CHAPITRE VIII
— Dis-moi la raison !
De nouveau elle blottit sa tête contre sa poitrine.
— Chérie, tu ne m'as jamais rien caché !...
Sa respiration était faible comme un soupir : c'est en écoutant son souffle que, sans l'inquiéter, il jugeait de ses forces.
— Te sens-tu plus mal ?
— Oh ! non, je t'assure.
Cependant, comme si elle ne pouvait
plus longtemps affronter son insistance, elle enfonçait plus encore sa tête contre sa poitrine. Elle dit timidement :
— Ce n'est pas pour moi que j'ai peur.
— Pour qui donc ?
Elle releva le front et, dans un étrange sursaut d'énergie, prit les mains de son mari :
— Pour ce Commandant à qui il est arrivé malheur !
« Voilà une semaine qu'il ne vient
^Swersltat
plus à notre table, ni le matin, ni le soir ! Il ne veut voir personne ! Il ne sort plus ! Il ne fait que marcher dans sa chambre, sans dire un mot, y songestu ? sans dire un mot, sans quon lui dise un mot !
— Ah ! voyons : puisque c'est lui, qui, de son plein gré, s'est mis en quarantaine !... Le Canadien te l'a dit : il lui faut sa tranquillité d'esprit pour rédiger, coupable comme il l'est, le procèsverbal de son naufrage.
— Non, non ! fit-elle agitant la tête, il souffre !
— Comment le sais-tu ?
— Je le sens, je le vois ! Il y a des jours où il lève le rideau de sa chambre pour apercevoir de loin son navire.
D'autres fois, il ferme brutalement la fenêtre parce que cela lui fait mal...
— Crois-tu donc, ma bonne chérie, que tous ceux qui montent sur des navires ont des âmes de marins ?... Les