‹ L'OphéliaChapitre 18 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des cabanons, dont les parois portent peints — goudron sur blanc — les gros chiffres 1, 2, 3, 4, 5, 6, se suivent à vingt mètres du rivage. Pour qu'ils servent de points de repère au remorqueur quand il revient de la côte de Mozambique ou de Madagascar, des noirs, en sifflant, sont en train de peindre au vermillon la tôle de leur toiture. Bleus, pantalons et vareuses sèchent au soleil sur des ancres. On passe devant le four-àchaux qui, sur place, a extrait du corail ce avec quoi fut maçonné tout ce qui s'élève sur José d'Aréna. Et l'on arrive devant les fosses à guano.

D'abord vous frappe l'aspect marc de café de ce fumier qu'on tire d'une île de sable blanc. C'est une couleur triste, vieille, de terre pourrie dont la fade senteur a quelque chose de cadavérique.

Nus jusqu'à la ceinture, douze Malgaches fouillent avec la pioche. Ils paraissent extraordinairement maigres, chair

flétrie, yeux boucanés. Leurs femmes, assises en des embarcations marquées toutes de noms de navires, passent le guano à travers des tamis qu'elles agitent comme des vans. Dans le silence du matin le travail humain fait un double bruit : celui de la pioche qui creuse, celui du tamis qui filtre, et cela, dans le silence de la mer, se répond comme le flux et le reflux.

— Et vous avez de cette poudre à toilette ? demanda Sacy.

— De mon île ont déjà été exportées plus de 25.000 tonnes de guano. Les experts qui sont venus ont estimé notre gisement de guano marchand à 100.000 tonnes; depuis, j'ai découvert d'autres gisements considérables, et en outre, de grands gisements de roches phosphatiques que j'estime à 200.000 tonnes.

— Quoi ! des filons et des filons de dollars ! calcula l'Américain.

— Avouez, reprit en riant le Capital-

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