‹ L'OphéliaChapitre 38 sur 59 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

s'inclina. Il sembla à Sacy que son corps immobile s'était durci. Il glissa une main pour lui enlacer la taille. Mais vivement elle s'était agenouillée.

— Non ! Je veux aller au Ciel !

Sacy d'abord resta interdit...

— Mais... Qui t'en empêchera ?

— Eh ! bien, fit-elle... Si je cède à la tentation du Mal ! Je veux monter $u Paradis avec petite Madame...

Sa poitrine expira largement... Et comme il se sentait encore très gêné, il demanda :

— Et tes parents ?

Elle se leva :

— Mes parents, reprit-elle sans trouble, sont toujours dans la superstition des Betsimisarakas. Ils vivent dans la forêt là où il n'y a pas encore de Mon Père... Mais je dis la prière pour que dans l'Autre Monde ils aient une place pas loin de nous...

— Oh ! alors ! c'est la Foi même, celle

qui veut convertir les autres !... Qui t'a baptisée ? Un prêtre ?

— Non ! C'est petite Madame ma marraine. Elle doit me conduire à la Première communion quand nous irons sur une terre où il y aura une Maison du Bon Dieu.

Violette automatiquement avait reculé de deux pas; et son visage était plus lointain encore, dans une expression suave de respect... Sacy, qui jusque-là, ne la désirait qu'avec le dédain assuré du Blanc maître des autres races, la trouva fine et se sentit troublé d'une convoitise profonde comme l'amour... Il voulut lui expliquer ce qu'il y avait eu de naturel dans son geste.

— Mais que ferait Violette si elle était restée dans son village ?

Il s'était rapproché insensiblement.

Elle réfléchit, se demandant pourquoi il ramenait encore son esprit dans son pays, puis, décidant de ne plus chercher,

Page 1