CHAPITRE V
Il montra sa femme :
— Et nous nous sommes mariés !
Madame Danel, passant souvent la
main sur son front pour en chasser la migraine, les lèvres entr'ouvertes, regardait passionnément son mari. A entendre sa voix, elle se sentait toujours revivre ! Elle savait bien qu'il se dépensait à chaque minute pour lui rendre des forces. Et la reconnaissance dilatait les beaux yeux qu'elle fixait sur lui.
— Violette ! dit-elle, tu oublies le panka ?
Sacy se retourna.
Une jeune négresse se tenait debout contre le mur. De timidité elle baissa les yeux. Et l'on vit aussi que, sous la robe d'indienne rouge, ses deux pieds nus se rapprochaient. Elle n'était pas grande et tout ce que l'on distinguait d'elle apparaissait rond : les boules de cheveux pareilles à des fruits d'ébène en grappe autour de sa tête, son visage
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joufflu et sa poitrine pleine comme ses épaules.
Sacy se montra joyeux comme s'il n'avait jamais encore vu de si près une négresse :
— D'Afrique ou de Madagascar ?
Madame Danel sourit, heureuse qu'on
eût remarqué Violette et répondit avec malice :
— Demandez-le lui, à elle-même.
— De quel pays êtes-vous originaire, mignonne? reprit Sacy, d'une voix qui, pour plaire à Madame Danel, se faisait caressante.
La jeune fille cessa de tirer sur la corde du panka ; et, après une légère révérence, comme si elle répondait au catéchisme :
— Je suis Chainte-Marienne, Mechieu.
— Sainte-Marienne ?
— Chainte-Marie, récita-t-elle, est une île voisine de Madagascar, qui appar-