‹ L'OphéliaChapitre 2 sur 59 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'équipage l'appelait : le Gorille. Son nom était Cunold.

A 6 heures, un des boys Goanais qui servaient à table monta sur la dunette et, les yeux aux pieds, lui présenta sur un plateau d'argent whisky and soda.

Le soleil en rougeoyant s'étouffait dans une vapeur acre et blanchâtre qui semblait la transpiration de la mer.

Toute l'étendue du canal était grise comme de l'eau qui bout et les deux hélices y haletaient.

A 7 heures : Cocktail.

Avant de boire, le Commandant serrait le seau glacé sur son thorax velu. De sa poitrine jusqu'à son ventre descendait une grande croix de poil comme les ânes en ont sur le dos.

A 8 heures : Grog.

A 9 heures : Whisky.

A 10 heures : Rhum.

À 10 heures et demie, au-dessus du désert trouble des eaux, la pleine lune se levait, tiède...

Sa cabine fermée, pour que le Commandant ne l'entendît pas, le Capitaine Sacy, second de YOphélia, jouait de la flûte.

A cheval sur une chaise retournée, il était assis devant une grande photographie de femme au-dessus de laquelle se rejoignaient deux riches plumes d'autruche. De chaque côté deux photographies, plus petites, d'enfants aux têtes bouclées. Pour cet homme, dans cette cabine close, les yeux levés vers ces images, jouer de la flûte, — c'était une façon magique de s'entretenir de loin avec ces êtres. Par moments, il s'inclinait un peu : un miroir vissé à la cloison reflétait son visage et, comme si la

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