se masser, comme perclus de surprise et un brouhaha s'éleva...

Sacy cria de haut :

— Eh bien ! qu'est-ce qu'il y a encore, tas d'empotés ?

Toutes les mains désignèrent la surface des flots :

De grandes couronnes de lumière, d'un vert de gouffre, translucide, insondable, comme surnaturel, brûlaient sur le bleu opaque de la mer. Ce sont les ceintures de récifs qu'élèvent depuis des siècles, hors des bas-fonds, les Coraux qui ne trouvent qu'à la superficie des eaux tropicales la chaleur et l'éclairage du soleil, absolument indispensables à leurs travaux auréolaires.

Tout autour de YOphélia, tournoyaient de ces amples anneaux madrépores que l'éclat du jour fait transparaître sous l'eau. A mesure que le soleil darde, ces immenses méduses de

l'abîme rayonnent d'elles-mêmes et vivent avec une telle fixité que l'homme en est fasciné.

Ce que ces marins, qui venaient de naufrager, sans connaître la terre où ils échouaient, sans savoir si un cargo pourrait venir les y prendre, ce que tout l'équipage regardait, ce n'était pas le vaisseau où l'on avait vécu, ni la maison autour de laquelle on allait camper, c'était seulement ces grands filets de lumière vertigineuse tendus tout autour de l'île comme des pièges à navires.

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