CHAPITRE VIII
a-t-il encore ? — Capitaine, un homme qui descendait en courant dans la cale est tombé daus la soute à charbon : une jambe cassée ! » Je demande : « Pourquoi donc courait-il ? » On fait des micmacs pour me répondre. Je me fâche :
alors l'un déclare : « Parce que le Diable était après lui !... »
« J'ai entendu beaucoup de Capitaines le dire : il n'y a plus rien à attendre d'un navire que l'équipage croit hanté... Je ne suis pas superstitieux comme ces fous d'Indiens, mais je dois vous assurer que cela se passait juste la veille de notre naufrage... »
Sitôt le Second parti, le capitaine Danel jeta sa cigarette par la fenêtre, prit sa femme par la taille et tous deux s'assirent dans un de ces grands fauteuils de l'Inde, comme il en est sous toute varangue créole.
Ils ne parlaient pas. Madame Danel avait posé la tète sur la poitrine de son mari. Rieil que d'entendre battre, à coups profonds, ce cœur fort, elle se sentait plus heureuse. Il lui semblait, dans sa détresse exténuée, que ces battements la berçaient. Et elle aimait ce vieux fauteuil, qui était celui de leurs fiançailles au pays, au creux duquel, enlaçant leurs mains, ils s'assevaient Fur contre l'autre, sous la petite varangue noire qu'étoilaient des orchidées de la forêt.
Par les fenêtres ouvertes, presque coup sur coup, des éclairs violets, bondissant de cimes en cimes, découvraient au fond de la nuit des nuages énormes et qui apparaissaient rouges comme au coucher du soleil. Cette chaîne ininterrompue d'éclairs, réguliers autant que les feux d'un phare, dans le canal de Mozambique, marque le silence par les soirs suffocants.