‹ L'OphéliaChapitre 32 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Madame Danel avait été élevée dans un de ces petits « quartiers » des Seychelles où, les cases se touchant comme les feuillages, chacun vit sous un même grand verger, la vie, la misère de tous. Ainsi qu'on entend aux mêmes heures le bruit extatique des lames sur le récif, le soupir des filaos, le tintement de l'angélus, tous s'émeuvent en même temps de ce qui afflige chacun... Comme sur un radeau où hommes, femmes, enfants se trouvent rapprochés par les ballottements de la mer, les ballottements de l'existence sur les petites îles serrent devant la mort les êtres les uns contre les autres. C'est à qui adopte )a vieille grand'maman qui, tous les enfants et pelits-enfants disparus, dépérit, seule, dans des cabanons moisis comme des h mbeaux; on va passer les nuits, chacun à son tour, dans les cases où il n'y

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a plus personne debout pour donner à boire aux malades; on recueille un peu partout les orphelins pour qu'ils ne voient pas sortir de l'emplacement le cercueil de leur père et mère enlevés le même jour... L'excès des maux particuliers aux climats chauds, accès pernicieux, fièvre typhoïde, abcès au foie, peste, toutes ces calamités qui, soudain, par rafales s'abattent là-bas sur le monde comme les cyclones sur les arbres, inspire sans cesse à nos mères et à nos sœurs une bonté évangélique.

Cette bonté, l'extrême débilité du corps en Madame Danel l'avait affinée.

Et la solitude, surtout, cette solitude des îles bercée par la mer comme en une intuition perpétuelle de l'Eternité, l'avait portée à l'exaltation !

De languir sur un îlot désert où, sans enfant et loin du « prochain », elle se trouvait en quelque sorte sevrée d'altruisme, à l'abri de ces accidents jour-

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naliers de la vie commune où Ton s'entr'aide et qui forment les offices quotidiens de l'assistance du cœur, sa charité « rentrée », ainsi qu'une foi brûlante, veillait, souffrait en elle, la consumant...

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