CHAPITRE V
tient auchi à la France.
— Oh ! s'écria M. Sacy comme s'il allait, d'étonnement, bondir de sa chaise. Voyez-vous cela !... Elle parle français aussi bien que moi. Saperlipopette ! je crois même qu'elle a moins d'accent ! » Et s'appliquant à choisir ses mots : « Mademoiselle Violette, j'ai l'honneur de vous faire tous mes compliments. »
Violette se tourna vers sa maîtresse avec inquiétude. Sa maîtresse souriait.
Elle regarda Sacy et lui sourit. Elle le considéra fixement pour deviner quelles questions il lui poserait encore. Puis, déconcertée de ce que M. Sacy gardait le silence, elle se mit soudain à tirer le panka, guettant le blanc aimable avec des yeux où la curiosité brillait comme du zèle.
On entendit un grognement :
— Quel âge ?
Toujours sans lever la tête, comme
s'il voyait et entendait d'en dessous tout ce qui était autour de lui, le Commandant Cunold, enfin ! venait de parler.
— Seize ans! jeta le capitaine Danel.
Alors, saisissant l'occasion de causer
avec cet hôte obsédé que le malheur accablait dans sa maison, Madame Danel expliqua :
— Mon mari, Commandant, passe souvent toute la journée dans l'île, tant il a d'occupations : quand je- suis au lit, Violette est ma garde-malade. Lorsque je puis sortir, elle est ma demoiselle de compagnie. Je lui ai appris à lire et c'est elle qui me lit les romans dans la Revue des Deux Mondes. Et Mademoiselle voudrait tellement comprendre tout ce qu'elle lit, que je l'ai souvent surprise à répéter seule, le soir, ce qu'elle m'avait lu dans la journée...
Sa voix pâle prêtait à ce qu'elle disait le mvstère d'une confidence.
Mais le Gorille, comme si la conver-