CHAPITRE VIII
Commandants comme celui-là, sont des fonctionnaires, accentua-t-il avec mépris, grassement payés par des Compagnies pour s'asseoir sur leur dunette comme d'autres devant leur bureau !... S'il aimait son bateau, il ne l'aurait pas jeté là où il est...
— Sans doute, répartit-elle; mais nous, nous devons être chrétiens...
— Et que peux-tu y faire ? Toi surtout, qui ne dois penser qu'à toi ?
Elle eut une plainte lasse :
— Je sais... je sais... Mais, toi aussi, tu ne penses qu'à moi. Et à cause de moi tu oublies qu'il y a dans ta maison quelqu'un qui, seul, s'abime dans la peine...
Pour la calmer, il caressait les cheveux sur sa tête tiède, la voix redevenue toute berceuse :
— Mais non... mais non...
— Si, si ! mon grand ami... Tu n'as sûrement pas eu le temps de réfléchir à ce que cet homme doit endurer. Toute
la journée, tu as l'esprit accroché à ton travail. Puis voudrais-tu y penser, tu ne le pourrais pas... : tu as eu la chance de toujours réussir dans ce que tu as entrepris... »
Elle se tut un instant, impressionnante :
« Moi, tu comprends, à cause de mon état, je garde la maison toute la journée. Et tout le jour, je ne puis songer qu'au tourment de cet homme qui est là, derrière la cloison, sans qu'aucun de nous s'ingénie à lui porter secours... Et je me répète que tous deux, nous avons tant de bonheur ! »
Vivement elle avait jeté les bras autour du cou de son mari et, haletante, le regardant de ses yeux que la tendresse hallucinait :
<( Dis ! mon grand ami, aide-moi à empêcher que ce malheureux ne pense à se donner la mort !...
— La mort ! ! fit en riant le capi-