‹ L'OphéliaChapitre 24 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Ange ?

« Donne-moi ta figure ! »

Elle semblait n'avoir point entendu; il lui prit le visage et l'observa :

Sur ce visage qui, naguère, à vingt ans, rayonnait, le sang n'affleurait plus. Si, dans la santé, c'est le sang qui prête à la chair ses joyeuses couleurs, il semble, dans la maladie, que c'est l'os dont transparaît l'imminente blancheur. Le front entre les bandeaux, le nez émacié, les joues caves et veinées de ces nuances jaunes qui sont les rides de l'insomnie, avaient la pâleur de l'ivoire. Pourtant les beaux grands yeux conservaient leur azur : longtemps fixes, comme en rêve, ils se dilataient puis ils battaient d'une façon précipitée, ainsi que des palpitations de l'âme.

— Laisse, mon chéri..,

Le capitaine Danel, sans parler, scrutait ses yeux... Depuis le jour, où, en san-

glotant contre lui, la tête dans ses mains, elle avait avoué que, pour ne pas être effrayée de se voir mourir, elle n'osait plus se regarder dans la glace, il la forçait de se regarder, chaque soir, en lui Devant l'amour de l'homme qui, comme aux premiers jours, souriait à son visage, la femme peu à peu se reprenait à espérer.

— Vas-tu jouer quelque chose, ce soir ?

D'ordinaire il obtenait qu'elle se mît au piano : elle y réveillait les valses de ces petits bals où, éblouis l'un de l'autre, fondus dans une étreinte tournoyante, ils dansaient ensemble toute la nuit... ; puis, par derrière, délicatement il l'enlevait du piano et, dans ses bras, la portait vers leur lit.

Elle murmura :

— Oh ! non, pas de musique !...

— Pourquoi ?

— Pas ce soir.

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